Armée inclusive

Jusqu’ici, pour être jugés aptes au service, les futurs militaires devaient être en bonne santé corporelle et mentale, c’est-à-dire dépourvus de handicaps physiques et psychiques. Il s’agissait d’une part d’une affaire d’efficacité et d’autre part d’une question d’assurance militaire.
Mais on n’arrête pas le progrès et les lecteurs de 20 minutes ont appris fin décembre que, «à 25 ans, le Lausannois Nouh Latoui» était «le premier à avoir complété (sic) son service militaire en chaise roulante»1.
Obtenir le droit de servir n’a, paraît-il, pas été facile pour ce paraplégique, mais avec l’aide de l’organisation Inclusion Handicap, coprésidée par la conseillère aux Etats verte Maya Graf – dont on ignorait qu’elle était si soucieuse de participer à l’augmentation des effectifs de l’armée suisse –, il y est parvenu.
Ce soldat ne voulait pas, nous dit-on, que l’armée s’adapte à lui, bien au contraire. Aussi, en échange d’une chambre individuelle et d’une douche adaptée à son handicap à la caserne, a-t-il pris sur lui de se lever plus tôt que ses camarades pour être douché et habillé à temps.
Au fond, cette histoire de patriote handicapé pourrait être assez touchante et son héros digne d’admiration, n’était la publicité dont l’événement a fait l’objet.
Quand on apprend par le même article de 20 minutes que, dans le cadre d’un lobbying pour une armée plus inclusive, la verte Maya Graf «exige2 des “mesures concrètes” et des critères d’aptitude adaptés, pour éviter des exclusions automatiques» et qu’«une réponse du Conseil fédéral est attendue après une interpellation d’Islam Alijaj, conseiller national (PS)», on a un peu l’impression – évidemment complotiste – qu’on pourrait avoir affaire à une manipulation de la gauche, qui ne cesse de freiner des quatre fers chaque fois qu’il est question d’améliorer notre capacité de défense, laquelle serait évidemment entravée par la multiplication des infirmes parmi les militaires. Cette impression se renforce lorsqu’on découvre que le soldat en fauteuil roulant est membre du Parti socialiste suisse.
Dans ces conditions, le fait que le commandant de corps Thomas Süssli, alors tout juste encore chef de l’armée, s’est déclaré fier du soldat Latoui et fier que la première recrue en fauteuil roulant ait servi sous son commandement, m'amène à me demander si notre armée n’a pas été commandée par un aveugle sourd – mais pas muet, hélas! – durant les six dernières années.
En tout cas, il semble lui avoir échappé que l’armée n’est ni un organisme social inclusif ni une colonie de vacances, mais un instrument de défense dont le but doit être exclusivement l’efficacité et le budget uniquement consacré à se donner les moyens d’atteindre ce but.
M. P.
2 C’est moi qui souligne. M.P.
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