Lausanne 37e année      «ne pas subir»      Mai  2007 No 365

 

 

Sommaire :

 

Editorial

L’éditorialiste expose aux lecteurs vaudois pourquoi elle votera «non» à l’initiative populaire «2 janvier et lundi de Pentecôte : jours fériés pour toutes et tous», et «oui» à l’initiative populaire «La Parole aux communes» malgré la pauvreté des arguments du Conseil d’Etat

 

En direct de Sirius

Max vient en aide aux scripteurs indolents ; il explique comment Alphonse Allais a gagné son paradis et il se plaint d’être importuné par de prétendus sourds-muets sur les terrasses.

 

Soirée télé: dans l’enfer de la dictature birmane

Pollux a découvert en même temps la féroce dictature birmane et la déontologie du journalisme occidental.

 

Les «carrés musulmans»

Michel de Preux met le doigt sur la contradiction qu’il y aurait, pour les sociétés occidentales, à permettre aux Musulmans de vivre leurs pratiques religieuses en Europe tout en leur refusant le droit à un carré particulier dans nos cimetières.

 

Le cas d’Adem

Claude Paschoud observe qu’un long séjour illégal ne crée aucun droit à l’obtention d’une autorisation.

 

Menaces sur le 1er août

L’obstination de Mme Calmy-Rey vouloir célébrer le Premier août sur le Grütli n’est pas un problème politique.

 

Faut-il se réjouir ?

Un homme de droit doit-il se réjouir de l’accession à la présidence française de M. Nicolas Sarkosy ?

 

Les nouvelles aventures…

Petite chronique du révisionnisme

 

 

Editorial

 

Avec ce numéro 365, Le Pamphlet peut se prévaloir d’avoir paru autant de fois qu’il y a de jours dans une année. Et alors ? C’est un rien mais qui fait plaisir, comme dirait Gilles.

 

Ce qui fait moins plaisir, c’est la pauvreté de l’argumentation que le Conseil d’Etat vaudois oppose, dans la documentation envoyée aux Vaudois en âge de voter, aux deux initiatives populaires  sur lesquelles les citoyens de notre canton devront se prononcer le 17 juin.

 

Lancée en 2004 par les syndicats et les partis de gauche, l’initiative «2 janvier et lundi de Pentecôte : jours fériés pour toutes et tous» nous est suspecte de par son origine. Mais ce n’est pas une raison pour que nous acceptions qu’on lui réponde par des calembredaines.

 

Pour le conseil d’Etat, «Ces deux jours succédant déjà à un jour férié ou à un dimanche, la population vaudoise se verrait ainsi privée de tous services durant plusieurs jours consécutifs.» Diable ! Si nous calculons correctement, la population vaudoise se trouverait privée de services – et non pas de commerces, ces derniers ouvrant le samedi – au maximum quatre jours à Nouvel An si le 2 janvier devenait férié et tombait un mardi. Pas de courrier, pas de banques, pas de compagnies d’assurances, pas de plombiers pendant quatre jours ! C’est l’enfer que nous connaissons chaque année de Vendredi Saint au lundi de Pâques. Pour ce qui est du lundi de Pentecôte, c’est l’horreur que nous vivons chaque année à l’occasion du Jeûne fédéral : trois jours sans plâtriers, sans mécaniciens, sans électriciens ! Pire – et le Conseil d’Etat, en toute cohérence, en fait un autre argument contre l’initiative – c’est la double tragédie que nous vivons déjà à Nouvel An et à Pentecôte puisque «(…) le 2 janvier et le lundi de Pentecôte sont traditionnellement déjà des jours non travaillés dans le canton de Vaud. La plupart des entreprises de nombreux secteurs d’activité sont en effet fermées ces jours-là.»

 

Le Conseil d’Etat veut aussi protéger les commerçants contre la concurrence qu’ils subissent de la part des commerces situés en France voisine et dans les cantons limitrophes. L’argument ne pèse pas lourd quand on voit le nombre de commerces qui ouvrent le dimanche et les jours fériés. La concurrence existe déjà.

 

Le seul propos sensé du gouvernement vaudois est son désir de laisser aux partenaires sociaux le soin de régler cette affaire de congés.

 

Contrairement à ce que peuvent laisser croire les lignes qui précèdent, nous voterons «non» à l’initiative de la gauche, parce qu’elle est démagogique et bêtement égalitariste.

