Lausanne 39e année      «ne pas subir»      Janvier  2009 No 381

 

 

Sommaire :

 

Editorial

L’éditorialiste se demande si les étrangers vivant en Suisse devraient pouvoir bénéficier de Tribunaux particuliers, appliquuant, par exemple, la charia

 

Bricoles

Où il est question de vocabulaire journalistique, d’euro, d’un écolier cultivé (et donc suspect), et d’un record absurde.

 

Ne dites pas…

La minute du langage châtié…

 

En direct de Sirius

Max nous entretient de M. Bernard Madoff, des ingénieurs en télécom, d’une dame qui préférait ne rien savoir, et d’un jet de chaussure.

 

Au nom de l’éthique, je vous arrête !

Pollux se réjouit de la création, à la police, d’un comité d’éthique.

 

L’affaire Luca

Michel de Preux démontre que l’instruction de cette affaire a été conduite par le juge avec l’intention claire de ne pas identifier les coupables

 

Deux questions, deux réponses

Claude Paschoud donne son sentiment sur les votations fédérales où on nous pose deux question bien différentes auxquelle nous ne pouvons donner qu’une seule réponse.

 

Fiscalité

Sur un objet de votation cantonal, dans le canton de Vaud, la gauche se trompe une fois de plus.

 

Les nouvelles aventures…

Chronique habituelle du révisionnisme en Europe.

 

Carnet rose

Bienvenue à Amalia !

 

 

 

Editorial

 

 

         Faut-il que les immigrés de Suisse disposent de tribunaux religieux appliquant, par exemple, la charia? Ce serait une bonne idée, si l’on en croit un dénommé Christian Giordano, socio-anthropologue, professeur à l’université de Fribourg1. Celui-ci a en effet publié, dans la dernière édition du cahier de la Commission fédérale contre le racisme, un article dans lequel il remet en question le principe qui veut qu’une seule justice s’applique à tout le monde en Suisse. Ce texte s’intitule Pluralisme juridique: un instrument pour le multiculturalisme?.

 

         Nous voici fixés. Ce n’est pas un professeur d’université qui s’exprime, ni un «scientifique» – Le Matin dixit. C’est un idéologue antiraciste, un champion des «droits humains» – un de plus. Pour lui, le multiculturalisme représente le sommet du bonheur de l’humanité, un but à atteindre au plus tôt, à tout prix. Et, bien sûr, comme tous les idéologues, il rêve et sombre dans l’incohérence.

 

         Monsieur le professeur Giordano estime donc que des jugements pourraient parfaitement être rendus selon la charia, mais il refuse les châtiments corporels qui doivent être convertis en amendes, car «les droits humains doivent naturellement être respectés devant un tribunal appliquant la charia en Suisse». Naturellement! Vous ne voudriez tout de même pas qu’on se mette à couper les mains des voleurs et à lapider les adultères! En somme, il suffira de transformer la charia en la calquant sur les codes suisses et le tout sera joué! Si les ayatollahs lisent le Matin, ils doivent être morts de rire.

 

         Le scientifique professeur Giordano est d’avis que la Suisse est prête à entamer ce genre de débat. Là, il devient franchement injurieux. Qu’il nous prenne pour des ânes, ce n’est déjà pas très flatteur; qu’il nous le dise, c’est culotté. Mais la Suisse est sans doute composée pour lui de ses petits copains de la Commission contre le racisme et autres prêtres des «droits humains». D’ailleurs, les quelques réactions d’hommes politiques recueillies par le quotidien vaudois tendent à montrer que ni à gauche ni à droite on n’est mûr pour entamer la discussion sur ce projet farfelu.

 

         C’est un projet farfelu, mais c’est aussi un projet inquiétant, car il prouve que les milieux antiracistes sont prêts à se soumettre aux exigences d’étrangers qui, au lieu de s’adapter aux mœurs et aux institutions du pays qui les accueille, vont s’efforcer de soumettre celui-ci à leurs propres mœurs et institutions. Il ne faut pas s’imaginer que, ayant leurs tribunaux, les adeptes de la charia toléreront longtemps que nous conservions les nôtres. Le jour où le gentil projet multiculturaliste de Christian Giordano se réalisera, cela signifiera que les islamistes font la loi chez nous, et rien n’indique qu’ils soient, eux, très portés sur le multiculturalisme.

