Lausanne 37e année      «ne pas subir»      Septembre  2007 No 367

 

 

Sommaire :

 

 

Editorial

L’éditorialiste commente les derniers complots et peine à distinguer les conspirateurs des victimes de sombres complots

 

On vit une époque formidable

On évoque la triste situation matérielle des jeunes, la justification – un peu courte – du droit pas la seule existence de la loi, et l’horreur à géométrie variable

 

En direct de Sirius

Max a profité de ses vacances pour lire et pour aller au cinéma.

 

Barbarie et fortifications

Pollux rêve d’une réhabilitation des portes de Paris

 

Bricole

Le plus récent combat de l’antiracisme militant

 

Le mouton noir

A l’occasion des polémiques relatives à l’affiche de l’UDC, Michel de Preux démontre que la droite qui se laisse contaminer par les méthodes, le vocabulaire et les schémas intellectuels de la gauche restera sa captive.

 

Jeunisme

Sophie Paschoud, au nom de la Fédération patronale vaudoise, dit tout le mal qu’on doit attendre de la loi pour une politique de l’enfance et de la jeunesse actuellement mise en consultation.

 

 

 

Editorial

 

Les conspirateurs du XXIe siècle ne portent plus, comme au temps du Directoire, «perruques blondes et collets noirs». Ils siègent dans les états-majors des partis politiques et leur costume trois-pièces, leur cravate club et leur attaché-case de cuir fauve ne les distinguent en rien des jeunes cadres dynamiques de la première multinationale venue.

 

Il y a pourtant autant d’intérêt à organiser un vrai complot qu’à dénoncer une conspiration imaginaire dont on serait la prochaine victime. La police allemande se couvre de gloire lorsqu’elle affirme avoir déjoué in extremis un complot majeur (sic) visant l’aérodrome de Francfort. 

 

Les sociétés secrètes exercent toujours une réelle fascination sur le commun, par les pouvoirs qu’on leur prête : les Francs-Maçons auraient exercé une influence déterminante dans la Révolution française, et auraient même réussi à noyauter le concile de Vatican II.

 

Les Protocoles des Sages de Sion décriraient un plan juif de domination mondiale. Evidemment, les auteurs présumés du complot… crient au complot et dénoncent l’usage d’un faux.

 

Plus récemment, l’Union démocratique du centre affirme, par voie d’annonces, que les autres partis seraient en train d’ourdir un complot visant à éjecter M. Christoph Blocher du Conseil fédéral, ou, s’ils ne le peuvent, à le priver du titre de vice-président du Conseil fédéral.

 

Se non è vero, è ben trovato ! Avec la dernière casserole qu’on tente d’attacher à ses basques, sous la forme d’une «affaire Roschacher», tout se passe comme si un véritable complot prenait forme tout à coup, et comme par hasard à quelques semaines des élections fédérales.

 

Au moment où j’écris ces lignes, la cause est mince : M. Blocher aurait exercé des pressions pour pousser l’ancien procureur de la Confédération Valentin Roschacher à la démission.

 

Si j’en crois mes souvenirs, ainsi que mes archives, personne n’avait regretté le départ de M. Roschacher, piètre juriste, inefficace, et crispé sur sa prétendue indépendance vis-à-vis du Gouvernement et du Parlement, à qui il réclamait pourtant d’énormes moyens supplémentaires dont il refusait de justifier l’emploi. Dans Le Temps du 6 juillet 2006, M. Denis Masmejan s’exprimait ainsi : «Même le président du Parti socialiste, Hans-Jürg Fehr, s'est gardé de faire de lui une victime de Christoph Blocher, jugeant que le procureur général s'était lui-même placé dans une situation difficile» et même, en éditorial : «A vrai dire, son départ –  qu'aucun parti gouvernemental n'a regretté – pourrait se révéler salutaire».

 

Il n’y a pas eu besoin de complot pour pousser M. Roschacher à se consacrer à nouveau à ses chères études. Plusieurs bévues, son inefficacité et sa gourmandise (ses effectifs avaient augmenté de trois cents postes en quelques années) ont incité le Tribunal pénal fédéral lui-même à ouvrir une enquête sur ses services en juin 2006. La démission de M. Roschbacher, un mois plus tard, avait permis de refermer le dossier, au soulagement probable de l’intéressé.

