Lausanne 34e année      «ne pas subir»       Avril  2004 No 334

 

 

 

Sommaire :

 

Editorial

L’éditorialiste s’interroge sur les «cadeaux» offerts aux contribuables le 16 mai prochain : que faut-il penser du fameux «paquet» ?

 

AVS et TVA

Oui à la 11e révision de l’AVS, mais NON au relèvement de la TVA maintenant.

 

En direct de Sirius

Max se demande si le troisième gouvernement Raffarin n’est pas une farce de 1er avril. Il se perd dans ses abondants «devoirs de mémoire» et il revient sur les ADM mythiques de ceux-ci et bien réels de ceux-là. Enfin, il prédit la prochaine disparition de la Suisse par absorption.

 

« Il EST ressuscité ! »

Michel de Preux a apprécié le film de Mel Gibson la Passion du Christ. Il explique pourquoi les critiques, presque unanimes, tentent de nous dissuader d’aller le voir.

 

Bricoles

Sur l’initiative de Franz Weber, sur les vacances scolaires, sur le Vivarium de Lausanne ou sur l’Irlande réactionnaire, une avalanches de brèves, ce mois. Ed Fagan est de retour avec l’inénarrable Christoph Meili ; le police baisse les bras dans sa lutte contre le cannabis ; les chiens de combat sont gentils, paraît-il… et le Conseil d’Etat genevois n’aime pas avoir tort !

 

 

Editorial

 

Nous craignons les pouvoirs publics, surtout quand ils nous offrent des «cadeaux». Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander : où est le piège ? De quelle façon va-t-on nous reprendre ce qu’on nous a donné et probablement davantage ? Nous ne sommes pas en mesure de répondre à ces questions en ce qui concerne le «paquet fiscal» sur lequel nous devrons nous prononcer le 16 mai, mais nous sommes méfiants.

 

 D’abord, ce fameux «paquet» comporte des« marchandises» diverses – droit de timbre, nouveau régime d’imposition du logement, allégements fiscaux pour les couples mariés et les familles –, ce qui oblige le citoyen qui n’approuverait que l’un des volets du «paquet» à accepter le tout, ou alors à tout rejeter, quitte à sacrifier ses intérêts et ses convictions. Ce n’est pas un procédé correct et le résultat du vote ne reflétera en aucun cas la réalité.

 

Quoi qu’il en soit, l’auteur de ces lignes n’étant concerné que par les allégements fiscaux, il bornera ses commentaires à cet aspect de la question.

 

Bien entendu, aucun individu sensé ne va refuser une réduction d’impôts, surtout quand il s’agit de l’impôt fédéral direct (IFD) qui, du fait de sa progressivité extravagante, grève les budgets de la classe moyenne de manière souvent insupportable. Il faut être socialiste ou assimilé pour s’opposer à une mesure aussi sociale.

 

Il faut dire que les socialistes et leurs alliés ne connaissent que les pauvres et les riches. Pour eux, il n’y a rien entre-deux. Aussi brandissent-ils deux arguments imparables : s’il est accepté, le «paquet» ne profitera qu’aux riches, d’une part ; d’autre part, les gens qui ne paient pas d’impôts n’en bénéficieront pas.

 

Il est assez illogique que des gens pour qui tout prélèvement doit s’opérer en fonction des revenus, y compris les primes d’assurance maladie, oublient leur credo dès lors qu’il s’agit non plus de pomper du fric, mais d’en donner, ou, plus exactement, d’en pomper moins. On ne voit pas pourquoi ceux qui on payé beaucoup et parfois même énormément d’impôts ne seraient pas «dédommagés» en conséquence quand des allégements fiscaux se profilent à l’horizon. Et pourtant, nous ne sommes pas riche, on ne peut pas nous soupçonner de défendre des privilèges de caste. C’est pour nous une simple affaire d’équité.

 

Quant aux malheureux qui ne paient pas d’impôts et qui, par conséquent, ne bénéficieront pas des allégements fiscaux en cas d’acceptation du «paquet», nous les plaignons beaucoup. Aussi avons-nous cherché et trouvé une solution qui permettrait de remédier à l’injustice dont ils son victimes : qu’on leur fasse payer des impôts !

 

Cela dit, ce qui nous dérange le plus dans ce fameux «paquet fiscal», c’est qu’il pérennise l’impôt fédéral direct. Qu’ils soient de gauche ou de droite, les commentateurs préconisent une baisse de l’IFD ou alors s’y opposent. Les cantons référendaires pleurnichent que, en cas d’acceptation du «paquet», la part qu’ils toucheront de cet impôt diminuera dans des proportions inacceptables. Personne ne remet en cause le principe même de l’IFD.