 

         Dans sa livraison du 16 janvier, l’hebdomadaire français Les 4 vérités hebdo nous apprend, sous la plume de Nicolas Bonnal, que «dans certains petits émirats, la population musulmane va devenir minoritaire. En Arabie Saoudite, on ne compte pas seulement les soldats américains, mais 20% de travailleurs catholiques, venus pour l’essentiel des îles Philippines». On n’a aucune raison de supposer qu’il se trouve en Arabie Séoudite et dans les émirats un socio-anthropologue scientifique pour proposer des tribunaux destinés aux étrangers non musulmans. Ça se saurait!

 

         A force de vouloir toujours nous forcer à être gentils et accueillants tout seuls, sans jamais envisager la réciprocité, les Giordano et consorts finiront par nous détruire.

 

         Eh bien ! ne leur en déplaise, nous n’y sommes pas prêts, mais alors pas du tout!

 

Le Pamphlet

 

1 Le Matin du lundi 29 décembre 2008.

 

 

 

Bricoles

 

Traduction

 

Sous la plume du journaliste

La réalité

Ce qui devait être un rêve a tourné en un affreux cauchemar

Les touristes ont été déçus de l’hôtel

La plus belle avenue du monde

La plus belle avenue que je connaisse

Une entreprise pas comme les autres

Une entreprise comme je n’en avais jamais vu (mais je n’en  connais qu’une)

Le libéralisme pur et dur

Le libéralisme

Une alliance contre nature

Une alliance à laquelle je ne m’attendais pas

Un discours populiste

Un discours qui correspond aux attentes d’une grande partie de la population

Un discours antisémite

Un discours qui déplaît à l’extrême-droite israélienne

Exit les devoirs à domicile et vive les vacances

Exeunt les devoirs et vivent les vacances

 

(cp)

 

Euro

 

         Sur les ondes de la Radio suisse romande, et à l’occasion de l’adoption de la monnaie unique par la Slovaquie, un parleur vantait les mérites de l’euro en usage dans la plupart des pays de l’Union.

 

         «Sans la monnaie commune, disait le parleur, bien des Etats auraient été tenus de dévaluer leur monnaie! »

 

         C’est parfaitement exact, et c’est d’ailleurs pour cette excellente raison que les Etats qui n’ont pas pu dévaluer leur monnaie, par rapport à d’autres faisant partie du même système, se trouvent aujourd’hui dans une situation économique si mauvaise. Lorsque les industries d’exportation perdent des clients, lorsque les biens produits pour l’étranger sont trop chers, lorsque la balance des marchandises est déficitaire, le moyen le plus simple pour l’équilibrer est de modifier la parité de sa monnaie par rapport aux autres: c’est la dévaluation, qui est une opération voulue, bénéfique, souvent salvatrice, quand bien même elle est le signe d’une situation malsaine.

 

         Les Etats membres de l’euro ne le peuvent plus. Il est bien pratique pour le particulier de pouvoir voyager dans toute l’Europe avec une seule monnaie, mais cet avantage se paie au prix fort pour les plus fragiles: les forts deviendront de plus en plus forts et les faibles de plus en plus faibles.  Et ce ne sont pas les rodomontades de M. Sarkozy qui pourront y changer grand-chose! (cp)

 

Culture suspecte

 

         Un écolier lausannois de ma connaissance a été pris la main dans le sac: comme il avait employé le mot emphase dans un travail écrit effectué à domicile, il s’est vu reprocher par son professeur de n’être pas l’auteur, sinon du travail entier, du moins du passage qui contenait ce mot. Il y a quand même des profs à qui on ne la fait pas! Non mais! Tout le monde sait qu’un écolier de quinze ans, fût-il en voie baccalauréat, ne dispose pas d’un vocabulaire de plus de deux cents mots dont putain et merde sont les plus beaux fleurons! (mp)

 

Record

 

         Un Français de soixante-deux ans a battu le record du monde du discours le plus long, ce qui lui permet d’entrer dans le livre Guiness des records. Il s’est exprimé, nous dit un communiqué ats du 17 janvier, pendant cent vingt-quatre heures d’affilée.

 

         Je me réjouis pour lui de cette belle performance et du succès remporté, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’en cent vingt-quatre heures, il a dû battre un autre record: celui du plus grand nombre d’âneries proférées sans interruption.

