Le compte n’y est plus

Réaction à l’article de Monsieur P-Y. Maillard: «Le compte n’y est plus»1

En effet, le compte n’y est à nouveau plus.  Je comprends que l’auteur défende louablement mais pas forcément avec éthique les personnes en situation difficile de fin de mois ou d’année; il s’agit de sa profession en priorité, par rapport à son mandat de parlementaire de milice pour son canton.

Sous un premier aspect, j’invite le lecteur à se poser des questions sur la sémantique; la terminologie affirmative employée par M. P-Y. Maillard est révélatrice: une majorité de la population constate; davantage de travail; le salaire n’a pas suivi; trop de familles constatent; l’horreur des primes d’assurance maladie; la doxa des pouvoirs économiques et politiques quant au travail et aux impôts; la double activité des parents est une nécessité économique, …   Mais où sont les chiffres? Comment expliquer, pour prendre un seul exemple, que de plus en plus de travailleurs peuvent se permettre d’œuvrer à un taux sensiblement inférieur au temps plein tout en pouvant s’offrir vacances et loisirs? Peut-être est-il temps de se demander si bien des Suisses ne se sont pas accoutumés au soutien (acquis immuable?) d’un «Etat providence», où les coûts et dépenses sont peu ou prou remis en question.

Dans un second aspect, l’auteur se garde bien de se référer à des chiffres «suisses»; référence effrayante est faite à d’autres pays européens dits riches, qui toutefois sont, à titre d’exemples: d’une autre taille (population), d’une autre capacité économique (valeur ajoutée per capita), d’un taux d’autonomie (accès aux ressources) différent, en partie d’un autre régime fiscal (imposition de la fortune mobilière) et de la santé (accès aux soins et financement), particularités qui les distinguent d’un système politique décentralisé permettant au surplus la pratique d’une démocratie directe effective.  

Dans un dernier aspect, il s'agit d’analyser si les Suisses les moins bien lotis sortent effectivement gagnants de campagnes politiques soutenues, entre autres, par M. Maillard; je ne me réfère pas aux allusions de l’auteur en lien avec les votations du 30 novembre dernier, dont les résultats sont d’ailleurs instructifs. Je souhaite ici reprendre le sujet de la treizième rente AVS, pour lequel les défenseurs de l’initiative se sont bien gardés d’aborder la question fort délicate de son financement; ce que les votants durent ex ante emmagasiner tient dans la promesse que les plus démunis sortiraient gagnants et que les «riches» pourraient bien par solidarité contribuer plus, car de toute manière cela est, proportionnellement à leur situation financière, insignifiant. Au mieux des connaissances du jour, le financement de cette treizième rente AVS serait effectué par un relèvement du taux de la TVA (voire par une déduction majorée sur le salaire) et c’est ici que les bas revenus sont blessés: en chiffres absolus, chaque bénéficiaire recevrait un montant annuel AVS amélioré et tant mieux; en proportion (%), la contribution supplémentaire via une TVA majorée pénaliserait bien plus les personnes de condition modeste que celles qui n’auraient pas besoin d’une treizième rente. En conséquence, la politique de l’arrosoir, probablement voulue par les initiants populistes, pénalise plus ceux à qui on a fait miroiter une meilleure répartition du «davantage de travail». Où est l’éthique a posteriori? 

En effet, «le compte n’y est plus».

Michel Tobler

 

1 Le Temps du samedi 29 novembre 2025.

Thèmes associés: Economie - Politique fédérale

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