Lausanne 39e année      «ne pas subir»      Avril  2009 No 384

 

 

Sommaire :

 

Editorial

L’éditorialiste traite des prochaines votations fédérales : le passeport «biométrique» et la question des médecines complémentaires.

 

Sursum corda !

Claude Paschoud ne s’émeut guère des listes gris clair ou gris foncé imaginées par l’OCDE ou par le G20.

 

Bricoles

Quelques scènes, malheureusement habituelles, de guerilla urbaine

 

En direct de Sirius

Max est allé au cinéma : il se demande en outre si l’attrait de l’islam ne provient pas d’une perte d’attrait du christianisme et s’il existe encore des pays dans l’Union européenne.

 

Liberté religieuse et préservatif

Michel de Preux démontre que si Benoît XVI a raison sur le sujet du préservatif, il a tort sur le sujet de la liberté religieuse

 

Les Français sont des veaux avec de nouveaux numéros

Les technocrates de Bruxelles s’efforcent de nous couper de nos racines. Dernière invention en France : la suppression des plaques de voitures du numéro du département.

 

L’armée suisse ? mais pour quoi faire ?

Il est urgent de redéfinir les missions prioritaires de l’armée.

 

Régime : le non-sujet perpétuel

Chaque printemps voit refleurir… les articles de la presse féminine sur la meilleure méthode pour garder la ligne.

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Editorial

 

         Le 17 mai, les Suisses en âge de voter devront se prononcer sur deux objets: l’introduction du «passeport biométrique» doté d’une puce électronique, et l’article constitutionnel «Pour la prise en compte des médecines complémentaires» qui a été élaboré en vue de contrecarrer  l’initiative populaire «Oui aux médecines complémentaires», laquelle a été retirée.

 

         Cette votation sur le nouveau passeport intervient à un mauvais moment – mais y en aura-t-il jamais de meilleur? Une partie de la population, excédée par les innombrables obligations et interdictions décrétées par les autorités – ou réclamées par les prétendus champions du bien-être  et de la bien-pensance universels – se trouve prise dans un carcan et sent venir le moment où chaque citoyen se verra poser sous la peau une puce électronique qui permettra de le suivre et de le contrôler en toute occasion. Big Brother est à nos portes, dit-elle, et elle n’a peut-être pas tort. Toutefois, dans le cas qui nous occupe, il s’agit avant tout d’utiliser les progrès de l’électronique pour faciliter les contrôles aux frontières. Les indications enregistrées sur la puce seront celles qui figurent sur les passeports traditionnels, auxquelles s’ajouteront deux empreintes digitales, ce qui ne devrait pas effrayer les honnêtes gens et leur permettra peut-être parfois de prouver rapidement qu’ils ne sont pas le vilain criminel que leur affreuse photo laissait supposer. Alors, pourquoi pas ?

 

         En ce qui concerne l’article constitutionnel sur la prise en compte des médecines complémentaires, au-delà des arguments des uns – après tout, ces médecines ont été prises en charge par l’assurance de base pendant des années; les gens doivent avoir le droit de choisir le type de soins auxquels ils veulent recourir – et des autres – le droit aux médecines complémentaires ne doit pas être inscrit dans la constitution au détriment de la médecine classique; les médecines complémentaires doivent rester complémentaires et relever des assurances complémentaires –, nous voyons une raison essentielle de rejeter l’article constitutionnel comme tout projet d’«amélioration» de l’assurance de base, d’ailleurs: il perpétue l’idée que l’assurance maladie obligatoire est une bonne chose en soi et qu’elle ne nécessite que des aménagements. Or, et nous le disons depuis le début, le seul moyen de juguler l’explosion des coûts de la santé est le retour à l’assurance facultative qui répondra aux besoins particuliers de chacun, et supprimera la tendance des assurés à se précipiter chez le médecin au moindre bobo pour «amortir» des primes jugées trop élevées.

 

         Big Brother n’est pas toujours où l’on croit.

 

Le Pamphlet

 

 

Sursum corda!

 

         Je me réjouis de voir l’air dépité des naïfs qui nous juraient encore il y a peu qu’en entrant dans l’Union européenne, «nous pourrions y faire entendre notre voix», que «nous pourrions participer à ses décisions», comme si l’UE était un modèle de démocratie participative…

 

         Nous avons été membres fondateurs de l’OECE, qui a donné naissance à l’OCDE, organisation pour la coopération et le développement économique, dont nous faisons toujours partie et qui s’est néanmoins permis, sans nous consulter, de nous porter sur la liste infamante des mauvais élèves épinglés par le G20.

 

         Ces listes, noires, gris foncé ou gris clair, sont une farce : la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis n’y figurent évidemment pas, puisque ce sont eux qui désignent les «coupables».

 

         Mais Wallis et Futuna font partie du territoire français, et une partie de leurs recettes publiques est constituée par la taxe annuelle forfaitaire sur des sociétés extraterritoriales, qui n'ont aucune activité sur le territoire de Wallis et Futuna, dont le seul but est de frauder l'impôt et les taxes en France ou dans d'autres pays. Dans le même registre de sociétés fictives, Wallis et Futuna sont spécialisées dans les pavillons de complaisance.

 

         La Polynésie française ne connaît ni impôt sur le revenu, ni impôt de solidarité sur la fortune, ni droits de succession.

 

         Si M. Nicolas Sarkozy veut éliminer de la surface du globe les «paradis fiscaux», il pourrait commencer par s’en prendre à ceux qui dépendent directement de lui.

