Apocalypse
Le 15 avril, j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres un «tous ménages» du Parti socialiste suisse (PS) intitulé Détruire les bilatérales et plonger la Suisse dans le chaos?
Ainsi que l’indique son titre, ce document a pour but de soustraire la population à la tentation de voter en faveur de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions», lancée par l’Union démocratique du centre (UDC), sur laquelle les citoyens suisses s’exprimeront le 14 juin et qu’on ne présente plus, tant elle suscite de réactions négatives dans les milieux politiques et médiatiques.
A l’heure qu’il est, je n’ai pas encore pris le temps d’étudier les tenants et aboutissants de cette initiative et j’ignore encore ce que sera mon vote. Heureusement, le PS, lui, a eu la révélation de tout ce qu’il faut savoir, et nous annonce un désastre intégral en cas d’acceptation.
Il commence par nous expliquer que, dans ce cas de figure, l’«initiative pour le chaos de l’UDC» – c’est de l’humour socialiste? – entraînerait pour la Suisse «un repli sur soi, selon le principe de Trump». Brandir un épouvantail est un bon moyen d’effrayer les âmes sensibles.
Ensuite, il faut s’attendre à court terme à «la résiliation des accords bilatéraux avec l’UE», ce qu’à Dieu ne plaise. Les citoyens responsables ne s’apprêtent-ils pas à soutenir l’accord destiné à mettre notre pays à la remorque de l’«Europe»?
Autre catastrophe programmée: «les PME exportatrices feront faillite, des emplois seront détruits et les salaires et les retraites baisseront», faute de protection des salaire. J’avoue que je ne vois pas le rapport, sauf à admettre que le monde politique et économique est inapte à chercher et trouver des solutions.
Pour couronner le tout, les hôpitaux régionaux fermeront, faute de personnel étranger et les citoyens de l’Union européenne qui résident chez nous vivront sous la menace permanente d’une expulsion.
La catastrophe, on vous dit. L’horreur absolue!
En 1992, les Suisses rejetèrent de justesse l’adhésion du pays à l’Espace économique européen, en dépit des catastrophes du même tonneau annoncées par les partisans de ce premier pas vers l’entrée dans l’UE.
La Suisse est toujours debout.
Je déteste la mauvaise habitude qu’ont prise les partis, socialistes en tête, de s’approprier les initiatives populaires, lesquelles sont censées émaner des citoyens. Mais je ne crois pas que tenter de semer la terreur soit de bonne politique pour influer sur une votation: une partie au moins des destinataires de la propagande se lassent des manipulations et des exagérations.
Quoi qu’il en soit, les socialistes ne devraient pas s’exciter comme ils le font: si l’initiative est acceptée, ce qui n’est pas exclu, les responsables de sa mise en œuvre se chargeront d’en limiter les effets, comme ils surent si bien le faire après l’acceptation, le 9 février 2014, de l’initiative «contre l’immigration de masse».
Dans certains cas – pas toujours, heureusement –, la souveraineté populaire n’est qu’une illusion et la démocratie directe une duperie.
Mariette Paschoud
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