 

         J’avoue ne pas comprendre que tant de gens se rendent malades ou s’épuisent pour pouvoir se vanter d’avoir avalé le plus grand nombre d’œufs ou débloqué pendant le plus grand nombre d’heures. Ce doit être l’âge. (mp)

 

 

 

En direct de Sirius

 

Madoff (et les farceurs)

 

         Formidable, ce Madoff! Enfoncés Stavisky, Maxwell et tous les autres gagne-petit des siècles passés! Les yankees font tout en plus grand. Cinquante milliards, dit-on... et étouffés dans les portefeuilles de professionnels de la chose… une kyrielle de grands banquiers dans les pays de la top-finance, des à qui on ne la fait pas – essayez donc, vous, simple chef d’entreprise, de leur demander l’ouverture d’une ligne de crédit pour voir. Et lui, il arrive, et pendant vingt ans, il les piège comme on se fait un pigeon, à la boule de neige, et bien sûr au nez et à la barbe de la S.E.C., les «Pinkertons» de la haute finance. Et tout ça pour finir par avouer, tout benoîtement, comme un vulgaire commis qui a piqué dans la caisse. C’est beau comme du Jean Yanne. Et personne, nulle part, ne s’est douté de rien ! Et en (sub-) prime, on nous offre une (double) comptabilité  avec un beau désordre, dans laquelle une équipe d’élite de rambos-surmasterisés-avec-boutons-de-manchettes-de-Harvard-et-lap-tops ne retrouveront jamais leurs petits.

 

         Et pourtant, le «liquide» n’échappe pas à la règle des vases communicants… Alors, les sous que les contribuables états-uniens et autres vont finir par devoir éponger (parce que «l’Etat» c’est eux)… où y sont? Dites-donc… vous vous imaginez le nombre de chasseurs-bombardiers qu’on pourrait se payer avec cinquante milliards de dollars?

 

La France qui disjoncte (par pénurie de bon sens et réduction de moyens)

 

         6 novembre 2008, Nice et alentours: la foudre tombe et des lignes téléphoniques aussi; beaucoup, paraît-il, sont frappés. Au 15 janvier 2009, il reste encore au moins deux foyers et un garagiste qui attendent toujours que France Télécom rétablisse leur ligne !1 Incurie ou impéritie? Max s’informe auprès de Tartempion, jadis propriétaire d’une PME spécialisée dans les énergies renouvelables. «Ça ne me surprend pas», indique ce dernier: «La France pense trop court. Nous avons eu, un jour, la visite annoncée d’un trio d’ingénieurs de ladite compagnie; des virtuoses du fil de cuivre, diplômés de tout et du reste. Ils voulaient qu’on leur réalise un générateur solaire mobile pour approvisionner leurs relais en cas de tremblement de terre sur Nice. “En quelles charges voulez-vous que je le fractionne pour l’acheminement à dos d’homme?” leur demandai-je. Silence de mort. Ils étaient là, figés, pas très à l’aise. “Vous pensez bien que si un tremblement de terre dévaste une ville de trois cent cinquante mille habitants, vous pouvez oublier l’idée de crapahuter dans les décombres avec des ‘quatfouahquat’.” Eh bien! non… ils n’y avaient jamais pensé, ces cadors… Pour les réconforter, je leur ai suggéré une ânée… Et puis, ils sont partis voûtés, défaits, perplexes… On ne les a plus jamais revus… Ils ont dû ranger dans leurs tiroirs l’idée du tremblement de terre… »

 

Lettre ouverte à une autruche

 

         Liebe A….,

 