 

         Au Royaume-Uni, Londres est le plus merveilleux des paradis fiscaux pour les non-résidents, qui ne sont soumis à aucune taxe. Pour tous ceux qui profitent de ses relais exotiques des Bermudes, des Bahamas ou des Iles Vierges battant pavillon britannique, l’opacité financière est presque totale.

 

         Aux Etats-Unis, il existe un Etat, le Delaware, où n’existent ni TVA, ni impôt sur les bénéfices, ni identification de l’ayant droit économique en cas d’ouverture d’un trust. L’impôt sur les sociétés y est forfaitaire et très faible. Des dizaines de milliers d’entreprises américaines y ont installé leur siège social.

 

         Ces pays sont sur la liste blanche des meilleurs élèves. Ce sont eux qui distribuent les mauvaises notes, et qui encouragent un clown hargneux comme M. Peer Steinbrück, ministre des finances allemand, à nous traiter d’«Indiens fuyant la cavalerie» !

 

         Ce personnage estime que ses compatriotes ont placé 200 milliards d’euros sur des comptes en Suisse.

 

         «Sur la base d'un intérêt annuel moyen de 4%, cela donnerait 8 milliards de revenus de l'épargne», calcule Peer Steinbrück. Donc, si les directives de l'UE en la matière étaient enfin étendues à tous les types de revenus du capital, «je devrais toucher deux milliards d'impôts à la source», précise-t-il dans une interview récente.

 

         Il y aurait deux questions à poser au Zorro de la finance allemande: primo: quels sont les placements d’épargne qui rapportent aujourd’hui un intérêt annuel moyen de 4 %? Secundo – et c’est la plus importante – pourquoi, à son avis, ses compatriotes fuient-ils à ce point (si son estimation est juste) leurs propres banques?

 

         Le président français et la chancelière allemande font mine de s’indigner que leurs ressortissants choisissent de placer une partie de leur épargne en Suisse.

 

         Les Gaulois et les Germains auraient-ils perdu la foi dans les vertus de l’Union européenne dont ils sont pourtant les leaders?

 

         Dans une contribution d’internaute confiée au site www.commentaires.com, en réaction à un article de M. Uli Windisch, M. Reto Buchli écrit :

 

         «Le parti socialiste revient avec son rêve de faire partie d’une Union Européenne mythique et idéalisée, qui n’a aucune chance d’exister. La réalité est malheureusement tout autre. (…)

 

         La France: son revenu médian des ménages, ajusté pour le coût de la vie est de 40% inférieur au nôtre. Son taux de prélèvements obligatoires est le double du nôtre. L’Etat pouvant prendre des participations dans l’économie privée, il n’y a pas de séparation entre les intérêts publics et les intérêts privés, ce qui ouvre la porte à toute forme de conflits d’intérêts, et de corruptions. La France a une législation fiscale extrêmement complexe, truffée de privilèges injustifiés et d’incohérences. Sa constitution donne le pouvoir au président de passer des lois sans vote de l’Assemblée, et de dissoudre l’Assemblée à sa guise. Il s’agit en fait d’un Etat totalitaire avec un président élu tous les cinq ans au suffrage universel. Il n’y a pas de contrôle démocratique des dépenses de l’Etat. Son système d’éducation est médiocre (ses grandes écoles sont en queue de peloton sur le plan mondial). Et le plus aberrant est son système de retraite par répartition. Nous avons affaire ni plus ni moins à un système Madoff: l’épargne des derniers investisseurs est redistribuée aux plus anciens. Une parfaite bombe à retardement qui va exploser quand le flux d’apports nouveaux se réduira, ce qui est inévitable en période de récession…»

 

         Poursuivant sa démonstration avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, l’auteur estime que, si l’indépendance politique n’est plus possible, nous aurions avantage à demander aux Etats-Unis de nous admettre en qualité de cinquante et unième Etat de l’Union.

 

* * *

 

         L’indignation de nos conseillers fédéraux a été trop molle, et trop tardive. Ce n’est pas Micheline Calmy qu’il fallait envoyer à Paris ni le président de la Confédération chez Gordon Brown et dans les capitales européennes pour défendre nos intérêts, mais des diplomates de la stature d’un Thomas Borer en qualité de ministre plénipotentiaire, ce même Borer qui fut chef de la Task Force en 1996, au temps des célèbres fonds en déshérence, puis ambassadeur de Suisse en Allemagne, avant que l’insignifiant Joseph Deiss ne le pousse à la démission.

 

         On a gelé, timidement, une petite contribution à l’OCDE, mais dans le même temps on promet au FMI des milliards.

 

         Si les Etats de l’Union européenne se permettaient de violer ou même de suspendre les accords internationaux qu’ils ont conclus avec nous, par exemple en matière de double imposition, nous pourrions aussi, pour un temps, interdire aux poids lourds le transit de l’Allemagne ou vers l’Allemagne à travers les cols alpins.

 

         Pour le reste, ne nous pressons pas de disparaître de leur ridicule liste grise. Que nos banquiers proposent à leurs clients la création de trusts à la manière anglo-saxonne! Concluons des accords avec des moutons blancs en matière financière, comme Hong-Kong, Macao, Jersey et Guernesey!

 

         Et achetons des avions de combat en Suède, s’il est démontré qu’il faut en acheter. Et haut les cœurs!