 

Le complot, dans son acception classique, est une résolution concertée secrètement, et dans un but le plus souvent coupable.

 

Il n’y a rien de secret – ni d’ailleurs rien de coupable – dans la volonté clairement affichée de plusieurs parlementaires de gauche, et même du centre, de ne pas voter pour Christoph Blocher. L’annonce de l’UDC cite des déclarations publiques de ces parlementaires, et non des documents confidentiels.

 

Avant que le tribun zuricois ne soit renvoyé du gouvernement, il faudra d’abord analyser les résultats des élections fédérales. Et si, comme tout semble l’indiquer, l’UDC reste le parti politique le plus puissant, les radicaux et démocrates-chrétiens seraient bien mal inspirés de se consoler de leur perte d’influence en s’alliant à la gauche contre M. Blocher.

 

Mais peut-être qu’un nouveau complot, à ce moment, brouillera derechef les cartes !

 

Claude Paschoud

 

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On vit une époque formidable

 

 

Les jeunes sont pauvres

 

Près de la moitié des bénéficiaires de l’aide sociale sont des jeunes de moins de 25 ans. La statistique démontre que des milliers de jeunes qui terminent leur scolarité «se retrouvent un peu plus tard à l’aide sociale, couverts de dettes et accablés de difficultés», comme l’observe M. Pierre Maudet, radical genevois.

 

Comme de bien entendu, il ne viendrait à l’idée d’aucun politicien d’incriminer le type d’éducation dont on bourre le crâne de ces enfants depuis plus de vingt ans, fondée sur la satisfaction immédiate de leurs besoins, sur l’abaissement des niveaux scolaires, sur le refus de l’échec et sur le dogme de l’enfant roi.

 

Le droit de posséder une voiture dès la réussite du permis – et si possible une voiture de l’année, dûment «tunée» et pourvue de toutes les options –, le droit inaliénable de faire attendre ses créanciers parce qu’on a bien le droit de partir en vacances, comme tout le monde, l’encouragement au crédit de consommation («Achetez maintenant, payez en 2008», proclame une annonce chez Interdiscount) et la perte de tout repère chez les parents déjà, tous ces éléments conduisent à la paupérisation et à l’endettement généralisés des moins de 25 ans.

 

Vous pensiez naïvement que le jeune est lui-même pour quelque chose dans sa situation… et qu’il pourrait, peut-être, améliorer le soin et l’orthographe de ses offres d’emploi, se présenter dans des entreprises pour offrir ses services au lieu d’attendre que les patrons viennent sonner à sa porte, l’après-midi (parce que le matin, il se repose des fatigues de la nuit au Cult, au Mad ou au D !) ?

 

Que nenni, il faut «un engagement renforcé des collectivités et des entreprises dans les structures d’accueil pré- et parascolaires».

 

Le département de Mme Anne-Catherine Lyon met en consultation un projet de loi pour une politique de l’enfance et de la jeunesse.

 

La Fédération patronale vaudoise écrit exactement ce qu’il faut penser de ce projet (cf. p. 4).

 

Dura lex

 

Il y a des gens qui violent délibérément la loi, le sachant et le voulant, et qui ont l’audace de se plaindre que l’autorité allègue à leur encontre «des arguments purement juridiques».

 

Sous-entendu : quelle misère d’empêcher des bâtisseurs de génie d’ériger une maison de paille sans aucune autorisation et sur le fonds d’autrui, avec des objections aussi ridicules que le respect de la loi !

 

Un peu plus loin, à Villars-Mendraz, un couple de retraités vit depuis quatorze ans dans un mobile home sis sur un terrain appartenant à leurs enfants, en zone agricole. Ils viennent de perdre leur dernier recours et devront s’en aller. Leur caravane ne se voit pas de la route et la parcelle est impropre à l’exploitation agricole, à cause de sa pente. Mais qu’importe, la loi, c’est la loi.

 

A Genève, des jeunes en mal de logement ont érigé des yourtes mongoles sur le fonds d’agriculteurs disposés à leur accorder l’hospitalité. Mais la loi genevoise, pas plus que la loi vaudoise qui s’applique à Villars-Mendraz ou la loi fédérale sur l’aménagement du territoire, ne permet d’ériger des habitations en zone agricole. Ouste !

 

On l’a déjà écrit à plusieur reprises, notamment au sujet de la procédure applicable aux requérants d’asile. Il n’est pas tolérable que des individus, si bien intentionnés soient-ils, violent la loi impunément. Mais dans certains cas, lorsque se posent certains problèmes, l’autorité peut-elle, à long terme, se réfugier uniquement derrière le respect de la loi pour se dispenser d’entrer en matière sur la légitimité de certaines revendications ?

 

Quand on apprend qu’il est impossible d’exploiter un manège en zone agricole, on ne peut s’empêcher de penser que la loi mérite un ou deux amendements.

 

Peut-être aussi aurait-on pu offrir aux constructeurs de la maison de paille un emplacement gratuit au Comptoir suisse, leur permettant de présenter à un large public les vertus de leur conception architecturale ?

 

Peut-être pourrait-on déclasser rapidement certaines zones agricoles, même à titre précaire, pour en faire des lieux où les étudiants sans logis pourraient trouver un lieu de résidence provisoire et rustique.

 

Et l’autorité aussi est invitée à respecter la loi. Si la prison de Champ-Dollon est censée pouvoir accueillir deux cent septante détenus, il est inadmissible d’y entasser plus de cinq cents prisonniers. Peut-être pourrait-on sous-traiter en faveur des pires un contrat d’hébergement dans les anciennes casernes désaffectées de Sibérie ou de Mongolie extérieure ?

 

La France saisie d’horreur

 

Après l’affaire des époux Courjault à l’automne passé, c’est une nouvelle affaire de bébés tués par leur mère et conservés au congélateur qui a frappé d’horreur l’opinion publique de Savoie et du reste de l’Europe.

 

Le quotidien 24 heures a interrogé une dame professeur de psychologie légale à l’Université de Zurich. On apprend que : «Le nombre d’infanticides a énormément diminué. Au XIXe siècle,  selon une étude d'Oliver Bieri (1998), environ 35 nouveaux-nés étaient tués par leurs parents toutes les 100'000 naissances. Alors que maintenant, ce sont moins de 5 nouveaux-nés toutes les 100'000 naissances. A l’époque, ces crimes étaient en grande partie commis en raison du contexte social. Il y avait beaucoup de grossesses non désirées à cause de l’absence de contraception, de la difficulté d’avorter et du manque d’aide pour les jeunes mères désemparées. Aujourd’hui, il y a beaucoup moins d’enfants non désirés»… qui naissent ! ajouterons-nous.

 

Il y a en France entre vingt et vingt-cinq avortements pour cent naissances vivantes. Il y a donc, sur cent mille bébés conçus, cinq petits êtres tués après la naissance, meurtres qui soulèvent des cris d’horreur, même dans la presse politiquement correcte, et entre seize mille et vingt mille bébés tués avant leur naissance, dans la plus parfaite indifférence.

 

En 1997 (dernière statistique à ma disposition) 98,24 % des avortements pratiqués en France l’ont été sans motif thérapeutique.

 

Décidément, on vit une époque formidable.

 

C.P.

 

 

 

En direct de Sirius

 

Ecolomania (Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre...)

 

Lu sur un panneau posté en guise de bienvenue à l’entrée d’une ville de la Côte d’Azur : «Du x au y août : route du littoral fermée à la circulation automobile»... assorti de l’explication : «RENDONS LA ROUTE AUX PIETONS».

 

– ...et le trottoir aux automobilistes ?

 

Quand l’erreur engendre la faute...

 

Un lecteur anglais me décrit un récent dessin de presse US. On y voit Bush le père, main sur l’épaule de Bush le fils, constatant, un peu mélancolique : «Nous avons tous deux commis la même erreur : tu ne t’es pas retiré assez vite d’Irak il y a quatre ans, et moi de ta mère, il y a soixante et un ans...» Aux USA, le vent tourne... Mais le mal est fait.