         Vous m’avez rendu l’enveloppe que je vous avais passée. Un peu gênée de votre volte-face, vous m’avez confié que «tout ceci était trop “grässlich” ; [et que vous aimiez autant] ne pas savoir». Mais ne pas savoir quoi ? L’enveloppe était intacte. Conscient du formatage qu’à l’instar de l’ensemble de vos compatriotes vous aviez dû subir, j’ai accepté votre refus d’obstacle. Comment aurais-je pu tenir rigueur à une grande traumatisée d’avoir choisi de se ficher la tête bien profondément dans le sable? Ce faisant, avez-vous réalisé que, bec en terre, fesses en l’air, vous vous exposiez aux pires outrages? Mais passons; vous voilà, pour un temps, inaccessible aux rhumes de cerveau. En revanche, jusqu’à quand pensez-vous pouvoir tenir l’apnée? Longtemps, j’espère, car quand vous ferez surface – autant vous avertir –, le réveil sera rude, vous trouverez l’air fétide et les nuages fort sombres. Pour vous atténuer ce choc, je vous propose de lire dès votre émergence le n° 15 de Tabou 2. Il est tout entier consacré à l’aventure d’un homme de belle race. Il est Allemand comme vous; il se nomme Ernst Zündel. On l’a jeté aux oubliettes chez vous, parce qu’il pensait hors ligne. Je parie que vous ne le saviez même pas! Mais je n’en dirai pas plus afin que vous puissiez découvrir librement qui il est et le combat qu’il mène pour votre peuple depuis quarante ans déjà. Rassurez-vous, vous ne vous ennuierez pas! Des deux côtés de l’Atlantique, vous découvrirez les justices avariées et rampantes de pas mal de démocraties de petite vertu et quelques cuisines diplomatiques extrêmement nauséabondes; très peu d’hommes droits et beaucoup trop de courbes. Il vous sera donné de voir à l’œuvre nos inquisitions nouvelles avec la distribution qu’il faut: de trop rares patriotes du métal le plus pur livrés par des tordus à des pantins dociles manipulés par des perfides qu’encouragent des imbéciles applaudis par des gentils naïfs. Vous y trouverez aussi les ingrédients des meilleurs thrillers: manipulations, attentats, escamotages et enlèvements. Attention ! Ça décape !

 

Baby Bush contre l’Axe du mal (fin de match par tirs au but)

 

         Là-haut, Saddam Hussein en rit encore: le président-en-chef de l’Alliance du Bien traité de chien et assaisonné à la savate par un jeune journaliste irakien. On ne pouvait pas tomber plus bas: le chien, la babouche; les deux choses les plus sales pour un arabe. Encore a-t-il eu de la chance, le vecteur de destructions massives… Imaginez un de nos tireurs à mention fédérale armé de tricounis3

 

Gaza (version brève)4

 

         Quelques Israéliens pensent peut-être qu’ils ont gagné. En fait ils ont perdu, une fois pour toutes.

 

Max l’Impertinent

 

1 Ce n’est pas une blague: j’ai les adresses ainsi qu’une éloquente liste de mesures ineptes.

2 Ernst Zündel – Son combat pour l’Allemagne, par I. Rimland (et autres textes décrivant une chasse aux sorcières qui défie l’imagination)  dans Tabouvolume 15, 200 p., 25 euro (port inclus), éd. Akribeia, 45/3 rte de Vourles, F 69230 St-Genis-Laval et www.akribeia.fr.

3 Dénomination familière pour nos anciens brodequins cloutés d’ordonnance.

4 Pour satisfaire au souhait de la rédaction.

 

 

 

 

Au nom de l’éthique, je vous arrête!

 

         Le déferlement d’agressions sauvages auquel on assiste depuis plusieurs mois dans la région lausannoise agite les esprits. Les chargés de communication de la police s’évertuent à nous répéter qu’il ne faut pas s’alarmer, que le nombre d’incidents «dans telle rue et à telle heure» reste «relativement» faible, que la situation est encore beaucoup moins grave que dans les banlieues parisiennes, qu’il ne s’agit pas de «bandes» mais de «petits groupes de jeunes agissant sans motif » et qu’il ne faut surtout pas généraliser quelques cas isolés. Et pourtant la population s’inquiète.

 

         Dans ce contexte propice, la presse à scandale s’est amusée à en déclencher un en faisant dire au procureur général qu’un simple citoyen n’avait pas le droit de retenir un agresseur ou un cambrioleur par la force en attendant la police. Comme prévu – et avec raison au regard de la manière dont la chose avait été présentée –, les lecteurs se sont indignés. Quelques jours plus tard, l’affaire s’est pourtant dégonflée: si l’on en croit les explications du procureur, l’exemple relaté par les journalistes avait été habilement déformé; comme d’habitude.

 

         Bien entendu, si le droit accordait une plus grande marge de manœuvre aux simples citoyens pour se défendre et défendre leurs biens, ces mêmes journalistes seraient les premiers à dénoncer une «dérive sécuritaire». L’essentiel est qu’il y ait du scandale.

 

         La vraie question est probablement de savoir si la police elle-même doit pouvoir arrêter les criminels. Nul doute que le sujet intéressera le nouveau Comité d’éthique dont vient de se doter la police municipale de Lausanne et qui sera chargé de «donner des balises» aux policiers lorsque des «tendances problématiques» apparaîtront chez ces derniers.