 

Claude Paschoud

 

PS J’ai signé la pétition de l’ASIN (www.asin.ch) demandant au Conseil fédéral de ne faire aucune concession en matière de secret bancaire et de souveraineté fiscale, et de préparer des mesures de rétorsion.

 

 

Bricoles

 

Les vrais coupables (I)

 

         France: une vidéo circule sur Internet, montrant un passager d'un bus se faire dépouiller puis passer à tabac par une bande de «jeunes» qui le traitent de «sale Français!», une scène comme il s'en passe souvent dans les cités de l'Hexagone; mais cette fois, au lieu des habituels communiqués laconiques et éthérés des agences de presse, les images choquent l'opinion publique en révélant la violence de l'agression: on voit la victime s'écrouler sous les coups, puis se faire encore assommer lorsqu'elle tente de demander de l'aide au conducteur retranché sur son siège. La séquence est montrée le soir au téléjournal français. A la fin, la présentatrice, tout sourire, précise qu'un policier a été arrêté pour avoir diffusé illégalement cette vidéo. Les usagers des transports publics sont rassurés. (px)

 

Les vrais coupables (II)

 

         Strasbourg: des manifestants anti-OTAN cagoulés et armés de barres de fer mettent à sac un quartier près du pont sur le Rhin, incendiant un poste de police désaffecté, un office du tourisme, une pharmacie, une chapelle, puis tout un hôtel. Les habitants évoquent des scènes

 

de désolation: «On se croirait en 44-45», «C'est un vrai champ de bataille», «On croit que tout a été bombardé». Dans les jours qui suivent, les médias désignent les coupables – non pas les Blacks Blocks, dont la présence dans les manifestations est considérée comme normale, mais les policiers, qui n'étaient pas au bon endroit au moment où l'émeute a éclaté et qui ont donc manqué à leur devoir de protection. (px)

 

 

En direct de Sirius

 

Un bide et une curiosité (deux films)

 

         Comment s’étonner que les Français ne se soient pas déplacés en masse pour aller voir Coco (pas Chanel, mais une piètre resucée de La Vérité si je mens)? Pourquoi vouliez-vous qu’ils aillent s’affliger devant une «toile» des consternantes préoccupations d’un parvenu «bling-bling» essentiellement obsédé par la réussite de la Bar-mitzvah  «plus belle que belle» de son phénix de rejeton, alors qu’ils ont presque le même «en vrai» à l’Elysée?

 

         Autrement plus surprenante est la réapparition du Sieur Hubert Bonisseur de La Bath (OSS-117, pour les initiés) incarné par Jean Dujardin dans Rio ne répond plus . Très aérien dans les charges appuyées, Dujardin nous campe une nouvelle aventure décalée du héros brillantiné à créatures de rêve, automatique intarissable et poses académiques. Mais à la différence du Caire, où OSS-117 brillait surtout par sa virtuosité ringarde à dégainer en tous lieux et occasions, en signe de reconnaissance éternelle de la France, la photo du président René Coty, à Rio, ce sont surtout ses rafales de messages politiquement incorrects qui mènent des salles, manifestement inéducables, vers l’hilarité. Et puis il y a aussi cette ébauche du monologue de Shylock (disparu de nos scènes) détourné à son profit par un colonel nazi acculé, dont on se demande si elle ne risque pas, au pays de la libre expression, de mener le réalisateur du film vers la correctionnelle…

 

Nouvelles de l’Internationale de délation bancaire

 

         Pressée de se joindre à l’hallali sonné par les faiseurs de crises, la République Populaire (?) de Chine accepte d’y participer à la condition expresse que ni Hong-Kong ni Macao ne figurent sur une quelconque liste. Condition acceptée sans rire et sans contestation par le concert des vertueux blanchisseurs de consciences.

 

         Rassurés par les contorsions confédérales et les reptations de ce qui reste de l’UBS, les chasseurs de primes de la mondialisation en marche décident – tribut à la servilité du système helvétique – de promouvoir la Confédération en liste grise (et même gris clair, paraît-il). Ce qui vaut à Pétillon, dessinateur au Canard enchaîné, un de ses traits de génie: il croque une plaisante saynète où l’on voit un individu patibulaire présentant à un employé de banque une mallette comblée de liasses avec pour réaction de ce dernier: «Nous sommes passés en liste grise, mais certains clients privilégiés peuvent continuer à bénéficier des conditions de la noire».

 

Horreurs de minarets que nous ne saurions voir! (Kidam v. Bümplitz: Tartüff.)

 

         Nous ne reviendrons pas ici sur les conclusions de l’éditorialiste de La Nation1 dans sa une du 10 courant, toutes valables et marquées au coin du bon sens. Elles aboutissent, pour l’essentiel, à un rejet de l’initiative contre les minarets par refus d’être mis en condition. Nous regrettons néanmoins qu’une hypothèse n’ait pas été étudiée: si l’islam monte en puissance, jusques et y compris chez les autochtones, dans des pays où il n’avait traditionnellement pas de prise, c’est peut-être surtout parce que le christianisme est en perte de vitesse. Pour parler net, ce n’est pas en s’évertuant à barrer l’accès à la concurrence – y-compris par des stratagèmes juridiques discutables – qu’on épuisera le pouvoir d’attraction de celle-ci: c’est tout simplement en proposant mieux. Recourir à l’interdiction des minarets ne constituera qu’un aveu de faiblesse supplémentaire de la part des chrétiens. Et comme disait Céline : «Dans l’histoire de l’humanité, on n’a jamais beaucoup ménagé les faibles».

 

         Peut-être conviendrait-il de réhabituer les fidèles à porter leur regard vers le haut? Ce qui implique pour l’Occident de renoncer, au passage, à mille petites lâchetés et compromis auxquels l’ont habitué deux millénaires de confortable primauté chrétienne, et de s’affranchir aussi de la paternité abusive du judaïsme sur le christianisme. Un tel «chacun pour soi et que les meilleurs gagnent» commande de ne plus occulter l’évidente confrontation de religions distinctes, mais aussi de chercher à vaincre l’esprit par l’esprit plutôt que par l’autorité. Ainsi évitera-t-on peut être à l’humanité de nouvelles – mais toujours imbéciles – guerres de religions, si dispendieuses en sang et si profitables aux exceptions.

 

Ce français que nous aimons tant

 

         En complément à la conférence donnée par Me Marc Bonnant au sein du Mouvement chrétien conservateur valaisan2, Max tient à signaler Le Français correct3; un livre petit (8,5 x 12 cm) mais précieux. Cent soixante-cinq pages à portée de la main de tout amateur soucieux de défendre la langue française – telle qu’elle devrait s’employer – contre l’agression du sabir anglo-mondial. Max n’a pu qu’y constater que le pluriel d’euro était soumis aux règles de la grammaire française  et variait donc en nombre… au parfait mépris des directives bruxelloises. Mais après tout, c’est la France, et l’auteur prend la précaution d’indiquer que «…dans les pays de la zone Euro (…) la règle d’accord du pluriel n’est pas forcément la même que la règle française».

 

Subsiste-t-il encore des pays en UE ?

 

         – Ou seulement des provinces ? Question qu’on est en droit de se poser lorsqu’on découvre une plaque d’immatriculation observée de passage à Nice le 15.4.09 et ainsi composée: cocarde européenne surmontant l’indication CAT suivie de quatre chiffres et de trois lettres4.

 

         CAT… pour la Catalogne (en toute logique, désormais au même rang que E, pour Espagne…)!

 

 

Max l’Impertinent

 

 

1 Olivier Delacrétaz: L’initiative sur les minarets, La Nation, 10.4.2009, n° 1860, une – www.ligue-vaudoise.ch. – courrier@ligue-vaudoise.ch.

2Le 24.4.09 à Uvrier – pour toutes informations contacter le 027 322 85 08.

3 Par Jean-Joseph Julaud, 2005, éditions First, 2 ter, rue des Chantiers, F 75005 Paris, ISBN 2-75400-069-0.

4 Non mentionnés pour préserver l’anonymat du détenteur.

 

 

Liberté religieuse et préservatif

 

         Pour se faire entendre des hommes de notre temps, Benoît XVI défend partout la liberté religieuse. Mais lorsqu’il déclare que le préservatif  accroît le problème du sida au lieu de le résoudre, il cesse aussitôt d’être entendu. Ces deux opinions traduisent bien l’impasse dans laquelle le modernisme met le catholicisme et la paralysie de l’apologétique qu’il entraîne avec lui.

 

         La liberté religieuse est reçue dans la société moderne parce qu’elle banalise le fait religieux, jusqu’à le nier hypocritement, c’est-à-dire en affirmant le contraire du respect à son égard, un mépris sournois. Si toutes les religions ont un droit égal à être acceptées, ce ne peut qu’être parce que toutes sont faillibles, qu’aucune n’est révélée en dehors de son propre point de vue sur la question. Aucune croyance de cet ordre n’a donc d’importance que subjective. Dire que la religion est affaire d’opinion revient à nier que la vérité en cette matière puisse être connue. Ceci n’est pas autre chose qu’une profession d’athéisme. Quand la religion sombre dans le verbiage, elle est réduite, quelle qu’elle soit, à l’insignifiance. A ce régime, aucune science ne résisterait… ni aucune philosophie; aucune sagesse non plus. Le nihilisme de cette doctrine devient de jour en jour plus évident.

 

         Mais il y a une solidarité entre le rejet du sérieux de la croyance religieuse et celui de la vérité morale, en sorte que la première déviance une fois admise, aucune vérité morale ne passe plus dans des opinions publiques gagnées par le premier virus. Nul ne contestera que le sida soit lié à des comportements à risque. Or préserver ces comportements en n’en corrigeant les effets délétères que par un moyen mécanique est un gage donné à l’irresponsabilité personnelle et collective, pire, l’expression même d’une véritable démission morale. Autrement dit, désapprouver Benoît XVI sur ce point revient à affirmer que la démission morale est un impératif de notre époque, à soutenir et à confirmer… Que valent, dans ces conditions, tous les discours sur la justice? Tout est verbiage et Benoît XVI est puni par où il pèche publiquement.

 

         Voici un peu de lumière dans cette nuit contemporaine: «L’ignorance et l’aveuglement sont les apanages du péché: l’expérience ne nous l’apprend que trop. Mais puisque nous marchons dans les ténèbres, conclut admirablement saint Augustin, il faut donc que nous mesurions tous nos pas, et que notre circonspection supplée au défaut de nos lumières. Or elle n’y peut suppléer qu’en nous faisant observer inviolablement cette maxime, d’être exacts et religieux dans les plus petites choses.» Voilà, dit saint Augustin, le correctif nécessaire de notre ignorance en ce qui concerne la conduite du salut – rien où les hommes soient plus sujets à se tromper et plus exposés à l’erreur qu’en ce qui regarde la conscience et la religion. Ecoutez la raison qu’en apporte saint Grégoire pape; elle est remarquable et digne de lui: «(…)Un objet, pour être vu clairement et distinctement, doit être à l’égard de l’œil qui le voit, dans une juste distance; c’est-à-dire qu’il n’en doit être ni trop proche ni trop éloigné. – Il en est de même de notre esprit et de ses connaissances. – Voilà ce qui nous rend aveugles dans les devoirs de la conscience et de la religion. Car les matières de la religion son infiniment élevées au-dessus de nous (…)hors de la sphère et de l’activité de notre esprit; et celles de la conscience sont au-dedans de nous-mêmes. – Ainsi l’esprit de l’homme est-il pénétrant, subtil et plein de sagacité pour tout le reste, hors pour la conscience, qui est son œil et par où il doit se connaître.»

 

         Conclusion: «L’homme étant aveugle dans ces deux choses, je dis en ce qui regarde la religion et la conscience, il est inévitable pour lui de s’y tromper s’il n’apporte un soin extrême à se préserver des illusions où son aveuglement peut le conduire»1 par malice autant que par ignorance.

 

         D’où l’importance et la nécessité absolue que l’Eglise se présente au monde comme l’unique mandataire de Dieu légitimée par Lui directement pour former et diriger les consciences, c’est-à-dire parer avec efficacité et certitude aux défauts des hommes qui favorisent leur ignorance et leur aveuglement en ces deux domaines. Ou la religion catholique est abordée comme la seule véritable et infaillible, et la conscience morale peut rester droite ou se redresser, ou l’homme est abandonné à son ignorance et à son aveuglement à cause du péché originel sur le premier objet, et parler du second devient carrément une supercherie.

 

Michel de Preux

 

1 Extrait du sermon de Bourdaloue pour le mercredi de la troisième semaine de Carême.

 

 

Les Français sont des veaux avec de nouveaux numéros

 

         C'est bien connu: les gouvernements révolutionnaires ont besoin de briser l’identité de leurs administrés en dénigrant, voire en occultant, un maximum de repères familiaux, nationaux, communautaires, géographiques ou encore temporels. Parmi ces repères à abattre figurent les immatriculations automobiles, généralement perçues dans notre société comme un signe identitaire.

         On a vu, ces dernières années, l’Union européenne mettre un zèle féroce à imposer ses nouvelles plaques d'immatriculation, toutes de la même couleur, toutes bordées du même liseré bleu portant un cercle d'étoiles jaunes, en dessous duquel subsistent – pour combien de temps encore? – les lettres désignant l'Etat où le véhicule est immatriculé. Finie la diversité, finie l'originalité, finie surtout la caractéristique nationale reconnaissable au premier coup d'œil. Certains nouveaux Etats membres de l'Union ont cru pouvoir respecter à peu près la norme européenne en conservant toutefois leur drapeau à la place des étoiles jaunes. Ils ont dû déchanter: ils lésaient en cela le but même de la norme! Bruxelles les a obligés à rentrer dans le rang et – au prix d'un grand gaspillage administratif et matériel – à cacher ces oripeaux d'un nationalisme honni.

         La France s’est lancée dans une semblable entreprise en imposant, dès le 15 avril de cette année, un nouveau système d'immatriculation basé sur le modèle: deux lettres, trois chiffres, deux lettres. Les immatriculations évolueront dans l'ordre respectivement alphabétique et numérique, au niveau national; en d'autres termes, aucun des caractères n'aura une quelconque signification géographique, comme c'était le cas précédemment avec le numéro du département. Selon les explications officielles, les nouvelles immatriculations, attribuées «à vie» à un véhicule indépendamment de son propriétaire et du domicile de ce dernier, ont pour but de «simplifier les démarches administratives des automobilistes», d’«alléger les tâches de l'administration» et de «lutter contre la délinquance automobile».

         Mais de nombreux automobilistes français ne l'ont pas compris ainsi et ont vigoureusement protesté contre la privation de leur identité départementale. Eh oui: ces départements que les révolutionnaires de 1789 avaient conçus pour anéantir les provinces de l’Ancien régime, ces découpages absurdement cartésiens, artificiellement réguliers par leur taille et par leur forme, benoîtement numérotés dans l'ordre alphabétique, étaient devenus en deux cent vingt ans des repères familiers pour nos voisins. Alors, pour calmer les esprits et «faire passer la pilule», le gouvernement a finalement accepté que le numéro du département puisse être ajouté facultativement, en tout petit sur le liseré bleu à droite de la plaque, comme une décoration. Les Français ont cédé et l’essentiel de l'idéologie est sauf: l’immatriculation elle-même cessera de représenter un symbole identitaire pour ne plus être qu'un insipide numéro de série.

         Nous n'attendrons certainement pas longtemps avant que ce vent mauvais souffle sur la Suisse. Nos immatriculations actuelles, ornées d'écussons, soulignent beaucoup trop fortement l'appartenance cantonale; inconsciemment, elles contribuent à rendre plus difficile le bouleversement du fédéralisme souhaité par les «élites». De plus, les numéros se transmettent souvent de parents à enfants comme un héritage familial – tellement incongru dans le monde moderne! Gageons qu'un rapport fédéral viendra bientôt nous proposer de simplifier, d'harmoniser, de suivre les normes européennes, et aussi de tenir compte des habitants qui déménagent de plus en plus souvent d'un canton à l'autre… Le projet échouera sans doute une première fois, mais l'officialité reviendra à la charge, présentera un contre-projet… en nous autorisant peut-être à laisser provisoirement quelques fioritures folkloriques dans les marges de nos plaques. Finirons-nous par céder en nous persuadant – à tort! – que tout cela n'est pas très important?

 

Pollux

 

 

armée

L’armée suisse? mais pour quoi faire?

 

On se gausse volontiers aujourd’hui des formes modernes de la guerre, on « assymétrise » l’armée israélienne avec le Hezbollah, on « dyssimétrise » l’armée américaine avec celle de Saddam Hussein. C’est une façon triviale pour expliquer ce que l’on savait depuis la nuit des temps. On cherche par ce biais à comprendre pourquoi avec un gros marteau on n’arrive pas à tuer la mouche.

L’éclairage qui se porte sur les conflits régionaux actuels anime les commentaires des spécialistes et des politiciens. Mais au-delà des considérations sur les activités qualifiées de terroristes dans les conflits du Moyen-Orient ou d’Afghanistan, on peut être particulièrement intéressé sur les motivations qui animent les combattants qui s’opposent à la plus grande armée de la planète. Au risque de surprendre, d’un point de vue neutre, il est assez extraordinaire de relever la féroce volonté de défense, ou d’agression qui anime ces combattants. Certes ces « terroristes » ont une tout autre conception de la société et de la vie mais admettons que leur lutte totale pour affronter la super technologie mérite l’analyse.

 

Avec des moyens rudimentaires, très maître du terrain dans lequel ils évoluent, ils savent se cacher dans les grottes fortifiées de leurs montagnes, utiliser les populations desquelles ils sont d’ailleurs issus. Les drones, les missiles de croisières, les appareils de vision nocturne, les communications satellitaires, les centres de commandement équipés avec des moyens permettant de suivre en temps réel les unités évoluant dans le terrain, restent visiblement inefficaces. Pire, ces derniers temps ils sont venus « chatouiller » leur ennemi jusqu’au centre de Kaboul.

 

Assurément l’une des caractéristiques de ces moudjahidin est leur volonté de combattre.

 

En lisant les auteurs qui analysent le temps de la guerre froide, on peut relever, que la Suisse a aussi été dans la position d’un « faible » par rapport aux armées l’entourant. Pourtant elle a toujours été considérée comme un élément fort dans le contournement possible du  dispositif occidental de l’OTAN.

En fait on reconnaissait, à cette époque-là que l’état de préparation et la volonté de défense qui se dégageait du pays contrebalançait cette infériorité. On parlait de dissuasion. Le fait que chaque citoyen disposait d’une arme à domicile, avec de la munition, son équipement et qu’il devait s’affranchir d’un entrainement régulier a caractérisé cette volonté de défense. Dans le pays, cela « faisait  consensus » bien que les partis de gauche aient sans arrêt contribué à le critiquer.

 

Des faits concomitants

 

Depuis la disparition du bloc du Pacte de Varsovie et la transformation de l’URSS en Union des Etats, de nombreux faits simultanés nous ont conduits à la situation actuelle de l’armée. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas exactement celle que le citoyen moyen que nous sommes, se figure.

 

Il est vrai que la menace qui a prévalu depuis la fin de la deuxième guerre mondiale a disparu et avec elle le risque d’une conflagration européenne. Dans le même temps et issu de cet esprit typiquement suisse qui ressort d’ailleurs assez du fondement même de la milice, l’armée a été réduite. Au  moment du danger, on sort les armes ; mais en temps de paix  on laisse rouiller la hallebarde dans la grange, on l’oublie même…

 

Les vœux de la plupart des entrepreneurs suisses de ne plus devoir supporter l’effort de défense par le départ des collaborateurs effectuant leur cours de répétition, a contribué à cette évolution. Ces chefs d’entreprise prétendaient souffrir d’un manque de compétitivité par rapport  aux pays étranger dont la plupart ont d’ailleurs renoncé à la conscription de leurs jeunes citoyens. De plus, plusieurs sociétés suisses ont été reprises par des entrepreneurs étrangers qui  ne connaissent pas l’histoire du pays et qui ignorent ce que peut leur apporter un cadre de l’armée suisse au sein de leur entreprise. La Suisse est un pays tranquille, on peut y faire du bon business et c’est tout…

 

L’état des finances fédérales a également poussé le gouvernement et les Chambres fédérales à sabrer dans leurs budgets.  Evidemment celui de la défense n’y a pas échappé, c’est le département qui a subi les plus fortes contraintes. Ces coupes ont largement présidé aux concepts « A95 », « 21 » et « 08/11 ». Il s’en est suivi une réduction très importante des effectifs et de l’abandon des points forts du pays. On a démantelé les fortifications qui barraient l’entrée des Alpes. Ce fut peut être le signe le plus démonstratif du renoncement au concept du « réduit national » qui épargna la Suisse de 1939 à 1945. Les classes d’âge au-delà de 34 ans ont été supprimées.

 

Ces réformes mettaient hors jeu, du même coup, tous ceux qui ont fait la « Grande armée ».

 

Attention, il n’est pas dans ce propos de revenir à l’armée de grand-papa, de reprendre les vareuses gris-vert qui vous râpent le cou et les jambes. Non, il est simplement stupide de couler l’ancien navire et avec lui ses moussaillons sous prétexte qu’on a trouvé mieux et plus efficace.