 

Tout d’abord, les partisans de l’initiative nous refont le coup éculé de la lutte des classes : il faut s’attendre, un de ces jours, à ce que les vilains patrons se prévalent du fait que le 2 janvier et le lundi de Pentecôte ne sont pas de «vrais» jours fériés pour exploiter les travailleurs ces jours-là, «sans aucune compensation», les affreux ! Déjà les grands groupes de distribution sucent le sang du personnel de vente, victime impuissante de l’avidité capitaliste. Nos défenseurs du prolétariat méritant font semblant d’ignorer que les patrons ne sont pas des vampires, qu’ils n’on pas avantage à maltraiter leur personnel et que, d’ailleurs, les prétendues victimes de la prétendue méchanceté patronale ne sont pas obligées de subir les exigences de leur employeur : elles peuvent toujours chercher un autre emploi.

 

En second lieu, les initiants s’indignent de ce que «(…) les Suisses sont aujourd’hui inégaux devant les jours fériés.» En effet, selon la loi fédérale, les cantons ont le droit de choisir, en plus du 1er août, huit jours fériés. Or le canton de Vaud «fait partie des plus pingres» -  on n’est pas plus aimable ! -  puisqu’il n’offre que six jours fériés. L’initiative, avec ses deux jours fériés supplémentaires, permettra donc – grâces lui soient rendues ! – de corriger cette abominable inégalité. Pourquoi donc, au lieu de faire perdre leur temps aux seuls citoyens vaudois, les syndicats et les partis de gauche n’exigent-ils pas carrément une harmonisation des jours fériés au niveau fédéral ?

 

En fait, cette initiative a pour seul objectif de redorer à moindres frais le blason des syndicats et de pêcher des voix pour les partis de gauche aux prochaines élections.

 

Mais revenons aux pitreries argumentatives du Conseil d’Etat.

 

Lancée en décembre 2004, l’initiative populaire «La Parole aux communes» veut instituer le référendum des communes : dans un délai de quarante jours dès la publication par le Canton d’une loi ou d’un décret, un dixième des communes vaudoises (trente-huit) peut demander, par la voix de ses municipalités, que l’acte en question soit soumis au vote du peuple. Issue des autorités communales et de la Ligue vaudoise, cette initiative, qui vise à renforcer la démocratie directe et à permettre aux communes de se prémunir contre les tendances centralisatrices du Canton, rencontre notre entière approbation mais donne de l’urticaire au Conseil d’Etat.

 

Couplet démocratique. En deux endroits de son argumentation, le Conseil d’Etat prétend que l’initiative n’a pas de base démocratique suffisante : «A ses yeux [les quatorze yeux du Conseil d’Etat vaudois], les municipalités d’une quarantaine de communes n’ont pas autant de légitimité pour obtenir un référendum que 12 000 citoyens.» et «Or une municipalité de 3 à 7 membres ne peut prétendre représenter l’opinion de tous les citoyens d’une commune sur les sujets très divers susceptibles d’être soumis à référendum.» Il nous semble que le Conseil d’Etat oublie un peu vite qu’il s’est trouvé treize mille huit cents citoyens pour signer l’initiative et que, si celle-ci est approuvée le plus démocratiquement du monde par les citoyens vaudois, cela signifiera qu’une majorité du corps électoral de notre canton reconnaît aux communes le droit de lancer un référendum dans le cadre de l’article 84 de la Constitution modifié, ce qui devrait suffire à calmer les angoisses démocratiques de notre gouvernement cantonal. On fera remarquer en outre qu’une municipalité de trois à sept membres, à défaut de représenter l’opinion de tous les citoyens d’une commune sur quelque sujet que ce soit, a tout de même été élue par une majorité d’entre eux, ce qui est l’essence même de la démocratie si chère à nos autorités. On rappellera enfin que, quel que soit le mode de lancement du référendum, c’est le peuple qui tranchera en dernier ressort.

 

Couplet indigné. Le référendum des communes serait lancé par les municipalités sans qu’il soit nécessaire de consulter les conseils «législatifs». «Ce serait là une situation unique en Suisse; en effet, dans les six cantons qui connaissent actuellement le référendum des communes, la décision de participer à un référendum revient en règle générale à l’organe législatif.» On admirera le «en règle générale» qui dément la «situation unique» et pour cause : dans les cantons de Zurich et du Tessin, les communes peuvent choisir l’organe qui décidera de soutenir un référendum.

 

Couplet pleurnichard. «Ainsi, moins de deux cents personnes seulement pourraient imposer un référendum. Comment justifier la facilité avec laquelle un nombre limité de municipalités pourrait provoquer un référendum, quand les comités référendaires doivent rassembler 12 000 paraphes de citoyennes et de citoyens dans le même délai de 40 jours ?» Où est le problème ? Passons de douze mille signatures à deux cents. Les comités référendaires béniront le ciel jusqu’à la millième génération et la justice si chère au Conseil d’Etat sera rétablie.