 

         Parmi les premiers thèmes envisagés figure – on ne l’aurait jamais deviné – le «délit de faciès». On soupçonne en effet les policiers de cibler leurs contrôles en fonction de l’apparence des individus; de n’interpeller que des personnes de couleur lorsqu’ils recherchent des vendeurs de drogue africains dans des endroits qui ne sont fréquentés que par des Africains; ou de n’arrêter que de jeunes gauchistes chevelus lors des manifestations altermondialistes.

 

         Ces situations sont jugées totalement incorrectes et l’on priera donc les agents, s’ils sont sur les traces de dangereux criminels, de contrôler un nombre équivalent d’hommes d’affaires en complet-cravate, de ménagères chargées de commissions, de commerçants affables sur le pas de leur échoppe, de petites filles portant leur chat chez le vétérinaire et de personnes âgées accrochées à leur tintebin. Pas de discrimination! Un nombre égal d’arrestations! Si nécessaire pour des motifs éthiques.

 

Pollux

 

 

 

Ne dites pas…

 

         Ne dites pas: «Quand Micheline Calmy-Rey déclare, en tant que chef de la diplomatie helvétique, qu’on ne reste pas neutre devant Gaza, ses propos rentrent dans la catégorie des inepties dangereuses, car la neutralité suisse doit s’appliquer à tout le monde et en tout temps.» Dites: «Quand Micheleline Calmy-Rey déclare, en tant que chef de la diplomatie helvétique, qu’on ne reste pas neutre devant Gaza, ses propos entrent dans la catégorie des inepties dangereuses, car la neutralité suisse doit s’appliquer à tout le monde et en tout temps.»

 

Le pinailleur

 

 

L’affaire Luca

 

«La justice coûte cher, c’est pourquoi on l’économise.»

 

Marcel Achard

 

         Pour sa deuxième édition, l’émission de la télévision romande Zone d’ombre diffusait le dimanche 4 janvier une séquence sur l’affaire Luca, ce jeune garçon d’une dizaine d’années à l’époque (2002), retrouvé par sa mère un soir de février à la lisière d’un bois, moitié nu dans la neige, dans le coma, le torse blessé de multiples éraflures sanguinolentes, à Veysonnaz. L’endroit était situé à quelques centaines de mètres de son domicile. Il était sorti avec son jeune frère (quatre ans au moment des faits). Ses vêtements, intacts, avaient été retrouvés près de lui, dans la neige.

 

         Cette affaire fit la une de l’actualité régionale à l’époque. Sur le plan pénal, elle s’est terminée (provisoirement?) par un classement sans suite, faute de preuves tangibles de mise en cause autre que… celle du chien! Un pédopsychiatre invité à l’émission déclara la version du premier intéressé, revenu de son coma beaucoup plus tard, et gravement handicapé, peu crédible et irrecevable en procédure pour des raisons de forme… Cet enfant s’en est pourtant toujours tenu à une seule et même version des faits. Il met en cause des camarades de son village l’ayant agressé et frappé avec des branchages après l’avoir en partie dénudé, et l’ayant laissé sur place, sans connaissance. Mais la justice lui préféra le témoignage indirect de son jeune frère, de quatre ans au moment des faits, mais de qui un dessin est censé reproduire la scène avec authenticité, selon un expert averti, nous dit-on. Or, dans ce dessin, on ne trouve nulle évocation de tierces personnes, d’où la mise en cause du chien de la famille.

 

         Mais le comportement de cet animal, placé dans un refuge plusieurs mois et examiné attentivement par le propriétaire du chenil, ne révèle aucun signe d’agressivité, même lorsqu’on l’y incite. Sa mise en cause par la justice est donc plus qu’étrange; elle devient dans ce contexte plutôt inquiétante. La présence de cet animal sur les lieux du drame est décidément fort opportune…

 

         On apprend aussi, en cours d’émission, que l’avocat du lésé fit l’objet de plusieurs menaces, elles aussi, semble-t-il, restées sans suite judiciaire… Voudrait-on faire passer de l’inquiétude au soupçon qu’on ne s’y prendrait pas mieux! Tout spectateur normalement constitué en arrive à songer à une collusion entre le juge et les familles des possibles agresseurs, couverts  par ce magistrat. Cette déduction est dans la logique de l’exposé des faits tels que présentés lors de cette émission. La main sur le cœur, l’ancien rédacteur en chef du Nouvelliste valaisan, Jean Bonnard, accroît encore le malaise en dissertant sur le sort d’une victime collatérale, un chauffeur de bus local, qui dut quitter ce village après des soupçons de pédophilie infondés, qu’on fit peser sur sa personne dans cette affaire. Cet homme fut naturellement déclaré hors de cause. Mais qui donc avait suscité ce leurre? Certainement pas la famille du petit Luca. L’argument de la pédopsychiatre invitée à l’émission et proche de la famille de la victime fut imparable. L’hypothèse du crime pédophile est, selon cette personne sensée, totalement dénuée de vraisemblance, ne correspondant pas au mode de procéder de ce type de délinquant, très prudent. La présence du chien était dissuasive. On ne peut qu’adhérer à de telles considérations.

 

         Selon cette même personne, le chien doit aussi être mis hors de cause, car les traces de griffures sur le corps de l’enfant font totalement défaut; il s’agit d’éraflures causées par des objets légèrement tranchants, couteaux et armes blanches étant exclus également. La version de la victime s’en trouve crédibilisée d’autant, qui évoque des coups donnés avec des branchages. Ce sont là autant d’éléments à décharge qui accumulent les motifs de soupçon sur l’intégrité de l’enquête elle-même, dont personne ne dit mot… mais à laquelle plusieurs songeaient, sans aucun doute. La consigne était-elle de pas mettre en cause nommément la justice?

 

         Mais pour le coup, le titre de l’émission devenait lui-même trompeur et générateur de désinformation, car il ne révélait pas «des zones d’ombre». Cette émission accumulait au contraire une somme impressionnante et cohérente d’indices et de griefs implicites extrêmement graves à l’égard des organes de justice saisis: pourquoi attribuer à un chien des blessures dont l’origine a été démentie par le vétérinaire, par le propriétaire du chenil où cet animal fut longuement examiné, par la pédopsychiatre invitée et amie de la famille et par la victime elle-même? Pourquoi ne pas avoir fait des prélèvements d’ADN sur les vêtements de l’enfant, éventuellement sur les branches détachées si elles étaient encore sur place? Avec ces indications certaines, la détermination de l’origine des agresseurs ne présentait plus aucune difficulté majeure, la recherche des camarades de Luca pouvant se faire sur place, dans un petit village de montagne.

 

         Evidemment, cette piste, seule sérieuse, seule crédible, seule raisonnable, seule étayée par des indices incontestables, fournis par l’émission elle-même, emportait avec elle de graves conséquences pour les personnes qu’elle était susceptible de mettre en cause nommément. Mais après tout, de quoi s’agit-il? D’une mise en danger de la vie d’autrui, crime passible de la réclusion pour cinq au plus. Oppose-t-on à ce genre d’infraction la prudence quant à la protection de la réputation d’autrui? C’est un non-sens absolu. La gravité extrême de ce grief explique à son tour les pressions exercées sur l’avocat de la défense. Ce n’est qu’un indice de plus, et non des moindres…

 

         On ne peut s’empêcher d’observer que la famille de la victime, d’origine étrangère, a sans doute peu d’influence, même strictement locale. En outre, le long état comateux de Luca a peut-être «autorisé» une mise à l’écart de ses propres dépositions, formalisme procédural aidant. Un faux coupable, recherché par pur intérêt tactique, en vue de déstabiliser la cause de la victime, servait aussi des intérêts plutôt obscurs. Telles sont les vraies questions que pose au public cette enquête non pas orientée mais littéralement désorientée. Quant à la presse régionale, elle orchestra magnifiquement la confusion des esprits. Un pédophile de fiction était-il le bienvenu dans cette affaire ? De fait, Monsieur Jean Bonnard s’est très confortablement assis sur cet argument de complaisance.

 

         Et que dire du professeur de service, Christian Nils-Robert? Il nous servait ses généralités convenues, qui ne touchent à rien et ont l’avantage de ne le compromettre en rien non plus. Son propos est creux, la science du droit faisant illusion à beaucoup. Nul n’aurait le mauvais goût de parler de manque de courage. Même le mot de décence devient, dans un tel contexte, assez gênant.

