On n’attire pas les abeilles avec du vinaigre!
Décidément, en Suisse, il n’y a qu’un seul parti qui semble se préoccuper du devenir de notre défense et notre sécurité. Le PLR, le Centre, les Verts, les Socialistes ont, eux, fait leur choix: soit la soumission soit l’utilisation de l’Union Européenne et de l’OTAN pour se satisfaire d’une prétendue coopération et protection..
Le seul parti, qui semble se préoccuper est donc l’UDC (je n’en suis pas membre), n’en déplaise aux autres cités ci-dessus. Ainsi, si l’effectif de notre armée reste encore filamenteux, celui des officiers instructeurs, des officiers de carrière, est également disparate. Un conseiller national Michael Götte (UDC, SG) a déposé une question écrite au Conseil fédéral. Il a relevé le déficit qui affecte l’effectif de ces hommes et de ces femmes qui constituent l’élément permanent de notre ossature défensive, ou du moins ce qui en reste!
On dénombre ainsi, au 1er février 2026, 951 «fonctionnaires»1 y compris les pilotes militaires. Ils devraient être 1057, soit un déficit de 10%. En ce qui concerne les sous-officiers de carrière la situation n’est pas meilleure.
L’affaire est sérieuse, car l’appauvrissement de ces cadres laisse apparaître une perte de la qualité du personnel et, plus grave encore, de la motivation qui les anime.
Plusieurs raisons sont à identifier ici. Parmi celles-ci, il y a tout d’abord la suppression de l’âge de la retraite qui était fixée à 58 ans pour passer ensuite à 60 et être maintenant à 65 ans.
L’administration a donc recouru au traditionnel débitage du salami. Par exemple, en supprimant la gratuité de l’assurance maladie et accidents, ou encore en limitant, pour les officiers éloignés de leur famille, la possibilité de louer un petit appartement, et, progressivement, en réduisant ou en changeant les prestations de dédommagement.
Une voiture de fonction leur était attribuée. Ils inscrivaient le kilométrage pour un usage privé et facturé. Maintenant, la nouvelle idée de rendre plus verte l’armée oblige les officiers à se déplacer avec une voiture électrique. Ainsi donc, un militaire professionnel qui doit se rendre à un rapport traverse la Suisse avec un arrêt obligatoire pour recharger les batteries. Il doit donc allonger d’autant ses heures de déplacement.
Justement à propos des heures de travail, un officier de carrière avait un compteur qui affichait généreusement les 70 à 80 heures par semaine. Avec une bonne motivation, les visites à la troupe le vendredi soir, malgré la fatigue, s’effectuaient pourtant avec conviction. Aujourd’hui, avec ce fourmillement de chicanes et de réglementations administratives tatillonnes, une circulation automobile pénible, des contraintes familiales, inévitables certes mais compréhensibles, le jeune capitaine ne le fait plus ou bien alors il fait partie d’un tout petit groupe exceptionnel! Il en résulte une dégradation des prestations de ces personnes, qui jouent un rôle pourtant essentiel dans la vie d’une armée de milice.
Imaginer que la profession attire de moins en moins de cadres cultivés, engagés, motivés est un pas que l’on relève aussi. C’est un appauvrissement du corps des officiers de carrière qui rejaillit déjà maintenant sur la conduite des affaires militaires, de la réflexion stratégique et opérative.
Il faut espérer que le conseiller national recevra une réponse circonstanciée, basée sur une analyse non seulement chiffrée, mais surtout humaine, s’appliquant à un corps professionnel, qui ne peut en aucune manière être comparé à un ensemble d’employés, confronté qu’il est à une charge régalienne, voire au sacrifice suprême.
On n’attire pas les abeilles avec du vinaigre, c’est connu, et il serait maintenant utile de rendre cette profession un peu plus attrayante, et ceci au bénéfice du pays tout entier.
Dans la situation actuelle je risque d’être déçu, ce qui motivera alors mon combat.
François Villard
1 J’utilise à dessein le terme de fonctionnaire car les «petits hommes et femmes gris» de l’administration qui gèrent des citoyens comme les autres ne devraient pas perdre de vue que ces militaires sont susceptibles de faire don de leur personne pour assurer leur mission. Ils ne sont pas d’ordinaires petits numéros sur une liste. Même si la chance de vivre en paix relative fait oublier ce fait, un minimum de respect serait adéquat.
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