 

En fait, l’unique crainte du Conseil d’Etat – et, d’ailleurs, du Grand conseil – est de subir un contrôle accru de ses activités. On sait à quel point les détenteurs de pouvoir ont cela en horreur, mais l’intérêt des Vaudois passe avant les états d’âme de nos législateurs et de nos gouvernants. Votons donc «oui» le 17 juin.

 

Le Pamphlet

 

 

En direct de Sirius

 

Lettre ouverte (avec annexe) à mes frères épistoliers occasionnels

 

Vous êtes de ceux qui n’ignorent point qu’il arrive qu’une enveloppe puisse renfermer un contenu parfois supérieur au poids du papier inséré en son sein : l’assemblage plus ou moins heureux de mots porté sur ce dernier. Et qu’il peut arriver que ce contenu appelle une réponse. Quand celle-ci ne vient point, outre l’étrange sensation d’applaudir d’une seule main que vous éprouvez, n’êtes-vous pas, vous aussi, étreints par le doute quant à la qualité de votre correspondant ? Est-ce un simple distrait ? un de ces «hommes sérieux» si consternants pour le Petit Prince et qui n’ont pas le temps ? un banal paltoquet ? un butor commun ? un autiste confirmé ? un analphabète manchot ? Ou peut-être – mais là l’excuse est de granite – avez-vous loupé son enterrement ? Afin d’en avoir désormais le cœur net, je vous prie de trouver ci-après un formulaire mis au point pour vous permettre d’élaguer rapidement votre carnet d’adresses.

 

Bien à vous,

Max

P.S. La présente et son annexe ne nécessitent pas de réponse.

 

 

Cher / Chère M………………………,                                                    (date du timbre postal)

 

En date du ……………….. de la ..ème année du siècle en cours, j’ai remis au système postal alors en vigueur dans notre civilisation un(e) …………… à votre intention. Sans nouvelles de votre part depuis .. mois, j’ai tout lieu de penser que celui-ci / celle-ci s’est égaré(e) en quelque point de la chaîne d’acheminement (hormis une bien improbable négligence ou une peu vraisemblable discourtoisie de votre part). Il me serait agréable d’en connaître le sort afin de tenir mes statistiques à jour. Aussi vous serais-je obligé de distraire quelques minutes de votre temps pour remplir et me retourner le questionnaire ci-joint (il vous suffira de signaler les mentions utiles en portant un X dans les emplacements prévus à cet effet).

MLI

P.S. Si vous êtes sans ressources, adressez-moi le présent formulaire contre remboursement.

 

 Ne sachant ni lire ni écrire, j’ai demandé à un ami de cocher les cases à ma place.

 Que veut dire « en portant un X dans les emplacements prévus à cet effet » ?

 Je suis étranger, aussi ai-je fait les X dans ma langue maternelle.

 

 Votre envoi ne m’est point parvenu.

 J’ai bien reçu votre envoi. (En option :  et vous en remercie.  Réponse suit.)

 Un excès de timidité m’empêche de m’exprimer autrement que par onomatopées. Vous conviendrez que ces dernières se prêtent mal à un échange d’informations* et* / ou* d’opinions*.

 Cessez de m’importuner : je ne suis pas celui* / celle* que vous croyez.

 Vieu kon inioran é rétrograd ! Sa fé 7 an kon a kiT le 20 tième syekl ! SMS tu koné pa ? On a + bsoin 2 fer dé letr ! Fau 1 peu vivr avc son tan !

 Je suis lâche* et* grossier*.

 Sans opinion.

 

Signature (ou croix) : ………………..

 

* Rayer les mentions inutiles.

 

N.B. : le présent formulaire pourra m’être facilement renvoyé au moyen de l’enveloppe annexée qui, comme mon précédent envoi, indique ma véritable identité et mon adresse.

