Lausanne 33e année      «ne pas subir»       Octobre  2003 No 328

 

 

 

Sommaire :

Editorial

Comment faire du fric avec un drame humain ? se demande l’éditorialiste. C’est facile si l’on est un journaliste aussi dénué de talent que d’éthique.

 

Bricoles

Il y a (à Femina) des journalistes sains… et Micheline devrait s’en aller.

 

En direct de Sirius

Max fait l’aumône à Lausanne, achète des allumettes à Genève et va au cinéma à Paris.

 

Polémique et liberté d’expression

L’avocat genevois Dominique Poncet plaide imprudemment pour la liberté d’expression

 

L’agriculture

Michel de preux est pessimiste quant aux chances de survie de l’agriculture suisse.

 

En feuilletant «24 heures»

Un mois d’actualité

 

Après l’annonce de l’UDC, le chœur des vierges !

La presse bien-pensante a été indigné par l’annonce publiée par l’UDC !

 

Campagne publicitaire raciste… financée par les antiracistes !

Des annonces racistes publiées par la Fondation contre le racisme : un comble !

 

Bon anniversaire

L’imprimerie Beck a 25 ans

 

Collections reliées

 

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Editorial

 

Que Brigitte Bardot fasse connaître dans Un cri dans le silence1 ses états d’âme et des convictions hautement sulfureuses, cela n’a rien que de très normal. Tout au plus peut-on se demander si, signé Franz Weber, son livre aurait remporté le même succès ou seulement trouvé un éditeur. Qu’Elisabeth Badinter reconnaisse dans Fausse route2 les effets pervers du féminisme militant, c’est carrément réjouissant. Tout au plus peut-on se demander si, signé Yvette Jaggi, son livre aurait remporté le même succès ou seulement trouvé un éditeur. Mais enfin, les éditeurs ne sont pas des philanthropes, il est normal qu’ils misent sur des valeurs sûres, tout le monde y trouve son compte et cela ne fait de mal à personne.

Il existe en revanche une sorte de littérature qui nous fait hurler de dégoût parce qu’elle exploite, avec la complicité évidemment intéressée d’éditeurs peu scrupuleux et de journalistes aussi dénués de talent que d’éthique, les malheurs d’un individu.

Vous avez tous entendu parler, il ne peut en être autrement, du jeune Vincent Humbert, 22 ans, devenu, à la suite d’un accident, tétraplégique, aveugle et muet. Sa mère a tenté, à sa demande, paraît-il, de l’envoyer ad patres et les médecins chargés de sa réanimation l’ont laissé mourir, compte tenu de son état. L’événement a fort curieusement coïncidé avec la sortie en librairie d’un livre intitulé Je vous demande le droit de mourir, publié sous le nom du jeune infirme et annoncé à grand bruit dans les médias par l’éditeur Michel Lafon. Toute la presse a retenti des malheurs du pauvre garçon, de l’héroïsme de sa mère et de l’espoir que la loi française, qui interdit l’euthanasie, ne s’appliquerait pas à cette nouvelle mater dolorosa. Personne, en revanche, ne semble s’être avisé que, complètement paralysé  - sous réserve d’un pouce qui lui permettait de répondre par oui ou par non -, aveugle et muet, Vincent Humbert n’a matériellement pas pu écrire lui-même le livre qu’on lui attribue, quand bien même son cerveau était intact. Muet, il n’a pas pu dicter ce livre.  Aveugle, il n’a pas pu le relire. La seule solution aurait été que sa mère ou quelque autre âme dévouée lui récite indéfiniment l’alphabet pour qu’il puisse composer chaque mot, lettre par lettre, en bougeant le pouce au bon moment. Est-ce bien vraisemblable ? N’est-il pas plus probable que ce livre a été rédigé, peut-être avec l’accord de l’intéressé, par une tierce personne dans le cadre d’une opération politique destinée à relancer en France le débat sur l’euthanasie ? Nous en sommes réduits aux hypothèses, mais en tout cas, le battage fait autour de cette affaire est indécent. L’éditeur s’en mettra plein les poches, alors qu’il se moque sans doute complètement du sort de Vincent Humbert. Quant à la courageuse mère, elle pourra utiliser l’argent que lui rapportera à n’en point douter l’opération pour la création d’une association destinée à promouvoir la légalisation de l’euthanasie active. C’est très à la mode ça : quand on a des malheurs, au lieu de pleurer dans son coin, on écrit des livres et on crée des associations.