 

L’impôt de la défense nationale, introduit en période de crise grave, devait être provisoire. Quand vint le moment de le supprimer, on le transforma en impôt fédéral direct, provisoire et reconductible, en attendant l’apparition d’autres ressources comme la TVA. Lors des votations sur l’introduction de la TVA, nombreuses furent les voix qui déclarèrent : «la TVA, d’accord, à condition qu’on supprime l’impôt fédéral direct. Sinon, niet !»

 

Nos concitoyens ont la mémoire courte ou alors la résignation facile. Il est vrai que les textes légaux prévoient que la Confédération peut prélever un impôt fédéral direct. Il est évident aussi qu’elle ne va pas s’en priver spontanément. Il ne s’ensuit pas que l’IFD doive être éternel.

 

La suppression de l’impôt fédéral direct n’éliminerait pas les inégalités réelles ou supposées dénoncées par le parti socialiste et ses amis à propos du «paquet fiscal». Elle entraînerait sans doute une hausse drastique de la TVA. Les cantons, privés de la manne fédérale, devraient trouver d’autres ressources, d’où augmentation assurée des impôts cantonaux – ce qui sera de toute façon le cas, il ne faut pas se faire d’illusions, que  le «paquet» soit accepté ou non –, et réaliser encore plus d’économies. C’est vrai. Mais les contribuables à revenu moyen, c’est-à-dire l’immense majorité, y trouveraient peut-être leur compte : il n’est pas dit que l’augmentation des impôts cantonaux serait plus lourde à porter que l’IFD,  et, en cas de forte augmentation de la TVA, personne ne pourrait être contraint de consommer des biens et services jugés top coûteux. La gestion des budgets privés s’en trouverait facilitée.

 

Nos lecteurs nous taxeront peut-être d’irréalisme. Nous sommes prêts à accepter réfutations et critiques. N’hésitez donc pas à nous tirer les oreilles si vous l’estimez nécessaire.

 

Le Pamphlet

 

 

 

AVS et TVA

 

Comme il fallait s’y attendre, M. Denis Barrelet a qualifié de «vilain tour» joué à Pascal Couchepin et a donc vivement critiqué  la recommandation des délégués radicaux d’accepter la 11e révision de l’AVS mais de refuser le relèvement de la TVA.

 

Ces recommandations ne manquent pourtant pas de pertinence, et c’est notre ministre des assurances sociales lui-même qui a fourni à ses contradicteurs les meilleurs arguments, lorsqu’il a insisté sur le fait que le pour-cent de TVA supplémentaire ne pourrait être débloqué que par une décision du Parlement, soumise au référendum facultatif «quand il y aurait nécessité, sans doute pas avant 2009».

 

Dans ces conditions, pourquoi se presser de prendre une décision aujourd’hui ? Donnez à un ménage privé ou à une corporation de droit public la perspective d’une augmentation prochaine de ses revenus, et vous les poussez presque inévitablement sur la voie des dépenses supplémentaires.

 

M. Couchepin a raison de souligner la nécessité impérieuse de songer, dès aujourd’hui, à la manière dont nous allons financer l’AVS et surtout l’AI, compte tenu de l’évolution démographique. On ne peut, comme la gauche, se planter la tête dans le sable en exigeant le maintien des «acquis sociaux» par des recettes aussi aléatoires, par exemple, que le produit de l’impôt sur les successions et donations.

 

Mais s’il faut encourager le citoyen à accepter le programme d’économies contenu dans la 11e révision, il n’est pas indispensable de donner à la Confédération, dès aujourd’hui, un signal contre-productif qu’elle pourrait interpréter comme une invite à renoncer à d’autres économies.

 

Je voterai OUI à la 11e révision de l’AVS, mais NON au relèvement du taux de la TVA, pour l’instant.

 

 

Claude Paschoud

 

 

 

En direct de Sirius

 

 

Les Farceurs (acte III, scène 1)

 

Quiconque observe en France la dégradation du biotope socio-politico-économique est en droit de se demander s’il n’assiste pas à l’acte final d’une mauvaise pièce. Nul, dans la presse nationale, n’a songé à relever que la composition du gouvernement Raffarin III a été communiquée au pays… le 1er avril 2004! Equipe ministérielle pléthorique composée de perdants sanctionnés par les catastrophiques résultats des régionales : vingt-deux des vingt-quatre régions passées à la gauche! «Poison» d’avril?

Que dire d’autre, en effet, d’un Etat républicain, réputé souverain, où la Première Dame se commet à faire, par deux fois, une révérence devant la reine d’un pays voisin ? D’un chef d’Etat qui ne craint pas, avec une belle équanimité, de se défausser sur son Premier Ministre ? D’un Etat qui s’affranchit unilatéralement des critères de convergence d’une Europe dont il se réclame avec un enthousiasme sans cesse renouvelé ? D’une dictature «ripoublicaine», toute de vertu, qui voit, contre vents, marées et profession de foi présidentielle, un ministre entrer en fonction, lors même qu’il a été condamné pour «blanchiment d’argent»1? D’une république «bananière» qui ne sait plus quelle nouvelle règle électorale inventer pour tenter d’entraver l’essor de la vraie droite ? D’un Etat laïc qui protège, selon son bon plaisir, des religions sélectionnées à l’aune des bulletins de vote potentiels, mais s’empêtre à légiférer sur des signes extérieurs d’appartenance… quand ils ne sont pas maçonniques ? D’un Etat de droit qui condamne la défense légitime du citoyen moyen, mais relâche les très gros blancs et les petits teintés ? D’un pays ruiné, enfin, où le ministre des finances en est réduit à limiter le quota de trombones de ses collègues, où la gendarmerie répugne, désormais, à payer les loyers de ses fonctionnaires aux particuliers qui leur fournissent le toit, et où les radars routiers portent mention «pour votre protection» lorsqu’ils devraient indiquer «pour le renflouement des caisses vides de l’Etat» ?

 

       Qu’il s’apparente de plus en plus au Zimbabwe!

 

Quand on me parle de mémoire, j’appuie sur la touche «effacement»

 

Un ami américain s’étonne de ce qu’avec un «Mémorial de l’Holocauste» à Washington on lui demande de se souvenir d’événements dans lesquels son pays ne porte aucune responsabilité directe. Sans doute a-t-il raison : un «musée du génocide indien» paraîtrait mieux approprié. Toujours est-il qu’avec les génocides arménien, albanais, le tout récemment exhumé génocide rwandais – j’en oublie, et sans doute de pires – et, bientôt peut-être, le martyre du peuple irakien, un clou chassant l’autre, on finit par ne plus savoir où donner du «devoir» de mémoire. Les adeptes de l’informatique connaissent bien la détresse paralysante que provoque l’apparition inopinée du message «mémoire saturée» sur leur petit écran. Il convient alors d’en libérer, ce qui peut être obtenu au plus court en deux temps : en sélectionnant d’abord, puis en supprimant en appuyant sur la touche «effacement». On peut ensuite repartir avec des capacités d’analyse remises à neuf.

 

Retour sur «Une guerre trop loin?»

 

Cette question introduisait et concluait un article de Max paru il y a un an2. Où en sont les «Forces du Bien» aujourd’hui ? Avec la révélation des mensonges fauteurs de guerre de Washington et de Londres ; le délitement de la Coalition par les départs programmés des contingents espagnol et hondurien, les incertitudes quant au maintien des contingents polonais, japonais et ukrainien; avec un Irak, jadis stabilisé sous M. Saddam Hussein, désormais livré à la guerre civile et aux insurrections non seulement sunnites mais aussi chiites ; avec l’implantation plus que probable d’éléments d’Al Qaïda dans un pays à feu et à sang; avec la chute de M. Aznar et les réélections rien moins que certaines des trois autres membres du quatuor va-t’en-guerre… le tout ponctué par l’annonce sans cesse renouvelée de mise en place pour juin d’un gouvernement irakien – et, bien entendu, «démocratique» –,  il serait difficile de conclure à un franc succès. Sauf pour le non belligérant Etat d’Israël, qui s’est vu, à moindres frais, débarrasser d’un voisin potentiellement dangereux et surtout de ses armes de destruction massive hypothétiques, ADM dont l’existence au profit de l’état hébreu a justifié le kidnapping et le maintien en détention en Israël pendant dix-huit ans de l’ingénieur en nucléaire Mordechaï Vanunu, libéré le 21 avril  dernier, astreint à résidence, interdit de contact avec des étrangers et déjà menacé ouvertement de mort par les extrémistes locaux. Mais pour ce qui est du problème des ADM israéliennes – rappelons-le –, selon les propres termes du chef d’état-major de l’armée israélienne, M. Moshé Ya’alon : «Là n’est pas la question.»

 

Sauvons les «gnous»

 

Pour se conforter dans leur position, ceux de nos compatriotes de bon sens qui répugnent encore à se jeter dans les bras des sirènes de l’Union Européenne devraient considérer ces quelques effets pervers – soigneusement occultés – d’une adhésion en l’état actuel de l’«entité» : la voix d’une Suisse de 7 millions de citoyens ne représenterait que 1,5% des voix d’une UE estimée à 460 millions de citoyens3. Le peuple suisse verra le pouvoir décisionnel qui lui reste s’éroder, en particulier en matière fiscale, et ses représentants s’éloigner d’un degré supplémentaire (après les niveaux communal, cantonal et fédéral, le niveau européen). Quelle manne, en revanche, pour des fonctionnaires helvétiques toujours plus nombreux, amenés à siéger, en sus de l’ONU, au Parlement européen de Bruxelles et dans la nébuleuse des commissions et sous-commissions qui lui sont attachées ! Inévitable disparition du franc au profit de l’euro… avec pour résultat le saut inflationniste de 30% en moyenne qu’ont subi les pays victimes de cette péripétie. Abandon de nos spécificités bancaires et repli des capitaux étrangers vers des pays plus accueillants. En six mots : disparition de la Suisse par absorption. Peut-être ces quelques observations permettront-elles aussi de ralentir nos frénétiques de l’adhésion, ces «gnous» tant obsédés par la rive d’en face qu’ils en oublient les dangers de noyade.

 

Max l’Impertinent

 

 

1 M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture.

2 Le Pamphlet, avril 2003, no 324, p.2.

3 Estimations, faute de données démographiques unifiées.

 

 

 

« Il EST ressuscité ! »

 

A la vue de ce qui venait d’arriver, le centurion glorifiait Dieu en disant : « Sûrement, cet homme était un juste. »

Luc, XXIII, 47

 

La presse, unanime autant qu’opportuniste, a successivement adopté deux opinions sur le film de Mel Gibson La passion du Christ : il était antisémite – crime majeur mais délibérément maintenu dans la confusion théologique – puis, voyant que ce grief portait moins que prévu ou pouvait avoir des effets contraires sur le grand public, qu’il était ennuyeux, cultivait des sensations morbides, que sais-je encore ? Les plus modérés dans la malveillance n’y virent aucun contenu spirituel… Après une première vision, mon constat personnel est que l’évocation du Sacrifice du Christ, dans une interprétation et une représentation des faits aussi fidèles que possible aux textes évangéliques, inquiète encore, peut-être même plus que jamais… Les polémiques de presse ne sont que l’expression de cette peur. Leurs arguments, qu’ils soient pitoyables ou de mauvaise foi avérée, sont autant de prétextes pour dissuader le public d’aller voir ce film, ou en diminuer l’impact sur les esprits, exercer enfin un véritable chantage intellectuel sur quiconque en dirait publiquement du bien.

 

Ces polémiques sont œuvre de propagande précisément parce que ce film se refuse à faire de la propagande au sens moderne et commercial du terme, mais entend au contraire utiliser l’art cinématographique pour diffuser un message spirituel et moral. Entreprise hautement réussie.

 

On l’a dit violent avec complaisance. Le réalisme, dès lors qu’il est fidèle à l’histoire, n’est pas de la complaisance. Ce glissement terminologique n’a rien d’innocent. Toutes les séquences de grande douceur (et elles sont en nombre tout au long de ce film) sont passées systématiquement sous silence par la presse. Comme c’est bizarre ! Le Christ de Mel Gibson m’apparaît même excessivement doux : nul rappel n’y est fait de ses imprécations contre les scribes et les pharisiens, qui, pourtant, expliqueraient mieux leur haine à son endroit.

 

Je ne vais pas m’étendre ici sur les réelles beautés de ce film, qui a des défauts, mineurs. Le problème qu’il pose à notre société ne vient pas de lui mais uniquement, exclusivement, de sa fidélité au dogme chrétien et à l’esprit, à l’esprit de la spiritualité chrétienne. Notre monde ne supporte plus un pareil rappel, sans concession. « Nostre aetate » est balayé. Les responsabilités sont trop  claires. Trop. C’est intolérable. Alors la presse aux ordres se déchaîne, tel un nouveau Sanhédrin, et quand elle fait des concessions, c’est à la manière de Ponce Pilate ! Bref : nous voyons que la presse n’est pas libre et que Monsieur Mel Gibson l’est avec insolence. Dans une société d’esclaves, les hommes libres font scandale. Il faut les faire taire, les ridiculiser. Qui ne compose pas, aujourd’hui, sur l’essentiel, est un homme mort. Qui ne trafique pas avec les choses saintes est disqualifié sur le plan moral et religieux par les nouveaux prêtres, les nouveaux scribes et les nouveaux pharisiens.

 

En somme, La Passion du Christ remplit très honnêtement son office : elle assure une publicité mondiale au prototype divin de la passion de tous les justes. On comprend que ceux qui n’aiment pas en rencontrer sur leur chemin trouvent parfaitement inopportun qu’on les réfère si éloquemment à leur modèle ! Pour que les justes disparaissent de la surface de la terre, pour qu’ils tremblent à s’affirmer devant tous, n’est-il pas nécessaire que la personne même du Christ soit, sinon totalement oubliée, manipulée à volonté ? On a cru pouvoir le faire désormais en toute quiétude d’esprit, avec l’accord de la Hiérarchie catholique, depuis Vatican II. La fausse note populaire est venue d’où on ne l’attendait certainement pas… : Hollywood !

 

C’est un excellent début !

 

Michel de Preux

 

 

 

Bricoles

 

Indulgence

 

A ce jour, aucun lecteur ne nous a fait remarquer, poliment, ironiquement ou sévèrement, que l’équivalent populaire des calendes grecques n’est pas la cinglinglin comme nous l’écrivions le mois dernier dans notre bricole sur la prudence du parti socialiste, mais bien la saint-glinglin.

 

Merci de cette indulgence totalement imméritée.

 

 

Mêle-tout

 

Monsieur Franz Weber qui ne saurait rester longtemps sans sauver quelque chose, fût-ce contre le gré des sauvés en puissance, nous propose d’accepter le 16 mai son initiative visant à transformer en «parc cantonal» sept petites communes du pied du Jura.

 

Que les craintes écologiques de M. Weber soient justifiées ou non, notre sauveur impénitent et ses disciples se mêlent de ce qui ne les regarde pas : les choix relatifs aux communes concernées doivent rester aux mains de leurs habitants et d’eux seuls.

 

Que dirait Franz Weber si des adeptes de la souveraineté communale lançaient une initiative visant à inscrire dans la constitution vaudoise l’interdiction, pour lui et ses semblables, de sauver quoi que ce soit à l’avenir ?

 

 

Euroturquie

 

Qu’on se le dise ! Le prochain grand prix Eurovision aura lieu le 15 mai… à Istanbul ! Qui osera prétendre après ça que la Turquie n’a pas sa place dans l’Union européenne ?

 

 

Vacances scolaires

 

L’immobilisme de l’administration vaudoise a encore frappé, si l’on ose dire ! Alors qu’il s’est écoulé cinq semaines entre les vacances de février et les vacances de printemps, ce sont onze semaines que doivent «tirer» écoliers et enseignants jusqu’aux vacances d’été, sous réserve des week-ends prolongés de l’Ascension et de Pentecôte. A noter que cette situation est aggravée par le retour de l’heure d’été qui, comme chacun le sait depuis la calamiteuse introduction d’icelle au mépris de la volonté populaire clairement exprimée, est source de fatigue supplémentaire pour les enfants et les maîtres.

 

Pourquoi n’a-t-on pas réparti les périodes séparant les vacances de février des vacances de printemps et ces dernières des vacances d’été sur deux fois huit semaines ? Sans doute parce que les féries pascales n’auraient pas été incluses dans les vacances dites de Pâques, ce qui aurait eu pour conséquences, ô combien dramatiques, la violation d’une tradition et deux jours de congé supplémentaires pour nos chers petits et ceux qui leur font découvrir des vérités premières. Ce qu’à Dieu ne plaise ! Et tant pis si la qualité de l’école n’y trouve pas son compte.

 

 

Appréciations

 

Il est revenu à nos oreilles indignées que certains enseignants, trouvant peu satisfaisant le système d’évaluation des prestations des élèves en vigueur – «non atteint», «à moitié atteint», «atteint», «à moitié largement atteint» et «largement atteint» –, profitent de ce que les appréciations se trouvent sur une seule ligne, sous forme de petits cercles à cocher, dans l’information périodique aux parents – le carnet scolaire d’autrefois, dont, nous dirait sans doute Philippe de Vargas,  l’absurdité a été largement démontrée – pour «affiner» l’évaluation grâce à des flèches indiquant, par exemple, que le «à moitié atteint» officiel est en fait un «presque atteint».

 

Nous ne serions pas surpris que ces odieux tricheurs soient favorables à la réintroduction des notes, y compris dans les petites classes. Démission !

 

 

Frustration

 

Le vivarium de Lausanne annonçait voici peu, à grand renfort d’affichettes et sur une pleine page de 24 Heures, une exposition de reptiles suisses spéciale, censée débuter le 8 avril. On allait voir ce qu’on allait voir, puisque, le but de l’exposition étant de mieux protéger nos reptiles grâce à une meilleure connaissance de ces derniers, le vivarium s’apprêtait à tordre le cou à un certain nombre de mythes solidement ancrés dans l’inconscient collectif. Comme nous éprouvons un goût pervers pour la réfutation des mythes de quelque nature qu’ils soient, nous nous sommes rendus à Sauvabelin le dimanche 11 avril, afin de profiter de l’aubaine.

 

Las ! Si nous avons bien trouvé quelques vipères et lézards suisses à l’étage de l’exposition, il nous a fallu renoncer au révisionnisme reptilien : pas trace de panneau anti-mythe. Plus exactement, il y en avait bien un, un seul, qui expliquait que les vipères noires ne sont pas plus venimeuses que les autres, mais à l’étage au-dessus, à un endroit qui n’avait rien à voir avec les reptiles suisses. Interpellé, pas très poliment hélas, par notre famille déçue, un

employé du vivarium a fini par dénicher, dans un coin ou dans un tiroir de la réception, un deuxième panneau annonçant que les vipères ne traient pas les vaches, nouvelle fort réjouissante mais qui revêtait apparemment un caractère confidentiel. Il nous a semblé qu’il ressortait des justifications quelque peu embarrassées du monsieur, que ces panneaux n’étaient guère nécessaires, puisque la presse avait parlé des mythes attaqués et que, en outre, certains des reptiles qui auraient dû figurer dans l’exposition n’étaient pas encore réveillés, ce qui expliquait le caractère provisoirement maigrichon de cette dernière.

 

Nous avons quitté le vivarium, partagés entre le rire et la colère, en nous demandant pourquoi l’employé ne nous avait pas dit tout simplement que l’exposition annoncée n’était pas encore prête.

 

 

Astuce

 

Il paraît que ce n’est pas un poisson d’avril : au début du mois, un automobiliste a été surpris par la police en flagrant délit d’abus de parcage. Voilà qui est certes banal. Ce qui l’est moins, c’est que l’astucieux personnage se servait d’un mécanisme de son invention, capable de faire avancer automatiquement la flèche de son disque de stationnement. A l’heure qu’il est, le coupable a probablement été dénoncé au juge d’instruction – les dignes représentants de l’ordre auraient pu, nous semble-t-il, se contenter d’une amende d’ordre, mais le règlement, c’est le règlement.

 

Espérons que le juge, faisant preuve de sens de l’humour, se montrera indulgent. Après tout, à défaut d’être honnête, le coupable est un inventeur de génie.

 

 

Irlande réactionnaire ?

 

Le 11 juin, les Irlandais en âge de voter devront se prononcer par référendum sur une disposition introduisant dans la Constitution le droit du sang en plus du droit du sol déjà en vigueur. Cette disposition stipule entre autres choses que toute personne née sur le sol irlandais n’aura droit à la nationalité irlandaise que si elle a au moins un parent irlandais.

 

A l’heure où le droit du sol prime de plus en plus le droit du sang dans nos sociétés avides de métissage et de multiculturalisme, cette mesure paraît fâcheusement entachée de frilosité, de repli sur soi, voire de xénophobie.

 

Qu’on se rassure toutefois : le ministre de la justice irlandais Michael McDowell a annoncé que cette disposition constitutionnelle sera complétée par une loi, qui en atténuera la portée.

 

Comme ça, tout le monde sera mécontent : les Irlandais «nationalistes» et les exclus du droit du sol.

 

 

Nouveau non-conformisme

 

La controverse qui a sévi autour de la Passion du Christ a mis au jour de nouvelles vocations révisionnistes et même carrément négationnistes.

 

C’est ainsi qu’on pouvait lire, dans 24 Heures des 8-9 avril, dans un commentaire «philosémitiquement» vengeur de Jean-Louis Kuffer, cette phrase iconoclaste et sidérante : Le procès devant le Sanhédrin (qui n’eut probablement jamais lieu) est un simulacre hideux.»

 

De son côté, l’hebdomadaire français Les 4 vérités Hebdo1 publie dans sa livraison du 10 avril 2004 un article, d’ailleurs très savant et très documenté, signé Jean-Pierre Pagès-Schweitzer, qui met en cause l’historicité de Jésus de Nazareth.

 

Ce n’est évidemment pas nous qui allons nous offusquer de cette révision et de cette négation.

