…, car ils ne savent ce qu’ils font
Comme toute personne dotée d’un minimum de sensibilité, j’ai été affectée par l’épouvantable événement survenu à Crans-Montana, encore aggravé par une presse avide de sensationnel, qui, peu soucieuse de retenue, s’est lancée dans la traque aux témoins et la chasse aux coupables avec un zèle choquant.
Il faudrait maintenant laisser les blessés et les endeuillés en paix. Il faudrait laisser les enquêteurs faire leur travail et la justice suivre son cours.
A l’heure où j’écris ces lignes, ce n’est malheureusement pas possible, car une nouvelle source de colère nous est venue d’outre-Jura, plus précisément du lieu secret ultrasécurisé et protégé par des dizaines de policiers où Charlie Hebdo a trouvé refuge après l’attentat meurtrier de 2015, qui avait décimé sa rédaction.
Publiée le 9 janvier, une caricature du dessinateur Salch intitulée Les Brûlés font du ski montre deux grands brûlés dévalant les pistes de Crans-Montana. Devant le tollé suscité par ce dessin prétendument satirique, l’auteur a récidivé en représentant une attaque de la rédaction de l’hebdomadaire par deux arbalétriers – rappel évident de l’attentat islamiste de 2015 – et posant cette question: «A-t-on le droit de blasphémer avec les Suisses?»
A cette question, je réponds ceci: oui, on a le droit de blasphémer avec les Suisses, même si on feint d’ignorer le sens du mot blasphème à la rédaction de Charlie Hebdo.
Mais on a aussi le droit de juger que les caricatures de Charlie Hebdo sont le reflet d’une inaptitude à percevoir la différence entre l’humour et le mauvais goût.
On a le droit de penser que les caricatures de Charlie Hebdo, censées faire rire, ne sont pas drôles.
On a le droit d’estimer que la réduction des Suisses à un ramassis d’arriérés à peine sortis de l’époque de Guillaume Tell témoigne de l’arrogant irréalisme de certains Hexagonaux, qui croient encore à la supériorité de l’esprit français.
N’ayant aucune compétence artistique, je ne revendiquerai pas le droit d’affirmer que les dessins de Salch sont moches.
A la suite des «exploits» de celui-ci, une plainte pénale a été déposée en Valais.
C’est une erreur.
On devrait renoncer une fois pour toutes à saisir la justice pour des questions qui relèvent des libertés d’opinion et d’expression, même dans les cas où l’impact émotionnel d’une publication est violent.
Charlie Hebdo vient de démontrer qu’il n’est pas assez intelligent pour tirer les leçons de ses expériences. Il ne voit rien, ne sent rien, ne comprend rien, n’apprend rien.
Néanmoins, nous devons lui concéder le droit d’exprimer publiquement son incommensurable bêtise et son infinie méchanceté.
Mariette Paschoud