 

Comment Alphonse Allais (Honfleur 1854 - Paris 1905) gagna son paradis

 

Dans le précédent Pamphlet, j’avais, dans une note, qualifié Alphonse Allais d’homme prévoyant. Voici pourquoi : ce génie de l’alliance de l’absurde et du logique avait eu la précaution, à l’approche de la quarantaine, d’entreprendre la rédaction d’un recueil d’«Œuvres anthumes», laissant à d’autres amateurs du voyage spatio-temporel les aléas des «fenêtres de tir» posthumes. Homme de bon sens, il préférait tenir que courir. Il fit bien et tenta même le mieux : originaire de Normandie, terre d’invasions, cet homme prudent se fit enterrer à Saint-Ouen, faubourg de Paris, évitant ainsi que ses restes terrestres fussent vaporisés dans les bombardements dévastateurs des «Alliés» (juin-juillet 1944) qui, irrités par la ténacité allemande, aplanirent avec un rare professionnalisme les villes et les vallons de cette hospitalière province. C’était compter sans l’amour du travail bien fait des bombardiers «libérateurs» qui trouvèrent le moyen d’aller niveler aussi le cimetière de Saint-Ouen dans l’un des rares bombardements qu’ait connus le «Groß Paris», achevant de transmuter en esprit  les cendres du  Normand.

 

Autodéfense : Côte d’Azur, la belle saison est là et les mendiants itou

 

Iris et Max savourent un délicieux repas en bord de mer lorsque surgit avec la régularité d’un métronome et l’obstination dictée par un filon qui paie depuis des années, un moldo-carpathien émargeant aux groupes maffieux qui écument les côtes en ponctionnant les bons cœurs des touristes en mal d’Europe et en veine de culpabilité. Cette fois-ci, c’est un porte-clefs alcootest «made in China» qui clignote comme un arbre de Noël quand on le regarde, vous avisant qu’il ne faudra en aucune façon prendre le volant pour rentrer chez vous ce soir. Avec en annexe le laïus de circonstance sur bristol polycopié. La variante du jour est «Je suis sourd-muet, etc.». Pendant qu’il distribue ses appâts de table en table, inutile d’essayer de hurler dans son dos qu’il a laissé choir son porte-monnaie, il ne cillera pas d’une paupière : il a suivi des cours de marketing et de maîtrise de soi au point de ne pas même ouïr le cri du faux billet de cinq cents euro. Il est sourd jusqu’à ce que le minibus passe le reprendre tout à l’heure pour changer de plage. En matière de résistance passive, une seule chose à faire, une seule : prendre sa plus belle plume et inscrire sur la petite carte : «Je ne sais pas lire».

 

Présidentielles françaises (je me suis trompé)

 

La France compte plus de petits rentiers craintifs que de beurs arrogants. Très provisoirement.

 

 

Max l’Impertinent

 

 

Soirée télé:

dans l’enfer de la dictature birmane

 

Par un beau mercredi soir de printemps (précédant de très près le délai rédactionnel du présent Pamphlet), en «zappant» parmi quelques chaînes de télévision et en tentant de trouver autre chose que du sport, des jeux ou le visage d’Ingrid Chauvin, on finit par découvrir un reportage sur la Birmanie. Plus exactement sur la dictature militaire au pouvoir en Birmanie. Un courageux journaliste effectue un reportage là-bas, constamment surveillé, constamment en danger, et constamment occupé à se filmer en gros plan au moyen de sa caméra cachée. Il rencontre des opposants politiques auxquels il demande s’ils peuvent s’exprimer librement – ils répondent que non – et ce qui leur arrive s’ils critiquent le régime au pouvoir – ils répondent qu’ils sont arrêtés et torturés. On parvient difficilement à être totalement surpris de ces réponses.

On retient en revanche que la Birmanie est un pays où vous pouvez passer sept ans en prison lorsque vous prononcez le mot «démocratie».

A la fin, le journaliste se filme dans une voiture en expliquant que la police a décidé de l’arrêter et qu’il a dû sauter dans un taxi pour regagner l’aéroport et y prendre un avion. On découvre ainsi que quitter la terrible dictature birmane est beaucoup, beaucoup plus facile que quitter l’Allemagne de l’Est dans les films américains.

Il y a un détail, tout de même, qui nous reste en travers de la gorge. Lors de sa dernière rencontre («la plus dangereuse», précise-t-il) avec un dissident qui a passé de longues années derrière les barreaux, qui est désormais libre mais étroitement surveillé par la police, et avec lequel un rendez-vous a été pris par un simple coup de téléphone (il suffit sans doute de chercher dans l’annuaire sous «dissident»), notre journaliste se penche vers son hôte et dit: «Je suis inquiet pour vous; en acceptant de me parler, vous risquez d’être à nouveau arrêté par la police!»