 

Nous serions néanmoins curieux de savoir à quelles peines de prison et/ou d’amende seront condamnés ces auteurs dont les propos pourraient être considérés par tous les chrétiens purs et durs comme relevant de l’anti-christianisme le plus primaire, donc comme une incitation à la haine d’un groupe humain en raison de sa religion.

 

Les paris sont ouverts !

 

 

Meili : le retour

 

L’avocat américain Ed Fagan, bien connu de nos lecteurs pour ses onéreuses interventions en faveur des victimes de la Shoah et de l’apartheid, repart en guerre contre l’UBS en raison de la collaboration active, à l’époque hitlérienne, de l’ex-Union de Banques Suisses avec le groupe chimique allemand IG Farben, fabricant du Zyklon B. But de l’opération : traire une nouvelle fois la vache à lait.

 

Mais le cher et preux chevalier a besoin d’étayer ses arguments. Et alors, coucou, qui revoilà ? l’inénarrable Christoph Meili qui avait défrayé la chronique en janvier 1997 : agent d’une société de surveillance privée employée par l’UBS, ce zélé serviteur avait volé à la banque des documents destinés à la destruction, au motif qu’il avait eu l’impression qu’il s’agissait de documents importants pouvant revêtir un intérêt public. Aujourd’hui, on nous dit que Meili avait découvert des rapports destinés au broyeur, en lien direct avec le groupe IG Farben  et Interhandel, filiale du précédent, ce qui n’est pas du tout la même chose. On peut donc comprendre, à la rigueur, que, faute de mieux, M. Fagan produise à l’appui de ses exigences ce pitoyable «héros» qui vit désormais en Amérique.

 

Ce que nous ne comprenons pas, c’est que, fort du témoignage de Christoph Meili, l’avocat somme l’UBS de lui dire ce que sont devenus les rapports en question. Ed Fagan ne lit-il pas les journaux ? Christoph Meili serait-il amnésique ? On savait pourtant dès le 15 janvier 1997, grâce à la presse, que le voleur avait remis son butin directement à la communauté israélite de Zurich qui, contrairement à son patron obtus, l’avait chaudement félicité de son initiative.

 

Espérons que l’UBS restera ferme dans son refus de passer encore une fois à la caisse.

 

 

Cannabis

 

Il paraît (communiqué ats du 19 avril ) que les policiers suisses sont favorables à la dépénalisation du cannabis, car, disent-ils, les gens croient que la consommation en est déjà autorisée, alors que ce n’est pas le cas, cela en raison des atermoiements politiques.

Apparemment, les policiers suisses ne fréquentent que des gens qui n’ont pas accès aux médias ou sont de mauvaise foi.

 

Il est vrai qu’un fumeur de cannabis pris en flagrant délit de «fumette» a tout avantage à prétendre qu’il ne connaît pas la loi, surtout si les représentants de cette dernière font preuve de compréhension face à une ignorance qu’ils jugent involontaire.

 

C’est ce qui explique sans doute que les amateurs de cannabis fument leur herbe en toute impunité dans les trains, comme nous avons pu le constater récemment: solidarité oblige, un militaire a fort obligeamment cédé à un jeune étranger imprévoyant la feuille de papier à cigarettes dont il avait besoin pour confectionner son joint. En plus, ils sont prévenants, ces jeunes gens : ils n’hésitent pas à ouvrir la fenêtre par grand froid, afin d’épargner aux fumeurs «normaux» du compartiment l’odeur douceâtre de la drogue.

 

En fait, si les policiers suisses – plus probablement ceux qui s’expriment en leur nom – réclament la dépénalisation du cannabis, c’est parce que leur tâche s’en trouverait facilitée. On pourrait aussi, dans cette optique, dépénaliser le vol, le brigandage, l’escroquerie et tous les autres délits qui donnent du travail à la police. A terme, on n’aurait plus besoin de police du tout, si ce n’est, chose indispensable, pour empoisonner la vie des automobilistes !

 

 

«Sous le choc»

 

Une intervention a priori banale de la police dans un immeuble du quartier lausannois de la Bourdonnette a mal tourné, puisqu’un policier menacé par un énergumène armé d’un couteau a fait feu et a abattu l’agresseur. Il n’en fallut pas plus pour que 24 heures, ordinairement plus sobre, ne fasse assaut de titres accrocheurs : «La police sous le choc»… «un drame qui sème le désarroi»… «la consternation dans un immeuble tranquille».