 

Michel de Preux

 

 

 

Les nouvelles aventures…

 

Le duo maudit

 

         Quoi qu’on puisse penser à titre personnel de l’exhibition, fin décembre au Zénith, de Dieudonné et du professeur Faurisson, force est de constater que son retentissement a été énorme, et que plus personne ne peut ignorer qu’il existe sur la planète d’affreux négationnistes nazistoïdes, dont un au moins n’a pas le bon profil, puisqu’il est homme de couleur et devrait donc se ranger automatiquement  dans le camp des minorités opprimées, dont les organisations antiracistes sont les défenseurs patentés.

 

         Pour s’en être pris à une minorité opprimée plus précieuse encore que la sienne, Dieudonné a été déchu de ses droits de membre d’une minorité opprimée et s’est senti obligé de faire alliance avec des représentants de minorités opprimées particulièrement détestées des défenseurs des minorités opprimées: Jean-Marie Le Pen, puis Robert Faurisson.

 

         Toute la terre en parle. Que va-t-il se passer ? Le suspense est insoutenable.

 

Mariette Paschoud

 

 

Deux questions, deux réponses !

 

         Il n’est guère surprenant que la classe politique s’engage résolument pour l’acceptation de la prolongation de la validité des accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne, comme elle s’était déjà mobilisée en faveur de l’EEE et pour notre adhésion à l’Europe. Elle ne craint pas, d’ailleurs, d’user des mêmes arguments catastrophistes, dont elle avait fait grand usage lors de ces dernières occasions, et qui s’étaient révélés tout faux naguère, comme ils le sont toujours aujourd’hui.

 

         On nous raconte qu’en cas de refus populaire, le Conseil fédéral serait tenu de dénoncer les accords conclus avec l’Union, ou pire, qu’un scrutin négatif aurait la vertu d’une dénonciation automatique des accords.

 

         C’est faux. Le Conseil fédéral serait tenu de respecter la volonté populaire, mais quelle serait cette volonté si on a prié le peuple de répondre par un seul oui ou un seul non à deux questions différentes ?  Un oui à la double question n’a nul besoin d’interprétation. Un non, en revanche, devrait imposer au gouvernement le devoir d’interroger à nouveau le souverain, sur les deux objets séparément. Il n’y a d’ailleurs aucune urgence, puisque les Bilatérales I, dont fait partie l’accord sur la libre circulation des personnes, seront reconduites tacitement, pour une durée indéterminée, sauf dénonciation expresse de l’une ou l’autre partie. Logiquement, et démocratiquement, le Conseil fédéral ne pourrait dénoncer l’accord que s’il est sûr que le peuple le veut.

 

         La brochure du Conseil fédéral nous dit que le Parlement a décidé de lier les deux questions dans un seul arrêté, essentiellement parce que la reconduction de l’accord n’est garantie que si nous l’appliquons à l’ensemble des Etats de l’UE. C’est faux. Lorsque les accords ont été négociés et signés, nos partenaires de l’UE ont été rendus attentifs au fait que chaque extension territoriale de l’Europe donnerait lieu à un choix libre de notre part.

 

         On nous dit aussi qu’en cas de refus d’étendre les accords de libre circulation des personnes à la Roumanie et à la Bulgarie, une « clause guillotine » des accords existerait, qui rendrait ceux-ci automatiquement caducs.

 

         Cette clause n’existe pas. Peut-on imaginer, nonobstant l’inexistence d’une telle clause, que les membres de l’Union européenne, irrités de constater que la Suisse refuse l’extension des accords de libre circulation à ses deux nouveaux membres, prenne l’initiative de dénoncer l’ensemble des accords conclus ? C’est juridiquement une hypothèse possible. Elle est assez peu probable, néanmoins, car la dénonciation des accords nécessite des membres de l’Union un avis unanime et, d’autre part, politiquement et économiquement, les accords sont avantageux pour les deux parties contractantes. C’est également pour cette raison que si, juridiquement parlant, la dénonciation par la Suisse du seul accord sur la libre circulation des personnes aurait pour effet la dénonciation automatique des six autres accords conclus en même temps, rien n’empêche de supposer que ces autres accords pourraient être prolongés par une décision commune, s’ils correspondent à des avantages pour les deux parties.

 

         Les milieux proches de l’Union et le personnel politique de notre pays jouent à nous effrayer. Comme naguère, on nous prédit les pires cataclysmes si nous refusons l’alignement: c’est tout juste si nous n’allons pas régresser à l’âge de la pierre polie! On nous a déjà servi ces balivernes lors de la tentative d’embrigadement dans l’EEE et dans l’Union. En restant à l’extérieur, nous nous sommes plutôt bien portés.