La réalisatrice française Nadine Trintignant, mère de Marie Trintignant dont nul ne peut ignorer non plus, l’a fort bien compris, qui vient de publier chez Fayard un livre intitulé Ma fille Marie, dont le but est de dire «la vérité de mère d’une victime», vérité tirée à cent quarante mille exemplaires, ce qui rapportera un joli magot à Fayard et de fort intéressantes miettes à l’auteur.  Même si Nadine Trintignant s’empresse de créer une association de secours aux femmes battues, l’argent  généré par cette opération aura une drôle d’odeur.

Et puis, il y a une autre chose qui nous indigne : à aucun moment les metteurs en scène et acteurs de ce double spectacle ignoble n’ont vu qu’ils insultaient toutes les mères d’enfants lourdement handicapés qui se dévouent pour donner à leur fils ou à leur fille un minimum de bonheur au lieu de les tuer, toutes les femmes battues voire assassinées par des conjoints brutaux dans l’indifférence générale et dont les mères souffrent tout autant et avec plus de dignité que Nadine Trintignant.

Mais ces mères courageuses, ces femmes maltraitées et tuées ne sont ni emblématiques ni célèbres et ne présentent donc aucun intérêt financier, médiatique ou politique. Qu’elles restent dans l’ombre dont, grâce au ciel, elles ne demandent d’ailleurs pas à sortir.

Vous avez la nausée ? Nous aussi !

Le Pamphlet

 

1 Editions du Rocher, 2003
2 Odile Jacob, avril 2003

 
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Bricoles

 

La force du destin:
 
Dans Femina du 21 septembre, l’éditorialiste Marie-Pierre Dupont s’indigne à juste titre de l’attitude de Bertrand Cantat, dont les coups ont entraîné la mort de Marie Trintignant, et qui non seulement se pose en victime du destin, mais fait état de l’extraordinaire amour qui l’unissait à sa victime. Madame Dupont, saisie d’une réjouissante fureur écrit ceci :

«(…) En effet, que n’a-t-on pas lu, entendu sur ce meurtre d’une effroyable banalité – au regard des statistiques sur la violence conjugale ? D’aucuns l’ont élevé au rang de tragédie antique ou shakespearienne, d’autres l’ont expliqué par quelque rock attitude, presque tous lui ont collé le label "drame de la passion". Foutaises. Bertrand Cantat a cogné sur Marie Trintignant jusqu’à lui éclater la tête et l’a laissée froidement crever à ses côtés.(…)

Dieu soit loué : il y a encore des journalistes sains.


Histoire et politique

Micheline Calmy-Rey, notre bien-aimé chef du Département des affaires étrangères a dû renoncer début octobre à un voyage en Turquie au motif que le grand Conseil vaudois venait de «reconnaître» le génocide arménien, ce dont s’est offusqué le gouvernement turc. Madame Calmy-Rey a donc dû passer plus de temps que prévu dans son bureau, ce qui est certainement tout bénéfice pour la Suisse.

Cela dit, on fera remarquer que, en bon français, reconnaître un crime ne peut être que le fait de l’auteur dudit crime. Or, nous voulons croire que nos braves députés son innocents du massacre de 19l5, et cela d’autant plus qu’ils n’étaient pas nés. Par ailleurs, les parlements n’ont pas plus que les juges à se prononcer sur des faits qui relèvent de la science historique.

N’ont-ils donc rien de mieux à faire ?


La dernière de Micheline
S’il est vrai que le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, Micheline Calmy-Rey nous paraît bien partie pour les flammes éternelles. Ne se mêle-t-elle pas, avec l’accord de ses collègues du Conseil fédéral, de soutenir un «pacte pour la paix» élaboré par diverses personnalités israéliennes et palestiniennes et qui devrait être signé à Genève le 4 novembre, à la grande fureur d’Ariel Sharon ?