Bon, d’accord. Mais si le journaliste s’était vraiment inquiété du sort de cette personne, il aurait peut-être pu renoncer à la rencontrer, surtout pour échanger des propos aussi prévisibles que ceux évoqués plus haut. Dans ces circonstances, le «je suis inquiet pour vous» ressemblait plutôt à: «Ecoute mon brave, je sais que tu risques ta peau si je viens te voir, mais j’en ai vraiment besoin pour donner du piment à mon super reportage!» Pendant que nous découvrons la dictature birmane, d’autres découvrent le journalisme occidental.

Après tout, les séries avec Ingrid Chauvin sont tout aussi distrayantes.

 

Pollux

 

Les «carrés musulmans»

 

«Entre la croisade électoraliste de l’UDC et la naïveté face au ‘carré musulman’, il existe une position nuancée, ferme et intelligente.»

F.-X. Putallaz : Requête musulmane discriminatoire, NF du mercredi 18 avril 2007, sous la rubrique Repères.

 

         En piètre logicien, et donc fort mauvais philosophe, François-Xavier Putallaz nous administre la preuve – une preuve qu’apprécierait sans doute Alain Finkielkraut ! …-  qu’entre l'obsession antidiscriminatoire et l’obsession antiraciste, il y a, au fond, identité de haine, respectivement religieuse et raciale, et complicité de deux formes contemporaines du fanatisme. Celui qui donne des leçons de non-discrimination pratique lui-même le vice qu’il dénonce, comme celui qui prêche l’antiracisme se nourrit et nourrit les autres de haine raciale. Voici les preuves de la mystification pour ce qui concerne notre professeur de philosophie.

 

         Les musulmans d’Europe sont désormais suffisamment nombreux pour y formuler des exigences qu’ils estiment découler de leur croyance. L’Europe reconnaît toute croyance religieuse dans les limites de l’ordre public. Le carré musulman dans les cimetières ne porte en lui-même, sinon dans sa signification subjective pour les musulmans eux-mêmes, aucune atteinte de cette nature. Mais il est vrai qu’il blesse un dogme séculier : la non-discrimination. C’est ce qui choque notre penseur journaliste. On est en droit cependant de relever le caractère sélectif et partial de son intolérance car, en terre d’Islam, la reconnaissance égale des croyances religieuses n’a pas cours légal. Dans ces conditions, de deux choses l’une : ou nous reconnaissons aux musulmans d’Europe le droit de vivre leurs pratiques religieuses dans les limites de notre ordre public, et nous tolérons les carrés musulmans dans nos cimetières, ou nous prenons acte que l’islam n’est pas compatible avec la philosophie du droit européen, et toute manifestation de cette religion dans la sphère publique est interdite dans les Etats non musulmans d’Europe, ce qui est d’ailleurs le cas de la religion chrétienne dans certains Etats musulmans d’Afrique ou d’Asie.

 

         François-Xavier Putallaz demande aux musulmans d’Europe de souscrire au droit philosophique issu des «lumières». Il fait ainsi preuve à la fois d’intolérance religieuse envers l’islam et de racisme, puisque son raisonnement présuppose la valeur intrinsèquement supérieure du principe formel d’égalité sur le précepte religieux, ce qui reste à démontrer d’une part et ce qui, d’autre part, est déjà condamné par le catholicisme orthodoxe1 !

 

         Ma conclusion sera simple et, je le crois, parfaitement logique : quelle que soit la valeur intrinsèque de la religion musulmane, le principe défendu par ce «philosophe» de la tolérance est à la fois faux et intolérant, sectaire et raciste : faux et intolérant parce qu’on ne peut se prévaloir de l’idée d’égalité au mépris d’un précepte religieux sans nier le respect, par ailleurs proclamé, des valeurs religieuses, donc sans démontrer son propre athéisme au moins pratique et porter ainsi au scandale; sectaire et raciste, puisque l’on décrète, a priori et sans même chercher à la démontrer, la prééminence d’un principe idéologique ou philosophique européen, lié à notre civilisation occidentale, sur des principes religieux provenant d’une civilisation et d’une culture extra-européennes.

 

         Il ne sert absolument à rien d’objecter à ceci que les valeurs du droit philosophique européen sont universelles, car elles ne le sont que parce que les seuls Occidentaux l’ont décrété. Cette prétention à l’universalité de nos valeurs ou soi-disant telles n’est en réalité qu’un héritage de l’ère coloniale…

         Le problème de la préservation de l’identité européenne ne se poserait pas, face à l’islam, de la même manière si l’Europe et ses Etats respectaient leur religion fondatrice, car celle-ci suffirait à défendre leur identité commune. Mais une Europe agnostique et des Etats officiellement athées ont bien raison de se sentir menacés par une religion étrangère où la tolérance est proclamée d’autant plus fort qu’elle est plus ignorée dans la pratique des mœurs. L’extrême susceptibilité des Européens, en particulier de leurs intellectuels, devant les violations du droit philosophique par les musulmans, trahit une inquiétude et une incertitude morale qui ne sont, chez les Européens de souche, que la face cachée de leurs propres reniements religieux. Or l’audace des musulmans n’a pas d’autre source que le scepticisme religieux des Européens de souche.