 

De fait, il n’est pas rare de rencontrer des anciens militaires qui ont façonné l’armée de la dissuasion, renoncer à prendre position tellement leur déception est grande, leur dégoût de voir des millions d’heures de travail et  d’efforts disparaître de la sorte et même de s’entendre dire par l’ancien chef du département de la défense qu’ils jouaient à se faire peur.

 

D’ailleurs le renoncement de ces points forts – les fortifications - qu’on avait laissé se démoder, n’a jamais eu de justification militaire. C’est une raison politique qui a été à l’origine de cet abandon.  Un motif financier qui permettait du même coup de démontrer à nos pays amis que la Suisse n’est plus entourée de nations belliqueuses. C’est aussi enlever cette mauvaise idée du hérisson qui avait tendance à sommeiller dans la tête des gens et les préparer à la généreuse ouverture à l’étranger, à l’ONU, à l’Union Européenne (qu’on finira bien par rejoindre), à l’accueil de tous les citoyens du monde. Cela pourrait aussi laisser accroire que les conclusions du Congrès de Vienne de 1815 sont devenues caduques.

 

On a aussi basé la nouvelle stratégie sur un rapport (RAPOL) qui décrivait une situation parfaitement stabilisée en Europe avec une nouvelle position de la Suisse  entourée de pays « amis ». Ce constat s’est aussi efforcé d’effacer la menace militaire pour une période d’au moins 20 ans.

 

Dix ans plus tard, on débouche sur un constat mitigé et un concept de sécurité en Suisse qui est devenu flou et sans consensus. L’esprit qui sous-tendait le comportement des citoyens avant les années 90 a disparu.

 

Les réductions ont manifestement affecté la capacité de défense du pays. L’abandon de systèmes d’armes a contraint les militaires à limiter les missions voire à les abandonner. De plus, si l’on considère cette absurde mission de protection des ambassades, on s’aperçoit que les effectifs d’infanterie sont devenus tellement insuffisant qu’il faut contraindre des soldats d’armes spécialisées à combler les trous. Ces artilleurs, pionniers ou tankistes oublient par voie de conséquence la maîtrise de leurs moyens. Cela fait dire à d’autres que décidément l’armée de milice est incapable de s’accommoder des moyens modernes et qu’il nous faut une armée de métier.

 

Ces réformes ont aussi, et c’est certainement plus grave, porté un sérieux coup à l’esprit confédéral. Celui qui unit les citoyens de la Confédération. Très directement parce que la durée des services s’est écourtée, parce que le pourcentage des conscrits a aussi sensiblement diminué. Le mélange social de gens de mentalités et de conditions diverses s’est amenuisé. L’abandon des cours de répétition occupant les villages ne permet plus aux unités de se mélanger aux habitants d’autres cantons. Les corps de troupe ont fait les frais de ces réductions en déstabilisant complètement les répartitions linguistiques. La rudesse dans le traitement des instructeurs, leurs temps de travail excessifs et leur condition sociale ont contribué à réduire la qualité et leurs compétences à former des soldats d’expression française ou italienne, et à intégrer les suisses alémaniques, romands et tessinois dans une marche de service bien cadrée et professionnelle.

 

Jusqu’où risque-t-on d’aller ? Jusqu’à un profil de 50'000 hommes ? Jusqu’à un effectif qui permettrait de se débarrasser des miliciens pour entretenir une formation genre « police-armée » comme on le voit à Monaco ou au Luxembourg ?

 

Quoi, maintenant ?

 

Il faut maintenant plaider pour un  gel des réformes et des réductions. L’image de la menace doit être revu complètement. L’image terroriste est simpliste et plus l’affaire de la police et des services secrets. La coopération avec les forces étrangères ne cesser de violer la notion de neutralité qui a permis à notre pays de se placer de façon efficace dans des négociations entre pays belligérants.

 

L’engagement de l’armée à l’étranger comme ceux que propose le mouvement de Promotion pour la paix nous met en contact avec des pays en guerre et du même coup en contradiction avec les principes les plus élémentaires d’un pays réellement neutre.

 

Les grands écarts de la doctrine militaire suisse qui va des engagements subsidiaires, en passant par la promotion pour la paix, les opérations de sûreté sectorielles et enfin de sauvegarde des conditions d’existence, doivent laisser place à des schémas plus simples. L’armée est tout d’abord le moyen ultime de protection de  nos valeurs démocratiques et n’a que faire des missions d’Euro 2008, de courses de ski et de conférences WEF. Les péripéties mondiales actuelles, les tendances protectionnistes européennes, le basculement de majorités et de composition de gouvernements, le déversement continuel de réfugiés sur les côtes septentrionales de la Méditerrannée, les luttes sur les réseaux d’information, les menaces sur notre indépendance économique bancaire et fiscale et la montée généralisée de la violence devrait nous donner quelques axes de réflexion sur ce que doit faire l’armée. La situation internationale européenne est devenue dangereuse, non pas à cause d’une menace identifiée, mais bien plus à cause de l’incertitude dans laquelle nous sommes plongés. Tout est devenu possible, absolument tout. Qui avait prévu l’attaque du 11 septembre 2001 ? Qui avait prévu le conflit géorgien ? Qui avait prévu la crise financière mondiale ? Personne !