Si encore ce fameux pacte avait une chance de résoudre le conflit israélo-palestinien, on pourrait comprendre que la Suisse prenne le risque de se mettre à dos une nouvelle fois le monde judéo-israélien, car la paix n’a pas de prix. Mais cette chance n’existe pas, puisque, en vérité, ni l’une ni l’autre des parties en présence ne veut accepter de compromis.

Alors, pourquoi Madame Calmy-Rey et les autres conseillers fédéraux ne se décideraient-ils pas à s’occuper de leurs affaires ? Sont-ils avides de publicité internationale au point de prendre le risque de nuire à la Suisse ? Démission !

 
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En direct de Sirius

 

Scènes de rues
.
Lausanne, Place Saint-François : Max observe, aux portes d’un grand magasin ce qu’il est désormais impératif d’appeler un « marginal » et l’entend réclamer aux passants une obole de dix francs. Au sommet de la rue de la Paix, Max retrouve notre quidam réclamant aux clients d’une boutique de luxe un tribut de vingt francs… Un homme doté, en quelque sorte, d’un sens aigu de la relativité .

A quelque temps de là, dans une rue de Genève, Max achète une pochette d’allumettes à une jeune fille.

Max :   « C’est pour les handicapés… »
Iris : – …Et puis ça va à celui qui court le plus vite ! »1


Le faux moribond et le vrai mourant

« Père et fils » de Michel Boujenah et « Les invasions barbares » de Denys Arcand sont deux films qui respirent la tendresse, sur le thème général d’une dernière mise en ordre avant le grand départ. Là où le premier réalisateur a choisi de se limiter à des échanges très drôles entre un père simulateur et roublard et ses trois fils, le second dépeint avec minutie les ultimes angoisses d’un professeur d’université affranchi dévoré par le Crabe dans une société à bout de souffle et dominée par l’absurde, entrée elle-même en agonie. Le vieux père juif repartira pour un tour avec des enfants réconciliés et l’universitaire s’offrira une mort à la romaine comme dernier pied de nez au destin. Curieusement, les deux films ont été principalement tournés au Canada. Cependant, si le premier a couvert un plus long kilométrage pour nous dévoiler de fort belles images, le second, à part quelques « passages obligés » politiquement corrects que le spectateur identifiera aisément, va plus loin… Ainsi, au terme d’une longue tirade sur l’inanité des systèmes en « -iste », ce superbe résumé de l’état actuel de notre planète : « L’intelligence s’est absentée [très long soupir] il arrive qu’elle s’absente longtemps ».


Retour de manivelle

Comme il est triste de découvrir la France « laïque et républicaine » de la bien défaillante Vème empêtrée dans d’inextricables problèmes de foulards islamiques ! Passer en moins de trois siècles du rang de royaume de droit divin à celui de démocratie multiethnique, multiculturelle et pluriconfessionnelle en voie accélérée d’acculturation, c’est un fameux succès ! Les cocus de la Gueuse se consoleront en apprenant que les premiers inquiets de cette formidable progression d’une religion absente sous la royauté catholique sont issus d’une minorité « éclairée » (!) qui, par son prosélytisme forcené n’eut de cesse d’affaiblir la Fille aînée de l’Eglise pour la parer des fripes de la Marianne laïque. Pauvre Marianne à peine sortie des langes de l’Ancien régime, si svelte et se voulant si fière, qui arrosait d’un sang impur les sillons de son pays magnifique, de quelques autres aussi, pour mieux promouvoir à l’extérieur les bienfaits de la république et qui, orientalisée de l’intérieur, affalée sur les ruines de ses institutions prend désormais des allures de molle concubine engraissée au loukoum, déjà soumise au voile, en attente de burkha…

Pourtant, la solution existe. Elle crève même les yeux… Pour l’avoir suggérée, dans un pays voisin, un vieux monsieur courageux et lucide a pris deux fois de la prison ferme…


Euphémisme de secours

Ouï, dans le cadre d’une émission sur des handicapés, quelque part sur une station radio romande, d’une présentatrice quelque peu empêtrée dans le « parler correct » : « … Pour nous – comment dirais-je ? – heuh… nous les personnes norm… heuh… j’veux dire : les personnes “à mobilité favorisée”… »



Max l’Impertinent

1 Comme dit le Professeur à propos d’Iris : « Elle est concise, elle parle dru. Elle dit le vert et le sec… et ça fuse !

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Polémique et liberté d’expression



Quelque chose serait-il en train de changer sous les cieux de la plus très libre Helvétie ?