 

         L’accord sur la libre circulation des personnes a été, ces dernières années, plutôt bénéfique pour les entreprises. Cet accord n’a pas «créé des emplois» comme on entend certains économistes de luna-park le prétendre: simplement, ces six dernières années ont été des années de croissance, les entreprises ont pu créer des emplois, parce que les carnets de commandes étaient pleins, et on a donc pu profiter d’engager des étrangers plus aisément, avec moins de tracasseries, grâce à l’accord.

 

         Les syndicats craignent, pour les temps qui viennent, et qui sont moins roses, une pression à la baisse sur les rémunérations. Ils n’ont pas entièrement tort. Ce risque existe, malgré les conventions collectives, qui ne concernent pas tous les salariés. Le droit au regroupement familial va aussi peser sur les finances publiques (plus d’écoles, plus d’enseignants, plus d’allocations…).

 

         Mais finalement, je ne me serais pas opposé à la prorogation de l’accord sur la libre circulation, sachant que cet accord peut être dénoncé en tout temps s’il devait provoquer de graves inconvénients pour nous.

 

         Si la question m’avait été posée séparément, j’aurais peut-être admis aussi, comme une décision distincte, autonome, et dûment analysée pour elle-même, l’extension de l’accord aux deux derniers venus dans l’Union, qui sont constitués d’Européens.

 

         Mais le coup de force du Parlement me déplaît.

 

         A la question : Acceptez-vous l’Arrêté fédéral portant approbation de la reconduction de l’accord entre la Suisse et la Communauté européenne et ses Etats membres sur la libre circulation des personnes, ainsi qu’approbation et mise en oeuvre du protocole visant à étendre l’accord sur la libre circulation à la Bulgarie et à la Roumanie ?...

 

ma réponse  sera la suivante:

 

                            Oui                                Non

X

 

X

 
 

 

 


Peut-être ce vote (nul) donnera-t-il au gouvernement, si d’aventure le non devait l’emporter, la conscience d’une nécessité de reposer les questions de façon honnête. Dans tous les cas, le Conseil fédéral ne doit pas s’imaginer qu’on pourra nous glisser la Turquie subrepticement, dans le prochain paquet des Bilatérales II ou III, sans qu’on réagisse !

 

Claude Paschoud

 

 

 

Fiscalité

 

 

         Comme de coutume, la gauche présente le «paquet fiscal» proposé par le parlement et le gouvernement vaudois à la sagacité des citoyens, le 8 février prochain, comme un cadeau fait aux riches.

 

         Un «cadeau» qui consisterait à les tondre moins ras: la voracité du fisc se limiterait à leur confisquer 60%  seulement de leur revenu pour l’impôt cantonal et communal, c'est-à-dire un peu plus que 70% si l’on y ajoute l’impôt fédéral direct.

 

A son habitude, la gauche raisonne comme si les contribuables les plus aisés étaient prisonniers du canton. Il est symptomatique d’ailleurs de constater, au plan du vocabulaire, qu’on parle d’évasion fiscale lorsqu’un contribuable décide de déménager ses pénates sous des cieux plus cléments.

 

         Si un contribuable riche verse, dans notre canton, 70% de ses revenus à l’administration des impôts directs, et, en outre, quelques dizaines de milliers de francs sous forme d’impôts indirects et taxes diverses, il manifeste un esprit civique digne d’éloge en restant ici, alors qu’il pourrait sans difficulté excessive transférer son domicile légal à Monaco, aux Iles Vierges ou dans quelque autre Etat exotique à l’appétit fiscal moins vorace.

 

         Les imbéciles qui nous recommandent de refuser des «cadeaux aux riches» ne courraient pas grand risque, si leur conseil était suivi, puisqu’ils ne paient eux-mêmes, généralement, aucun impôt. Les dindons de la farce seront, comme de coutume, les classes moyennes, puisqu’elles devront compenser, par une hausse du taux communal ou par une diminution des prestations étatiques, le manque à gagner résultant du départ sous d’autres cieux des millionnaires qu’on voulait pressurer.

 

C.P.

 

 

 

 

Carnet rose

 

La rédaction et l’administration du Pamphlet

ont la joie de vous annoncer

l’heureuse naissance le 14 janvier 2009

de la petite

 

Amalia

 

fille de leur amie et collaboratrice

Gabriela Cardoso