 

         Il semble bien que par l’islam les Européens soient mis en face de leur propre responsabilité en matière religieuse. Si ce n’est pas là un effet de la divine Providence, cela y ressemble terriblement !…

 

Michel de Preux

 

 

 

1 La proposition suivante a été condamnée par le Syllabus de Pie IX en 1864 : «En cas de conflit entre les deux pouvoirs (civil et religieux), le droit civil prévaut.» (Propos. no  XLII).

 

 

 

Le cas d’Adem

 

 

Comme des centaines de ses compatriotes, M. Adem Salihi, ressortissant d’ex-Yougoslavie, a laissé au pays femme et enfants, et il est venu en Suisse dans l’espoir d’y trouver un emploi.

 

La loi sur l’asile ne permettant pas de reconnaître à ces immigrants économiques le statut de réfugiés, sa demande d’autorisation de séjour fut refusée, et il fut prié de quitter la Suisse.

 

La commune de Bassins l’a engagé ensuite illégalement et il travaille pour cette commune depuis plus de cinq ans.

 

Tous les moyens de droit, ordinaires et extraordinaires, ayant été épuisés, le délai de départ fixé au 31 mai est irrévocable et le chœur des pleureuses s’est immédiatement fait entendre. La colonne des lecteurs de nos quotidiens se remplit des imprécations habituelles des crétins et des mémères qui ont «honte d’être Suisses» et qui suggèrent que M. Jean-Claude Mermoud est un homme sans cœur.

 

Quelques voix, bien timides, rappellent que la loi étant ce qu’elle est, M. Adem Salihi ne pouvait pas obtenir le statut de réfugié politique. Qu’un séjour illégal, même de longue durée, n’ouvre pas ipso facto un droit à une autorisation. Et que l’existence d’une famille restée au Kosovo l’excluait des critères de la fameuse circulaire Metzler.

 

M. Mermoud n’y est évidemment strictement pour rien, la loi de même que la compétence étant strictement fédérales, comme on l’a déjà écrit ici à plusieurs reprises.

 

Il convient de faire encore, malgré l’apparente clarté de ce cas, deux ou trois remarques.

 

La procédure est trop longue

 

Premièrement, il n’est pas tolérable qu’il faille attendre plus de dix ans de procédure avant de découvrir qu’un requérant d’asile débouté doit être renvoyé chez lui. A cette critique, les milieux officiels répondent que c’est le fait du requérant lui-même, si la procédure a été longue, car il a multiplié les recours, puis les demandes de réexamen et les recours contre les refus de réexamen.

 

A cet argument, il faut répondre qu’entre le dépôt de la demande d’asile et le dernier recours contre le refus de réexamen, il pourrait ne s’écouler qu’un à deux ans (et non pas douze !) si les autorités fédérales faisaient diligence.

 

En ma qualité de conseiller juridique, j’ai des dossiers où l’autorité compétente n’a pas encore pris une seule décision (nous ne sommes dès lors pas encore en recours) deux ans après le dépôt de la demande d’asile : ni oui, ni non, ni «donnez-moi des informations complémentaires» !

 

L’autorité ne respecte pas la loi

 

Il faut observer encore que, dans plusieurs cas, l’autorité elle-même viole la loi.

 

L’exemple le plus courant est le suivant : l’article 7 de la loi sur le séjour et l’établissement des étrangers dispose que le conjoint d’un Suisse ou d’une Suissesse obtient l’autorisation d’établissement après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans. La directive 654 de l’office fédéral des migrations précise aussi qu’un étranger admis pour cause de regroupement familial ne sera plus renvoyé, s’il divorce après un séjour régulier de cinq ans, que si l’autorisation a été obtenue de manière abusive, en cas de violation de l’ordre public ou s’il existe un motif d’expulsion.

 

Or, le Service de la population, le Tribunal administratif et même le Tribunal fédéral renvoient néanmoins, après cinq ans de mariage, l’époux étranger ou l’épouse étrangère d’un conjoint suisse dont le divorce vient d’être prononcé, en considérant que leur dernière demande de renouvellement constitue un abus de droit, la communauté conjugale étant, à ce moment déjà, vraisemblablement vidée de toute substance…

 

Quand l’étranger a tort, il est renvoyé et quand il a raison, il abuse du droit et il est renvoyé quand même !

