Traîtres, imbéciles utiles, et grands préoccupés de «complotisme»
(Nous voilà bien!)

Souvent liés, les deux premiers termes du titre et leurs dérivés, très usités sur Sirius1, tendent à revenir à la mode pour expliquer les étrangetés qui courent dans nos pays et accourent à nos frontières. Ils vont jusqu’à s’égarer dans les lignes de la presse épaisse. La bonne nouvelle, c’est qu’il appert qu’au sujet de la «gouvernance» il y aurait désormais comme un doute en dessous des nuages; la mauvaise, c’est que la Méduse va faire ce qu’il faut pour rendormir les peuples et poursuivre son programme d’asservissement.

BFM TV fournit un superbe exemple d’une telle entreprise en France soumise, en nous présentant dans deux documents odieux-visuels les interventions d’un agent de la gouvernance, spécialiste proclamé de la lutte contre le «complotisme»: six minutes à endurer une anthologie de dialectique technocratique, au cours de laquelle on peut apprécier ses prestations désopilantes mais inquiétantes aussi par ce qu’elles nous disent du niveau du bonhomme et par ce qu’elles nous indiquent du dangereux désarroi du système; six minutes que le lecteur de la version sur «support informatisé»2 voudra bien découvrir sur:

http://www.conspiracywatch.info/Pourquoi-les-theories-du-complot-cartonnent_a1531.html

Celui qui visionne d’abord le court-métrage du bas y découvre un gate-keeper (Gardien de la Porte, en langue de Sam; pour nous un Zélé Serviteur du Dogme). Gérald Bronner, sociologue (et guette qui perd), lui apprend que «les théories du complot sont (…) peut-êt’ presqu’aussi anciennes que l’humanité – j’en sais rien (sic!)», confirmant ainsi que ça fait des millénaires qu’on soupçonne des choses pas nettes, pour enchaîner en apothéose par: «[Ce qui] y’a d’spécifique aujourd’hui, c’est (…) à la fin des années 1990 (…) la dérégulation du marché d’l’information que constitue internet. C’t à dire que ces théories existaient auparavant [mais elles étaient] interdites de cité (…) par les journalistes comme vous ou éventuellement par les universitaires comme moi3… par ceux qu’on appelle les gate-keepers sur le marché de l’information. Et aujourd’hui, ben, les vannes… sont totalement ouvertes.» A la rapporteuse curieuse de savoir comment ces théories peuvent être aussi convaincantes, notre zélote explique qu’elles apportent «une grande satisfaction intellectuelle pour celui qui les endosse… [Elles sont fondées] sur un effet de “dévoilement”. [On vous dit] “v’voyez: cet élément-là (…) et cet autre élément-là de l’histoire vous paraissaient disparates, mais, en réalité, ils sont reliés dans l’ombre par une logique que moi je vous dévoile.” [Et tout à coup], vous avez l’impression ben – d’en savoir un peu plus que les autres. [L’autre élément très important], c’est que ça permet de redistribuer les cartes (…) Vous avez tout à coup une nouvelle lecture géopolitique du monde (…) Ça vous permet de croire que vous comprenez le monde avec des catégories très simplistes.»

Parce que courir sus à Saddam Hussein au prétexte qu’il aurait été à la tête d’un «Etat voyou» doté d’«Armes de Destruction Massive» et du nécessaire à transfuser le sang des nouveau-nés des maternités du Koweït aux blessés de sa Garde Républicaine (propagande de la précédente guerre du Bien contre l’Irak), ça n’entre pas dans le domaine des «catégories très simplistes»?!

Voyons maintenant quelques extraits du texte introductif au reportage du haut: «[La défiance des lycéens] à l’égard des médias traditionnels est profonde.» Exemple: «On se demande à qui profite le crime? Quand on voit qu’après les attentats la cote de popularité de Hollande augmente et que les médias se font plein d’argent, on se pose des questions.» Et BFM de déplorer: «Ces questions sont lourdes de sous-entendus!»

Serait-il déconseillé de les émettre?

On observe au sein du reportage ce que les lycéens pensent des médias: «[Ils] servent que d’intermédiaires entre la masse et les élites et les lobbies… Les gens qui disent la vérité, dans c’monde… ils s’ront pas télévisés.» Et «ne croyez pas tout ce que les médias vous balancent».

On a finalement de la peine pour Iannis Roder, cet enseignant du Neuf-Trois préoccupé de ce que les jeunes manquent d’outils pour interpréter les informations: «Il va falloir mettre le paquet sur l’enseignement aux médias (sic): qu’est-ce que qu’un média, qu’est-ce qu’une information, comment avoir une formation fiable?»

Autant de bonnes questions dangereuses à poser…

Max l’Impertinent

 

1 En respectant le contexte: de 1998 à la parution de ce texte, vingt-deux occurrences pour traître et cent six pour imbécile (toujours utile à quelque chose ou à quelqu’un) en incluant quelques-uns de leurs dérivés: félon et trahison pour le premier terme; «autruche», «binaire», «braves gens», Candide, candeur, «cocu», couillon, couillonnade, crédulité, «dindon», idiot, «gentil», jocrisse, Lenaïf (personnage de Sirius), naïf, naïveté, simple et simplicité pour le second, tirés à part et refusés inclus, mais en omettant les récurrences dans un même texte.

2 Le fidèle de Gutenberg voudra bien me croire sur parole.

3 Modestie qui l’honore.

Thèmes associés: Médias - Politique française - Société

Cet article a été vu 2027 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions