Editorial
Le 3 mars 2024, le peuple suisse acceptait le versement d’une treizième rente AVS à tous les bénéficiaires de la retraite. Les rentiers AI et les survivants n’en ont pas profité, probablement parce que, quand tu es en chaise roulante ou veuve, tu n’as pas besoin d’argent. Bref, comme prévu, les initiants n’avaient rien prévu. Aucune indication dans le texte sur la manière de financer ces quatre à cinq milliards de francs supplémentaires qui vont sortir des caisses chaque année à partir du mois de décembre. Car, quand il s’agit d’arroser généreusement les électeurs, la gauche est championne, mais au moment de faire les comptes, il n’y a plus personne.
Comme nous ne pouvons pas imprimer ces milliards, il va falloir poser la question qui fait mal: de quelle poche va-t-on sortir cet argent? Deux solutions s’offrent à nous: soit une augmentation des cotisations AVS payées à parts égales par les employeurs et les employés, soit une augmentation de la TVA payée en fonction de la consommation de chacun. Une combinaison des deux est également possible.
La votation du 29 novembre qui nous occupe aujourd’hui vise à entériner une modification de la Constitution, dans laquelle est fixé le taux de la TVA, pour le faire passer à 8,5%, soit une augmentation de 0,4 point de pourcentage représentant des recettes supplémentaires d’environ 1,4 milliard à partir de 2029, intégralement destinées au fonds de compensation de l’AVS. On voit bien qu’il s’agit d’un début, mais en aucun cas d’une solution. L’augmentation de la TVA représentera un effort minime pour les ménages, quels que soient les montants de leurs revenus. Soulignons par ailleurs que les touristes étrangers contribueront pour environ 80 millions par année en cas d’acceptation.
Ce sparadrap financier permettra de freiner la fonte des réserves de l’AVS, qui, malgré cela, devraient passer dès l’année prochaine en dessous du seuil légal¹. Il ne s’agit donc pas d’une solution au problème du financement de la treizième rente, mais bien d’un début de réponse, qui devra être complété par d’autres mesures et, bien sûr, une nouvelle réforme de l’AVS, avec augmentation de l’âge de la retraite.
Nous avions voté NON à la treizième rente, mais, dans la mesure où il faut aujourd’hui trouver des sous, une petite augmentation de la TVA, un des impôts les plus équitables et qui reste très faible en comparaison internationale, nous semble raisonnable. Nous voterons OUI.
Michel Paschoud
1 «La loi prévoit que le fonds ne doit en principe pas passer en dessous d’un montant correspondant aux dépenses annuelles de l’assurance» (brochure Explications du Conseil fédéral, page 14).
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