 

Petit avertissement sur de nouveaux virages byzantins

 

Aux généreux défenseurs de la liberté de penser tentés de voir chez certains obsidionaux, récents pondeurs de vertueuses déclarations en faveur d’un retour à la libre recherche historique, une quelconque forme de guérison ou la manifestation d’une surprenante grandeur d’âme, nous proposons une autre lecture du phénomène : à mesure qu’ils sentent s’accumuler la naturelle exaspération des peuples de deux bons tiers de la planète, les marchands de dogmes s’aménagent prudemment une position de repli.

 

Deux livres

 

Profitant des vacances, Max a lu deux études historiques sur deux personnages a priori indéfendables : La mort d’Himmler de Joseph Bellinger1 et Heydrich de feu Mario R. Dederichs2.

 

Mais en matière d’étude, et en particulier lorsque celle-ci porte sur l’histoire, il convient précisément d’exclure tout a priori. C’est ce que s’est attaché à faire l’auteur du premier ouvrage, très documenté, qui conclut, photos à l’appui, à la forte plausibilité d’un assassinat du premier policier du IIIe Reich. A l’exposé, abondamment étayé, du stupéfiant catalogue d’intrigues, manœuvres et fausses promesses des Anglo-Américains aboutissant en final à un Himmler s’identifiant spontanément à ses geôliers, le lecteur risque d’en déduire que ce «grand criminel de guerre nazi» se doublait d’un grand naïf national-socialiste. Nos compatriotes seront en outre intéressés par les rapports entretenus par Walter Schellenberg avec Jean-Marie Musy... sans cependant que l’auteur n’ait découvert l’identité de l’homme de liaison entre le chef du Sicherheits-Dienst et le très anti-communiste ancien président de la Confédération3.

 

L’auteur du second ouvrage a choisi un tout autre parti : exhumer celui que la majorité des historiens d’après guerre avaient paré de l’étiquette «d’archange du mal», afin d’en confirmer le portrait. L’ouvrage est d’ailleurs sous-titré, en page de titre intérieure : Le visage du mal. Tout étant dit, suivent deux cent trente pages de texte parsemées de qualificatifs («terrifiante époque», «être monstrueux», «maître de la terreur d’Etat», «regard glacial, furieux, d’une cruauté infinie», «yeux de loup», «grandeur luciférienne d’un criminel d’opinion génial») et d’inférences du type «les chercheurs actuels identifient partout l’esprit sinon la main de Heydrich»4, et trois cent quatre vingt dix-neuf notes reposant essentiellement sur de simples témoignages ou relations, sans compter des notes pédagogiques jugées nécessaires par le traducteur. Le lecteur se voit donc confirmer que oui, le trop intelligent Heydrich était un vrai sale type et qu’on a bien fait, à Londres, d’en décider l’élimination... en toute connaissance des représailles que cet assassinat politique ne manquerait pas d’entraîner dans une Bohême-Moravie jusqu’alors assez peu résistante.

 

Le lecteur intéressé par l’histoire récente ne pourra que profiter d’une lecture en parallèle de ces deux approches analytiques différentes.

 

Cinéma : du nouveau et de l’antique

 

Allez voir Ratatouille. Le grand Disney a enfin trouvé son digne successeur chez les studios Pixar, enfin parvenus à restituer sa vraie place à l’ordinateur : celle d’un pinceau perfectionné. Magie de la fiction, au terme de ce dessin animé poético-gastronomique, par la vertu des talents culinaires de «Petit chef», vous ne regarderez plus les rats du même œil...

 

Et, pour ceux qui connaissent, Hellzappopin («Mrs Jones !!!»), si longtemps absent de nos cinémathèques, sort enfin en DVD début octobre. Pour ceux qui ne connaissent pas : sorti aux Etats-Unis à la fin des années trente, ce film comique en noir et blanc, bâti sur le prétexte d’une comédie musicale, a probablement inventé tous les gags du cinéma burlesque et les expédie au rythme soutenu d’un toutes les trois secondes. Rien n’y manque, du vrai faux-prince de Brasgovnie (Mischa Auer) aux glapissements yankees de Martha Ray («Watch the Birdie !»), en passant par les échanges de jeux de mots du tandem Ole et Ohlssen. A noter : une scène de jitterbug où la qualité du jazz le dispute à la perfection de la chorégraphie acrobatique.