 

Depuis sa mise en vigueur, je répète que la loi sur l’asile est une mauvaise loi, et qu’elle est en outre mal appliquée. Cela ne veut pas dire qu’Adem Salihi doit rester, mais il aurait dû partir il y a longtemps.

 

Claude Paschoud

 

 

Menaces sur le 1er août

 

Eh bien, c’est dit, il n’y aura pas de fête officielle du 1er août au Grütli cette année. Ainsi en a décidé la Société suisse d’utilité publique qui gère la fameuse prairie. On observait déjà ici même, l’an passé1, que la souscription lancée le 24 mars 1859 pour l’achat de la prairie historique avait été un succès : le site, financé par des patriotes, avait été offert à la Confédération. On n’a pas écarté des souscripteurs en raison de leurs opinions hétérodoxes. Tous les dons ont été acceptés.

 

Nous faisions encore observer que s’il avait fallu empêcher, au XIIIe siècle, les «extrémistes» d’accéder au Grütli, il est très clair que ni Werner Stauffacher ni Walter Fürst ni Arnold de Melchtal n’auraient reçu leur billet, non plus que l’agitateur Guillaume Tell.

 

Madame Micheline Calmy-Rey a conçu le projet d’y organiser une petite sauterie, pour quelques mamies en déficit de notoriété, au cours de laquelle on se serait congratulé parmi, on se serait félicité mutuellement des excellents bilans politiques obtenus, sur le ton de «passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné», et on aurait posé pour les pages pipeul de nos magazines.

 

Pourquoi pas ? Chacun est libre d’organiser des fêtes privées et d’y inviter qui lui chante. Je ne connais pas le règlement en usage pour la location de la prairie du Grütli, mais j’imagine que ce pourrait être comme le refuge de Brancu-les-Mottes ou la grande salle de Trifouilli-les-Oies : premier inscrit, premier servi pour autant que le prix de location soit versé et que l’organisateur de la fête s’engage à rendre les lieux propres en ordre.

 

Mme Calmy-Rey craint pour sa sécurité ! Il y aurait, dit-on, des centaines d’extrémistes au crâne rasé prêts à perturber la manifestation.

 

Il ne faut pas tout confondre. Si on se réfère à la réunion de l’été 2000 où M. Samuel Schmid, alors président de la Confédération, avait cru bon d’égrener dans son allocution tant de sottises qu’il avait fallu être extraordinairement bien éduqué pour les supporter sans protester, on confond les mauvaises manières avec l’insécurité.

 

Je n’y étais pas, mais je n’ai pas entendu dire que l’orateur ou ses amis aient été menacés, que les perturbateurs s’en soient pris physiquement aux personnes ou aux biens.

 

Sans doute, il est à la fois mal élevé et inadmissible au plan de la liberté d’expression d’empêcher un orateur de parler. Mais Mme Calmy-Rey n’est pas menacée ! Si elle ne veut pas risquer que ses gazouillis tiersmondistes soient perturbés par un contradicteur, si la fête est privée, sur invitation, et qu’elle a versé au gérant du Grütli le montant de la location, elle n’a qu’à engager le nombre nécessaire de gardes Securitas, comme tout le monde, et à ses frais, pour filtrer les invités et tenir à distance les indésirables.

 

Il n’existe aucune raison de prêter, pour une telle occasion, une seule section de l’armée. Juste quelques policiers locaux, comme de coutume lors d’importants rassemblements, pour le maintien de l’ordre public et la sécurité des personnes, le cas échéant la saisie des produits stupéfiants.

 

Si Mme la présidente de la Confédération était déléguée par le Conseil fédéral dans une cérémonie officielle, flanquée de deux huissiers en grande tenue, il en irait bien entendu autrement et sa sécurité, ainsi que la dignité de sa fonction, mériteraient un appareil adéquat, éventuellement même une compagnie d’honneur.

 

Cette fois, rien de tel. Ce n’est que Micheline et sa copine Christine, plus une brochette d’autres bonnes femmes.

 

Je suis bien sûr que si l’ensemble de la presse, la radio et la télévision annonçaient urbi et orbi qu’ils ne couvriront pas l’événement, qu’ils n’iront pas au Grütli cette année, les perturbateurs prétendument «néo-nazis» ne s’y rendraient pas non plus et que ces dames pourraient pique-niquer tranquillement entre elles, sans même avoir besoin, pour assurer leur quiétude, de dépenser en salaires de Securitas les dix mille francs que le Grand Conseil genevois met gracieusement à leur disposition.

