Méthodes originales

Il existe une organisation qui s’appelle Front de libération des animaux.

Des membres de cette association ont «libéré» récemment, de nuit, quatorze lapins appartenant à un éleveur du canton de Zoug, au motif que «les bêtes vivaient dans un espace trop étroit et, qui plus est, isolées les unes des autres»1. Il était, disent ces gens, de leur devoir de libérer ces animaux.

Il me semble que si des bêtes souffrent de maltraitance il convient d’en avertir le vétérinaire cantonal ou toute autre autorité compétente en la matière. C’est ce que ferait n’importe quel ami des animaux désireux de mettre fin à un calvaire sans pour autant violer la loi. Si j’en juge par les scandales révélés ces derniers mois – chevaux ou porcs «élevés» dans des conditions inadmissibles – cette manière de procéder est efficace.

Mais cette méthode civilisée ne fait pas l’affaire des combattants du Front de libération des animaux, car elle n’attire pas suffisamment l’attention du public, tandis que des attaques contre des employés de Novartis ou des vols de lapins sensibilisent bien davantage le bon peuple aux problèmes de maltraitance animale.

Helen Sandmeier, porte-parole de la protection suisse des animaux, ne cautionne certes pas le rapt des lapins qu’elle juge à juste titre intolérable et dommageable pour la cause qu’elle défend. Toutefois, elle précise «qu’il n’est pas moins important que des organisations rendent attentif aux problèmes de maltraitance animale par le biais d’actions originales.»

Reste à savoir à partir de quel moment une action cesse d’être originale pour devenir délictueuse. D’après Mme Sandmeier, «les choses vont trop loin lorsqu’un groupe devient violent ou qu’il profère des menaces pour intimider des personnes.»

Ça ne me paraît pas suffisant. Se glisser dans une propriété pour dérober des animaux n’implique ni violence ni menaces. Répandre du faux sang sur le sol d’un McDonald lausannois non plus. Faut-il pour autant excuser ces «actions originales»?

Personnellement, je réserve ma compassion aux pauvres lapins, dont on nous dit qu’«apeurés, les animaux [faisaient] de petits sauts pour éviter la lumière quand soudainement un homme masqué les [a pris] un à un pour les placer dans une boîte».

Terroriser des animaux, n’est-ce pas aussi de la maltraitance?

M. P.

 

1 http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/Des-militants-radicaux--liberent--14-lapins-12157040.

Thèmes associés: Environnement - Justice

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