 

Entretenir une armée ne s’improvise pas. Cela demande de l’entraînement, des sacrifices, des efforts tant financiers qu’humains. Le passé récent a aussi prouvé que l’acquisition d’équipements et d’armement en période de tension est impossible ou très difficile. Se débarrasser des chars lance-mines comme cela vient de se faire ou de ne plus disposer d’armes anti-chars d’infanterie à moyenne portée n’ont pas été les décisions les plus adéquates.

 

Ce n’est pas quand la maison va brûler que le conseil communal se réunira pour décider un crédit pour l’achat d’un camion de pompiers. Il sera trop tard.

 

Il incombe donc à l’autorité politique et aux représentants du peuple à quelque niveau qu’ils soient de prendre en compte ces préoccupations quitte à mettre en deuxième priorité des projets de loi touchant aux patronymes, ou  de disserter sur la vie en commun des cochons d’Inde ou des poissons rouges dans la cadre de la récente loi sur les animaux.

 

Il incombe d’abord aux autorités de s’occuper de la cohésion humaine entre les citoyens du pays, de soigner le tissu social et associatif et de prendre garde aux énergies centrifuges. Il incombe enfin aux autorités fédérales et cantonales de ne pas abandonner le concept de l’armée de milice soit en se débarrassant du problème (suppression des départements miliaires dans les cantons) soit en appelant les gens à faire des services longs (appel pour proposer aux militaires de signer un contrat pour un service unique supprimant de ce fait l’appel aux cours de répétition) ou en payant la vingtaine de « super-militaires-commandos » qu’on veut, accessoirement, envoyer protéger les bateaux battant pavillon suisse passant au large de la Somalie.

 

Il incombe également aux Etats-Majors militaires de travailler en détail les conséquences des réductions d’effectifs et de les mettre en opposition avec des scénarios de menace possible et modernes. De préserver, s’il est encore possible de le faire, toutes les options imaginables. D’alarmer, s’il y a lieu les décideurs des déficiences de nos planifications et des infractions au maintien du secret (?!?). De présenter des études soigneuses et exhaustives en s’abstenant de s’inspirer uniquement de leurs mentors qu’ils visitent à la base de l’armée américaine à Stuttgart.

 

On l’aura compris : la technologie moderne n’est rien si derrière, l’homme, n’a pas la volonté de se défendre ou, pour être en phase avec la terminologie actuelle, la volonté de « préserver ses conditions d’existence ».

 

Hélas, nul n’est prophète dans son pays. Merci à ces messieurs du fin fond des vallées de l’Afghanistan pour leur « amical » rappel.

 

 

François Villard

 

Note de la rédaction

Le texte qui précède est la version intégrale de l’article de notre collaborateur occasionnel François Villard. Pour le journal imprimé, nous avons dû procéder à plusieurs coupures, qui n’altéraient pas le sens de l’ensemble mais qui permettaient la publication en une seule fois d’un texte trop abondant pour nos impératifs.

 

 

 

Régime: le non-sujet perpétuel

 

Dans 24 heures du week-end de Pâques, Madame Sandra Weber fait la preuve de son exceptionnel don d'observation en constatant que, chaque année, aux premiers signes du printemps, les publicités pour les régimes minceur foisonnent. Et c'est donc, comme chaque année, l'occasion pour une journaliste en mal d'inspiration de consacrer plus d'une demi-page à la question. Comme chaque année, on nous révèle que les solutions miracles n'existent pas, que les systèmes misant sur la privation et le court terme sont mauvais et que le secret réside dans un mode d'alimentation sain et équilibré, assorti d'exercice physique régulier (au minimum trente minutes par jour). Comme chaque année, on fustige l'image du corps parfait véhiculée par la publicité et qui traumatise un grand nombre de femmes. Comme chaque année enfin, on interroge des spécialistes et un ancien gros susceptible de convaincre les plus sceptiques grâce à l'aspect poignant de son témoignage.

 

         Pour notre part, nous nous faisons, chaque année, les réflexions suivantes: une alimentation saine et équilibrée telle que conçue par les spécialistes en tous genres, composée essentiellement de légumes à l'eau et de viande maigre, prohibant le gras et l'alcool, est une torture telle qu'elle ne peut être suivie, sur le long terme, que par les masochistes ou les ennemis de la gastronomie; la faculté de consacrer trente minutes par jour à l'exercice physique n'est donnée qu'aux retraités, aux profs de gym et aux nutritionnistes indépendants dont le carnet de rendez-vous est aussi maigre que l'alimentation qu'ils préconisent – ceci expliquant peut-être cela; même si les publicitaires avaient l'idée saugrenue de chercher à vendre costumes de bain et sous-vêtements en choisissant pour modèles des matrones aux seins flasques, aux cuisses épaisses et aux mollets de vieux Suisses, la conviction que seule la «beauté intérieure» compte ne l'emporterait pas pour autant: à moins d'interdire aux filles ravissantes de sortir dans la rue, les maris continueront à se retourner sur leur passage avec un regard gourmand.

 

         La loi fédérale qui réglera tous ces problèmes n'étant pas encore sous toit, Madame Weber pourra écrire le même article l'année prochaine. On lui suggère toutefois de faire montre d'un peu plus de sagacité dans le choix du «témoin». S'adresser dans ce domaine à Marie-Ange Brélaz, qui a eu recours au bye-pass, et dont le conjoint représente, aux dires de certaines sources, le plus efficace des coupe-faim pour quiconque se trouve en sa présence aux heures des repas, est aussi avisé que de requérir les conseils d'un failli en matière de gestion d'entreprise.

 

Iratus