 

Max l’Impertinent

 

1 Paru chez Akribeia (www.akribeia.fr) ISBN 10 : 2-913612-29-6, ISBN 13 : 978-913612-29-7.

2 Chez Tallandier (www.taillandier.com) ISBN : 978-2-847346411-0.

3 Le regretté F.R., ancien secrétaire particulier de Jean-Marie Musy.

4 Pour ne citer que quelques exemples relevés dans les dix-neuf premières pages...

 

 

Barbarie et fortifications

 

Plusieurs affrontements entre bandes rivales se sont produits récemment au centre de Paris, notamment aux alentours de la gare du Nord et dans le quartier de Pigalle. Les protagonistes étaient des «jeunes des banlieues», dont l’origine semble controversée: un communiqué de l’Agence France Presse prétend qu’ils étaient «tous d’origine africaine», tandis qu’une autre dépêche de la même agence nous assure qu’ils étaient «originaires du département des Hauts-de-Seine». Toutes les sources s’accordent en revanche sur le fait qu’ils étaient «armés de machettes et de hachoirs».

On pourrait penser qu’il n’y a rien là de très nouveau. Depuis des années, on s’est habitué à entendre les médias relater chaque semaine des émeutes, des agressions, des pillages et d’autres actes de destruction massive dans ces zones de non-droit que sont devenues les banlieues françaises. Les Renseignements généraux ont officiellement recensé cent vingt-neuf «rixes entre bandes» lors des cinq premiers mois de 2007 – contre cent «seulement» pendant la même période de l’année précédente – et l’on imagine que ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Pourtant, les derniers événements semblent avoir frappé les esprits plus que d’ordinaire. Non seulement à cause de l’évocation de quelques ustensiles particulièrement tranchants et primitifs, mais aussi et surtout parce que les faits se sont produits en plein centre de la ville. Ministres, procureurs, policiers, tous ont déclaré qu’ils décelaient là une «évolution inquiétante» et ont annoncé des contrôles renforcés à certains points d’accès à la capitale.

Si l’on comprend bien, ce n’est pas le principe d’une guerre des gangs en pleine rue qui choque, mais le fait que cette guerre se poursuive soudain en dehors des banlieues où elle était confinée jusqu’à présent. Cela confirme que, depuis belle lurette déjà, les autorités considéraient les banlieues comme des territoires distincts, isolés, où les règles de la République ne s’appliquaient pas et où l’anarchie et la violence étaient tolérées tant qu’elles ne «débordaient» pas dans d’autres zones plus tranquilles, en particulier dans le centre de la capitale. Et les Parisiens s’étaient ainsi habitués à vivre entourés de zones incontrôlables mais qu’ils espéraient néanmoins circonscrites.

La multiplication des incursions barbares dans le centre-ville montre qu’il n’en est rien. Peut-être les habitants devraient-ils envisager, pour préserver leur sécurité, la construction d’un mur autour de leur cité, avec quelques points de passage équipés de ponts-levis. Des noms aussi évocateurs que Porte de Vincennes, Porte Dorée, Porte d’Italie, Porte d’Orléans, Porte Dauphine ou Porte de Clignancourt (on compte plus d’une soixantaine de ces appellations!) retrouveraient alors tout leur sens!

Pollux

 

 

 

Bricole

 

Monomanie

 

         La dernière cible en date des obsédés de l’antiracisme est l’œuvre d’Hergé Tintin au Congo.

 

         En juillet, suite à une prise de position de la Commission britannique pour l’égalité raciale (CRE), le groupe américain Borders avait demandé à toutes ses librairies américaines et anglaises de déplacer ce livre ignoblement raciste vers le rayon des bandes dessinées pour adultes – comme si les adultes étaient moins exposés aux risques de contamination que les enfants; ils sont fous ces Américains !

 

         Fin juillet, Monsieur Bienvenu Mbutu Mondondo, étudiant en sciences politiques à Bruxelles, a déposé plainte contre X et contre la société Moulinsart qui se charge de l’exploitation commerciale de l’œuvre d’Hergé pour infraction à la loi belge contre le racisme. Il précise entre autres calembredaines: «Il n’est pas admissible que Tintin puisse crier sur des villageois qui sont forcés de travailler à la construction d’une voie de chemin de fer ou que son chien Milou les traite de paresseux.» Perplexe, le tintinophile fond sur la BD incriminée et constate, à la page 20, que Tintin, ayant fait accidentellement dérailler un train de pacotille – critique anti-belge ? – circulant évidemment sur une voie achevée, «secoue» quelque peu le machiniste et les voyageurs, qui répugnent à l’aider à remettre le convoi sur les rails, alors que Milou s’y emploie en traitant, il est vrai, les réfractaires de «tas de paresseux». Comme chacun sait, Tintin attelle ensuite sa voiture à la locomotive endommagée pour conduire le train à la gare la plus proche, ce qui lui vaut la reconnaissance des «rescapés».

        

Bienvenu Mbutu Mondondo est donc un menteur. Ou alors, il ne sait pas lire, ce qui paraît plus plausible, puisque, à trente-huit ans, il est encore aux études.

 

         On peut se demander, par ailleurs, pourquoi ce Congolais donneur de leçons joue les étudiants prolongés dans le pays des bourreaux de ses aïeux, au lieu de fréquenter une université de la riante contrée qu’est devenu le Congo depuis la décolonisation. (mp)

 

 

 

Le mouton noir

 

«Liberté de réunion :

1/ La liberté de réunion est garantie.

2/ Toute personne a le droit d’organiser des réunions,  d’y prendre part ou non.»

 

Art. 22 de la Constitution fédérale

 

«Monsieur Christoph Blocher n’a rien à faire au Comptoir suisse.»

 

Marc Vuilleumier, municipal de la police lausannoise, de qui le propos viole un droit constitutionnel dont le fondement strictement humanitaire est un acquis de la gauche !...

 

L’expression «être le mouton noir» n’a, de soi, aucune connotation raciste. Elle désigne simplement une personne marginalisée au sein d’une petite collectivité et en raison de sa particularité. L’UDC en a fait un slogan suggérant indirectement le rejet politique et social de la négritude en Suisse pour satisfaire son électorat. La gauche l’a bien compris et sa réaction vise le sens donné à l’image publicitaire et non l’image elle-même, ce que beaucoup confondent dans les circonstances actuelles.

 

Que penser de l’incident ? Que nous ne sommes plus dans une société où la politique se pense, où les problèmes sociaux se posent de manière réfléchie, sur la base de données objectivement exposées. Nous sommes dans une société où dominent l’instinct et les réactions à fleur de peau. Il faut toucher un large électorat, le confirmer dans ses croyances élémentaires, et c’est ainsi que chacun retrouvera son camp. Comme l’écrivait Abel Bonnard : «Les hommes ne se disputent point parce qu’ils ont des opinions contraires : ils ont des opinions contraires pour pouvoir se disputer.»1

 

L’antiracisme est l’une de ces opinions aujourd’hui privilégiée; elle ne sert pas à conjurer une sérieuse menace raciste à caractère idéologique et partisan, et moins qu’on pense à contrer un racisme rampant, banal et quotidien, mais plutôt à pratiquer un ostracisme nouveau, comme le démontre la citation en exergue. Monsieur Christoph Blocher n’est tout simplement pas toléré par la gauche et, incidemment, par de nombreux hommes politiques appartenant à des formations politiques dites «bourgeoises» (démocrates-chrétiens et radicaux), quand bien même il appartient à la première formation politique du pays. Il est par conséquent de bon ton de le rejeter, d’ironiser sur lui et les siens, bref, d’en faire un bouc émissaire.

 

Pareille réaction entraîne son contraire par un automatisme à la fois grégaire et pavlovien. On ne réfléchit plus, on se contente de réagir. Parce qu’un Ribordy quelconque associe les patronymes de Freysinger et d’Hitler (leur commune origine autrichienne rend la plaisanterie facile), Oskar Freysinger trouve naturellement un intérêt publicitaire à l’offense qui lui est faite. C’est de bonne guerre. Mais de quelle guerre s’agit-il ? Nos adultes sont devenus des gamins attardés se chamaillant dans la cour de récréation. Telle est la démocratie de masse. La presse n’y ajoute généralement pas une once de sagesse. Elle compte les coups et mime les politiciens pour asseoir son assiette de lecteurs.

 

Qu’attendre de tant de complaisance, de ces combats dans lesquels l’arrière-pensée prend le pas sur le motif affiché, qui n’est là qu’en devanture morale ? Une correction réciproque ? Pas le moins du monde ! Un durcissement des confrontations ? Non plus ! Car tout ceci n’est que jeu d’oisifs. Les peuples d’Europe meurent d’ennui. Deux guerres mondiales les ont guéris des divertissements bellicistes. Tout le monde, désormais, veut la paix…

 

Mais la paix par la mort, sans jamais le dire. La lutte pour la paix pourrait bien devenir aussi féroce que nos anciennes guerres mondiales. Ne s’agit-il pas d’étouffer les intelligences en promouvant la bêtise, dont les divisions favorisent les affaires ? Ne s’agit-il pas d’étouffer la vérité pour lui substituer des slogans faisant du consensus un dogme séculier créant ses propres hérétiques nouveaux ? Ne s’agit-il pas de discriminer en permanence au nom même de la lutte (à mort ?) contre toutes les formes de discrimination ? De promouvoir l’égalité là où elle n’a pas lieu d’être parce que l’arbitraire imposé confère à ceux qui s’y livrent une ivresse de puissance irrésistible ?

 

«Quand un homme désire avoir de l’argent, et qu’il est courageux, actif et entreprenant, il travaille de toute sa force. Quand il est avide et paresseux, il se déclare révolutionnaire. Il veut changer le sort de l’humanité, parce qu’il n’est pas capable de changer le sien.»2. La gauche est et sera toujours le parti des impuissants. Mais ceux qui vaincront la gauche n’appartiennent pas à une droite évoluant et raisonnant dans le même horizon intellectuel et moral que la gauche, c’est-à-dire d’un point de vue matérialiste, intéressé et obtus. Sans religion, sans métaphysique, sans élitisme, la droite reste et restera captive de la gauche, parce qu’elle se laisse contaminer par elle. La droite est un supplément d’âme offert à la gauche elle-même. Sans lui, le pillage du capital de la droite n’a aucune raison de cesser…

 

Michel de Preux

 

1 L’Amitié, II, éd. du Trident, rééd. du Trident, Paris 1991, p. 23.

2 Abel Bonnard : L’Argent, même éditeur, p. 150.

 

 

Jeunisme

 

 

Le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC) a mis en consultation un avant-projet de loi pour une politique de l’enfance et de la jeunesse (LPEJ). Cet avant-projet prétend identifier, encourager, développer, promouvoir, soutenir, coordonner un peut tout et n’importe quoi, pourvu que cela concerne les enfants et les jeunes. Il implique la création de toutes sortes d’organismes dont une Commission de jeunes – Conseil des enfants jusqu’à douze ans, Conseil des jeunes jusqu’à vingt-cinq ans, ayant un préavis à donner sur les projets que leur soumet l’Etat; une Chambre de l’enfance et de la jeunesse composée d’adultes ; un Comité d’attribution des aides financières comportant «idéalement» deux enfants, deux jeunes et deux à quatre adultes ; le tout appuyé sur un «réflexe jeune» qui obligerait l’Etat à examiner tout projet législatif ou réglementaire sous l’angle des conséquences qu’il pourrait avoir pour l’enfance et la jeunesse.

 

Ayant reçu à ce sujet de la Fédération patronale vaudoise une prise de position – signée Sophie Paschoud, mais c’est pur hasard ! –  pertinente, nous vous soumettons ci-dessous la première appréciation de la FPV :

 

 «Ce projet, aux contours mal définis et en grande partie rédigé en langue de bois, doit être rejeté dans son intégralité.

 

En dehors des subventions, les mesures préconisées sont toutes plus abstraites les unes que les autres, tout comme les objectifs qu'elles doivent permettre de réaliser.

