Solidarité – Côte à côte ou face à face?

Ainsi, donc, le Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne, sur proposition de Mme Kaja Kallas, fit inscrire sur une liste des sanctions du 15 décembre 2025 notre compatriote, le colonel EMG Jacques Baud. Il est accusé d’être un relais de la propagande russe, ainsi que de prétendues «théories du complot». Il est considéré par l’UE comme une prétendue menace pour la stabilité ou la sécurité de l’Ukraine par le recours à la manipulation de l’information et à l’ingérence (rien que ça!).

Il est à noter qu’aucune des accusations portées à son encontre n’enfreint une quelconque loi. Quoi que l’on puisse penser de ce conflit et du camp auquel on préfère se référer, notre compatriote a usé de son droit à la liberté d’expression, qui devrait avoir cours dans tout pays qui se réclame des droits de l’homme, des principes et valeurs démocratiques.

Jacques Baud, grenadier de char, ancien commandant de compagnie, avait déjà, à l’époque, rédigé de nombreux ouvrages sur les armes de la guérilla, d’ailleurs fort appréciés par l’armée américaine. Après avoir commandé un bataillon de chars, le colonel EMG Baud travailla comme analyste au sein du Service de renseignement de l’armée suisse. Sa spécialité portait notamment sur le Pacte de Varsovie. Plus tard, engagé par le DFAE, il œuvra pour l’ONU en Somalie en tant que chargé de la sécurité et aussi comme négociateur. Enfin, et toujours comme employé du DFAE, il travailla au sein de l’OTAN (Partenariat pour la Paix). Engagé en Ukraine dans le but de contrôler le trafic des armes légères, il publia aussi une bonne quinzaine d’ouvrages sur le terrorisme, ses mouvements, la guerre asymétrique.

Avec une telle expérience, il n’en fallait pas plus pour continuer à s’intéresser à l’évolution géopolitique actuelle. Souvent confronté à des erreurs, des fausses nouvelles, des manipulations, il dénonça les explications ad hoc de gouvernements et d’autorités engagés dans la défense de leurs intérêts.

En complément de ses ouvrages, il explique aujourd’hui, sur des canaux ouverts à tous, ses analyses, ses commentaires, mais toujours et soigneusement en évitant d’être le porte-parole d’un protagoniste. Il a toujours refusé d’apparaître sur les médias officiels russes, fort de son expérience de négociateur dans le cadre de ses missions à l’ONU et également au profit de l’OTAN citées plus haut. Il est évident que, dans le climat très polarisé qui entoure le conflit ukrainien, sa libre parole publique, relayée sur des réseaux sociaux, est abusivement interprétée comme favorable à la Russie.

Jacques Baud réfute tout parti pris à ce conflit. Il s’efforce, de l’avis général des internautes, de s’en tenir à une analyse factuelle et objective de la situation, en contradiction avec le narratif officiel et guerrier des gens qui ont décidé de le faire taire.

Un fait est pourtant certain: la sanction dont il fait l’objet constitue une violation de l’Etat de droit et un déni des droits fondamentaux des citoyens, que l’on attribue généralement à la Russie. De telles sanctions nuisent à la crédibilité de nos institutions et de celles de l’Union européenne, qui connaît, dans cette affaire, une inquiétante dérive contraire à ses valeurs fondatrices. N’est-il pas scandaleux et ignoble de sanctionner un individu en le privant de sa liberté de mouvement et de son droit à disposer des moyens nécessaires pour vivre, tout simplement? Après plus d’un mois de sanction, Jacques Baud continue à être privé de toute ressource.

Ici, en Suisse, les plus acharnés contradicteurs de cet officier EMG sont condamnés à admettre que le procédé relève d’une action dictatoriale. Evidemment, cette mise à l’index viole complètement le principe même de la liberté d’expression.

Dans sa dernière édition, le journal La Nation, dont j’avais, par le passé déjà, dénoncé les dérives pro écolo, publia son commentaire sur «l’affaire Baud». L’article relève évidemment cette malencontreuse mise à l’index. Par contre, passant rapidement sur la décision de faire taire l’audacieux, l’auteur relève avec un style critique toute une série de ses affirmations. Il évoque une conférence que J. Baud avait tenue à la Société vaudoise des officiers. Il explique le «ton lourdement polémique» des ouvrages qu’il a publiés. Son argumentation mélange sans scrupule la succession des faits (notamment l’évocation de soldats nord-coréens sur le front) cités par le conférencier, décrit les manœuvres des Russes face à l’armée ukrainienne. Au fur et à mesure de la lecture, on comprend que l’ancien collaborateur est vraiment une personne imprudente dont il faut se distancier. Pour en déduire que la sanction de l’Union européenne est méritée, il n’en faut pas plus. L’article, coupé en deux, sera suivi d’une deuxième partie. Le lâchage de cet outrecuidant officier à la retraite figurera-t-il en conclusion? On peut le redouter.

Déjà observé dès les premiers coups de canon du 23 février 2022 en Ukraine, au sein des militaires de notre armée, les avis en faveur ou en défaveur des belligérants s’opposent parfois de façon verbalement fort violente. Le sujet de l’armée suisse passe sous le tapis, l’heure est à l’intégration dans l’OTAN, à la «neutralité active». Il n’y a pas de discussion.

La «lettre de cachet» qui a désigné Jacques Baud révèle, de façon malheureuse et à certains égards catastrophique, la désunion du corps des officiers. Une grave responsabilité qu’endossent le chef de l’armée, l’ancienne cheffe du département de la défense et son actuel remplaçant, et aussi les parlementaires, dont on constate les errements coupables.

En plus, toute cette affaire se double du scandaleux comportement du Conseil fédéral et du conseiller fédéral Beat Jans, lequel ne montra aucune gêne, jusqu’à en sourire publiquement.

Après plus de quinze jours de silence, l’intéressé, qui avait immédiatement pris contact avec la représentation diplomatique auprès de l’UE, reçut, pour finir, un appel téléphonique du département des affaires étrangères, pour avoir «juste un contact».

Il est à souhaiter que notre compatriote retrouve sa liberté de parole, de mouvement et son droit fondamental à vivre normalement. A défaut, il faudra comprendre que nous sommes véritablement entrés dans un système que l’on appelle démocratie pour amuser la galerie, mais qui, en fait, a toutes les formes d’une dictature.

Les prochaines consultations populaires touchant notre relation avec l’UE scelleront un tournant existentiel décisif pour la Suisse, la démocratie directe devenant le hochet d’une population naïve et soumise. 

Puisse l’avenir proche nous le démentir.

François Villard

Thèmes associés: Armée - Politique fédérale - Politique internationale

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