 

Rien de vrai dans cette débauche d’épithètes : pas de choc, pas de consternation ni de désarroi. Juste un peu d’étonnement, car le forcené sri-lankais était tenu pour un homme calme et sans histoire. (14 avril)

 

 

Molosses

 

Il est probablement exact que les molosses ne sont pas des chiens plus dangereux que ceux d’autres races. J’observe cependant que, comme par hasard, ce sont précisément des pittbulls et autres mastiffs que les voyous choisissent de dresser au combat et non des teckels ou des caniches. Il est donc légitime de se méfier, a priori, d’un propriétaire de molosse qui proteste de ses intentions pacifiques et qui jure qu’aucune race de chien n’est dangereuse en soi et que seule la mauvaise éducation est responsable des accidents.

 

 

Chiffres

 

Un homme soupçonné de meurtre à tort, qui avait subi une incarcération de soixante-quatre jours, a reçu une indemnité de Fr. 75'000.- . Le bénéficiaire a jugé cette réparation «largement insuffisante», car il avait perdu, du fait de son incarcération, un gros mandat et sa perte se chiffrait donc selon lui à «plus de 80'000 francs», nous apprend 24 heures du 7 avril, page 7.

 

Le même quotidien, le 19 avril p. 40, glisse sous la plume de Mme Janine Panchaud, députée, que «plus de 500'000 personnes résidant sur sol vaudois ne paient aucun impôt à l’Etat».

 

 

Le cancre et le fort en thème (bis)

 

Dans le dernier numéro du Pamphlet, nous rappelions que M. Broulis, ministre des finances vaudois, avait prévu en décembre 2002 un déficit de 157 millions alors que le député Michel Golay le situait à 380 millions. Nous pensions que le résultat exact serait tenu secret pour ne pas nuire à la crédibilité du gouvernement vaudois avant la votation du 16 mai. M. Golay avait (presque) tout juste : le déficit est de 385 millions. Ne pourrait-on suggérer à M. Broulis de laisser la place à M. Golay à la tête des finances cantonales ?

 

 

Chiffres rouges

 

En attendant, nul doute que notre argentier a lu avec délices l’information publiée par 24 Heures du 21 avril concernant la situation financière du canton de Zurich. On apprend en effet que ce dernier a enregistré en 2003 un déficit record de 619 millions, alors que le budget prévoyait un trou de 480 millions «seulement».

 

M. Broulis se sentira moins seul, désormais.

 

 

Liberté d’expression

 

Bien des gens qui se disent attachés à la liberté d’expression ne tolèrent cependant que l’expression de leurs propres idées, et se déclarent indignés qu’on puisse émettre impunément d’autres opinions.

 

M. Hani Ramadan, qui avait exprimé publiquement des opinions paradoxales – notamment sur la lapidation des femmes adultères – avait été licencié pour cela de son poste de professeur de français à Genève, licenciement que nous avons critiqué ici même.

 

Le Tribunal administratif vient d’accueillir son recours et a ordonné sa réintégration. Mais le Conseil d’Etat, mauvais perdant, entend ne pas respecter l’arrêt du TA au motif d’une nouvelle enquête contre M. Ramadan.

 

Autre champion de la liberté d’expression : M. Dominique de Villepin, nouveau ministre de l’intérieur français, qui vient de décider l’expulsion immédiate de l’imam de Vénissieux. Des poursuites pénales pourraient être engagées pour «atteinte à l’ordre public et à la République». Motif de cette mobilisation ? Le religieux aurait déclaré, dans une interview à Lyon Mag, que «battre sa femme est autorisé par le Coran».

 

Il y a sans doute des milliers d’imams en France, et en Suisse, qui enseignent la même chose à des centaines de milliers de jeunes musulmans, mais qui ne donnent pas d’interviews, ni au Monde ni à Lyon Mag. Il y a eu, aussi, des milliers de prêtres qui ont justifié le martyre des hérétiques ou le massacre des protestants.

 

«Ces déclarations ne sont pas la simple expression d’idées. Ce sont des délits» a affirmé M. Gerin, maire de Vénissieux. C’est le discours habituel de tous ceux qui ne tolèrent la liberté d’expression qu’à la condition qu’on exprime des opinions conformes aux leurs.

 

Dans certains cas, il ne s’agit plus de l’expression d’une opinion, mais d’actes positifs : on connaît le cas du premier ministre d’un Etat du Proche-Orient qui se vante d’avoir fait assassiner récemment deux chefs d’une organisation présumée «terroriste».

 

Ni le Conseil d’Etat de Genève ni le maire de Vénissieux n’ont souhaité commenter l’événement.

 

 

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