 

On semble oublier que la jeunesse n'est pas une qualité, mais un état. Il n'y a dès lors pas lieu d'être plus attentif aux besoins particuliers des jeunes qu'à ceux de n'importe quelle autre catégorie de la population. Le rôle de l'Etat et du législateur est de veiller au bien général et non aux intérêts particuliers. Le «réflexe jeune» n'a donc pas lieu d'être, pas plus que la Chambre de l'enfance et de la jeunesse.

 

S'agissant plus particulièrement de la Commission de jeunes, elle est certes imposée par l'art. 85 al. 2 Cst-VD, disposition qu'il vaudrait cependant mieux laisser lettre morte, dès lors qu'elle est parfaitement inutile.

 

Les jeunes ne manquent actuellement pas de moyens pour faire connaître leurs aspirations, voire leur revendications. Les parents, les enseignants, les médiateurs scolaires et les responsables d'organisations de jeunesse sont autant de personnes aptes à relayer les préoccupations des mineurs. Sans oublier les moyens modernes de communication, tels que les blogs, dont les adolescents semblent friands.

 

Quant au rôle que l'on entend accorder à la commission dans le processus législatif, il est proprement aberrant. Comme le relève le commentaire de l'avant-projet, les jeunes ont leurs besoins, leurs attentes et leurs spécificités, et doivent trouver leur place dans la société. Or, leur place est essentiellement sur les bancs d'école, chez un maître d'apprentissage, au cinéma, au musée, à la bibliothèque, au club de sport, etc., mais non dans une commission notamment chargée d'étudier des projets aux enjeux dont on a toute raison de supposer qu'ils sont, pour la plupart des jeunes, encore trop difficiles à comprendre.

 

Dans tous les cas, si une telle commission devait voir le jour, elle ne saurait avoir la composition et les compétences actuellement prévues. Selon le commentaire de la Constitution, le but de l'art. 85 al. 2 est de «permettre aux personnes qui n'ont pas atteint la majorité civique de participer à la vie publique cantonale et, cas échéant, d'émettre des avis ou des propositions à l'attention des autorités». Les personnes âgées de 18 à 25 ans n'ont donc pas leur place dans la commission. Dès lors qu'elles sont majeures, elle bénéficient des mêmes possibilités que n'importe quel citoyen de s'engager dans la vie politique et ne sauraient donc bénéficier d'un statut particulier. Quant aux enfants, ils sont de toute évidence bien trop jeunes pour s'intéresser à de telles questions. Restent donc les personnes âgées de 12 à 18 ans, lesquelles ne sauraient toutefois formuler quelque avis que ce soit à l'intention des autorités sans avoir préalablement reçu une solide formation civique. Or, à la lecture du plan d'étude vaudois, on constate que le cours d'«éducation à la citoyenneté», qui commence en huitième année, laisse fort peu de place au fonctionnement de nos institutions, pour se concentrer notamment sur les droits de l'homme et le développement durable.

 

Il est ainsi à craindre qu'une telle commission se contente de restituer les dogmes du politiquement correct enseignés, ce que l'on ne saurait accepter.

 

Enfin, le commentaire de l'avant-projet ne comprend pas de véritable analyse des conséquences financières. Il est cependant précisé ce qui suit: «Actuellement, le budget annuel du SPJ pour les subventions à ce type d'activités est de Frs 350'000.-. Le dispositif et les aides financières prévues dans cet avant-projet correspondent à un budget annuel total de Frs 800'000.- (y compris la création d'un 1,5 ETP pour le répondant cantonal et son secrétariat).»

 

On a cependant peine à croire que ce montant couvre la totalité des frais liés à l'application de la loi, au vu du nombre de nouvelles structure mises en place, et du temps que les autorités perdront à étudier – et cas échéant intégrer dans un exposé des motifs - les propositions émanant de la commission des jeunes et de la Chambre de l'enfance et de la jeunesse. Même si tel était le cas, cela signifierait que les 450 000 francs supplémentaires seraient intégralement consacrés au financement de structures qui n'ont pas la moindre utilité.»

 

Fédération patronale vaudoise

 

 

Note

La version imprimée du Pamphlet N° 367 comprend en outre une notice relative à une faute de frappe dans le numéro 366 qui ne concerne pas la version parue (sans faute) sur Internet. C’est pourquoi cet erratum n’est pas reproduit ici.