 

Et à ceux qui, conformément à la tradition, fêteront l’alliance des Waldstätten dans leur village, avec pour orateur le député de l’arrondissement ou quelque autre célébrité locale, je souhaite un joyeux Premier août, et une bonne santé !

 

C.P.

 

[1] Le Pamphlet N° 345 d’avril 2006, page 1.

 

 

 

Faut-il se réjouir ?

 

J’éprouve une admiration mêlée de stupeur à l’endroit de mes amis qui se sont sincèrement réjouis de l’élection de M. Sarkozy à la présidence de la République française, comme s’il y avait la moindre chance que le nouveau président tienne une seule des promesses du candidat.

 

Sans doute, des deux finalistes, M. Sarkozy était de loin, pour un homme de droite, le plus convenable, surtout depuis qu’il avait repris, dans ses discours, la majeure partie des thèses lepénistes.

 

Et pourtant, il eût été plaisant que les Françaises et les Français portent à la magistrature suprême une sorte de Bécassine n’ayant aucune idée sur rien mais qui voulait faire de tout sa priorité.

 

L’électeur a choisi de croire en les promesses de changement proclamées par un ministre de l’Intérieur qui, en cinq ans, n’a rien changé qu’en direction du pire : l’immigration n’est pas choisie mais subie, les banlieues sont des enclaves de non-droit au sein de la République, où les gangs règnent avec arrogance et où la police ne va même plus, le déficit de la balance avec la République fédérale allemande s’aggrave, l’armée s’enlise en Afghanistan, le trou de la Sécu se creuse, les conflit sociaux vont à nouveau paralyser les services publics par les grèves et autres manifestations de rue.

 

Mais à part ça, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien !

 

Le gouvernement est formé. On se réjouit que Mme Rachida Dati, la belle beurette, ait reçu le portefeuille de la justice. On est consterné, en revanche, de voir ce clown de Bernard Kouchner, juif sioniste belliciste (il a bruyamment approuvé l’intervention américaine en Irak, et n’a jamais manifesté de compassion à l’égard du peuple palestinien) et girouette politique, exclu de Médecins sans frontières et exclu du PS, accéder au rang de ministre des Affaires étrangères. Voilà une nomination qui ne va pas améliorer l’image de la France dans les pays arabes !

 

Quant aux autres… où est le changement ? où est la rupture ? On prend les mêmes, et on recommence. Un ancien premier ministre condamné, un secrétaire d’Etat félon, deux ou trois vieilles badernes blanchies sous le harnais… et en route pour les législatives où les sarkozistes et ralliés centristes obtiendront sans peine une majorité confortable, cinq années de pouvoir et de prébendes, ponctuées de violences ethniques, de fermetures d’entreprises et de délocalisations suivies de grèves et de marches protestatrices.

 

Pendant ces années, l’immigration sauvage va s’amplifier, l’islamisation ira croissant ainsi que le chômage.

 

La gauche ne sera pas officiellement au pouvoir, mais elle règnera tout de même par l’intermédiaire des syndicats communistes, sans l’accord desquels rien n’est possible en France.

 

Y a-t-il vraiment, pour un homme de droite, matière à se réjouir ?

 

C.P.

 

 

 

Les nouvelles aventures…

 

 

La tolérance et le respect des libertés ne cessent de progresser en Europe, pour la plus grande gloire du monde judiciaire et académique.

 

Comme je le craignais, le professeur Faurisson a été débouté, le 21 mai, par le Tribunal de grande instance de Paris qui, au mépris de l’évidence, a mis l’ancien ministre Badinter au bénéfice de la bonne foi – alors que celui-ci, loin de plaider ladite bonne foi, avait tenté de prouver que le professeur est un faussaire. L’insulté doit en outre verser 5000 euros au menteur et payer les frais de justice. Comme on le voit, la justice française ne fonctionne pas mieux que la nôtre.

 

Invité par un professeur italien à donner une conférence à l’université de Teramo, le professeur Faurisson n’a pas pu s’y exprimer. En effet, en l’absence d’une loi bâillon – les Italiens ne sont pas encore vraiment civilisés ! –, l’université a été fermée le 18 mai, jour de la conférence, sur ordre du recteur.

 

L’histoire n’est pas terminée. Je vous raconterai la suite dans un prochain numéro.

 

Mariette Paschoud