Maricarmen, Pedro et ses manigances
Le président espagnol Pedro Sánchez est en mauvaise posture depuis un certain temps. Empêtré dans les scandales de corruption qui touchent sa femme et ses plus proches collaborateurs, vivement critiqué pour sa gestion de l’invasion de Ceuta, sans budget depuis des années, obligé de gouverner avec l’extrême gauche, il voyait s’approcher les prochaines échéances électorales avec pessimisme. Mais voilà qu’éclate l’affaire Maricarmen et le ciel s’éclaircit.
Pour qui n’a pas suivi l’affaire, Maricarmen Abascal Martín est une retraitée de huitante-sept ans qui vivait pour 500 euros par mois dans un appartement du Retiro, un quartier huppé de Madrid. En 1956, son père avait signé le bail à loyer de l’appartement et, à son décès, le bail avait été transmis à sa mère. Lorsque cette dernière décéda en 2005, Maricarmen hérita du bail pour une durée de deux ans, comme indiqué dans la Ley de Arrendamientos Urbanos de 1994. Le bail arriva donc à échéance en 2007 et ne fut jamais renouvelé. Lorsque l’immeuble fut acheté en 2018 par une société d’investissement, cette dernière offrit à la locataire un nouveau bail, mais avec un loyer actualisé aux prix du marché, qui ne pouvait pas être assumé par la retraitée. Le tribunal ordonna donc l’expulsion de la locataire. Cet épisode, banal en soi – Maricarmen n’est pas une exception et des milliers d’expulsions ont lieu chaque année en Espagne –, donna lieu à une forte mobilisation sociale à Madrid. Les images de la vieille dame emmenée en ambulance ont ému la population, et les mouvements d’extrême gauche en ont profité pour sortir dans la rue et occuper la Plaza del Sol, en plein centre de Madrid.
Il faut comprendre que le contexte est particulièrement compliqué en Espagne en matière de logement. Durant des années, après la crise de 2008 et la faillite de nombreuses entreprises de promotion et de construction, les logements neufs se sont construits au compte-gouttes. L’importante augmentation de la population ces dernières années a créé une forte tension sur le marché, tant de la location que de la vente. On estime qu’il manque 750’000 logements en Espagne et le gouvernement de Pedro Sánchez, sous la pression de ses associés de Sumar, à l’extrême gauche, n’a fait qu’aggraver le problème en promulguant des lois ineptes qui surprotègent les locataires et exposent les propriétaires, limitent les loyers et punissent l’investissement. Le résultat est sans surprise: il n’y a plus de biens à la location et plus d’investissement. Le problème du logement a passé à la première place dans les enquêtes sur les préoccupations des citoyens.
Pedro Sánchez a donc sauté sur l’occasion pour se poser en défenseur des plus démunis en promouvant à la va-vite, en Conseil des ministres, deux décrets sur le logement, qui prétendent donner un peu plus de privilèges aux locataires et un peu plus d’obligations aux bailleurs. Et c’est là que l’on voit l’habileté de la manœuvre. Ces décrets doivent passer par le Parlement pour être ratifiés. Or, Pedro Sánchez n’a pas de majorité sans l’appui du parti Junts per Catalunya de Carles Puigdemont, qui, dans ce cas, ne le lui a pas donné. Les décrets ont donc été annulés et le président a annoncé, comme si c’en était le motif, qu’il avait décidé de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections générales anticipées pour le 29 novembre.
Or, durant cette période transitoire, c’est la Commission permanente qui ratifie les décrets votés en Conseil des ministres. Et il se trouve que cette commission ne compte que soixante-neuf membres parmi les parlementaires, qui représentent proportionnellement les différentes forces politiques. Mais, par le jeu des arrondis, le sieur Sánchez n’a plus besoin des Catalans pour faire approuver deux nouveaux décrets, qui reprennent en substance ceux qui ont été rejetés. Il compte se poser en héros grâce à ces grosses ficelles, mais il y a fort à parier que les manigances du président espagnol pour tenter de s’accrocher au pouvoir ne tromperont pas grand monde et que le bilan désastreux de ses deux mandats va le rattraper dans les urnes.
On l’espère du moins.
Mi. P.
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