24 Heures du 3 septembre1 nous apprenait que Frank Lübke, directeur du Centre David contre l’antisémitisme et la diffamation de Zurich, avait été inculpé la veille pour avoir écrit en novembre 2002 une Lettre ouverte au Conseil fédéral, au Parlement et aux Suisses, lettre contresignée par cent trente personnalités juives et chrétiennes, dans laquelle il s’en prend vertement aux Palestiniens et à l’islam. Un nommé Daniel Vischer, député zuricois et candidat, cet automne, au Conseil des Etats, sans doute désireux de se faire un peu de publicité électorale, a porté plainte pour discrimination raciale, ce qui a abouti à l’inculpation de Monsieur Lübke. Mon quotidien favori fait remarquer que l’application de la norme antiraciste à un juif est un cas très rare – le deuxième, en fait, sur deux cent septante procédures, depuis l’entrée en vigueur de l’article 261bis du code pénal, fleuron de notre démocratie séculaire -, ce qui n’est pas pour m’étonner, mais passons.

Bien entendu, je juge cette plainte et cette inculpation ridicules et contraires à la liberté d’expression. Il est normal qu’un juif vitupère ceux qu’il tient pour les ennemis de son peuple, comme il est normal que les Arabes critiquent sévèrement les agissements d’Israël considéré par eux comme l’ennemi des Palestiniens et, par ricochet, du monde arabo-musulman en général. Que cela ait ou non à voir avec le racisme, il s’agit avant tout d’une guerre dans laquelle chacun choisit son camp et le dit sans prendre de gants. Je ne vois pas que cela mérite sanction. Mais Daniel Vischer sait comme nous tous que la majorité des Suisses et singulièrement des Zuricois, autrefois favorables à Israël, sont désormais du côté des Palestiniens et compte sans doute que son coup d’éclat lui vaudra de nombreuses voix aux élections fédérales. On saura le 19 octobre si le calcul était bon. En tout état de cause, le procédé est indigne, mais on sait que certains candidats sont prêts à toutes les bassesses pour se faire élire et que certains électeurs n’y voient que du feu. Quoi qu’il en soit, j’espère que Frank Lübke tombera sur un juge qui ne se laisse pas impressionner par l’air du temps et qu’il sera acquitté. J’espère aussi que, ayant appris à ses dépens le caractère pervers de l’article 261bis du code pénal, il aura à cœur, avec ses cent trente amis et de nombreux coreligionnaires, d’entrer en guerre contre la norme antiraciste pour obtenir, à terme, son abrogation.

Est-ce aussi le revirement qui s’est produit dans la population à propos du conflit israélo-palestinien qui incite Michel Jörmann, dans Genève Home Information des 10-11 septembre, à réclamer, au nom de la liberté de la presse, le droit pour les journalistes de polémiquer, notamment «Parce que la polémique suscite la discussion, le débat d’idées. Parce que c’est un gymnastique extrêmement profitable à l’intellect. Du moins pour ceux (rares) qui veulent encore faire travailler leurs méninges…» ? Michel Jörmann fait remarquer avec pertinence que le principal ennemi de la polémique est le «politiquement correct», «l’une des déviances les plus perverses de notre société actuelle.» Je suis bien d’accord. Je suis d’accord aussi quand il déplore la disparition des polémistes. Mais il faut bien reconnaître que la polémique devient un art difficile quand l’iconoclaste doit veiller à ce qu’aucun de ses propos ne tombe sous le coup de la loi, en particulier de l’art. 261bis du code pénal qui est désormais, semble-t-il, mis à toutes les sauces, ce que n’avaient pas prévu, je pense, ses instigateurs. Michel Jörmann s’est-il montré aussi sage à l’époque où les révisionnistes étaient considérés comme les principaux ennemis du judaïsme et du sionisme ? Je ne sais, mais je veux le croire et encourage vivement cet esprit indépendant à prendre contact avec Monsieur Lübke pour organiser la résistance.

Ces messieurs pourront compter en cette occurrence sur le concours de l’avocat genevois Dominique Poncet qui, dans le même GHI et sur la même page, tient ces propos stupéfiants :

«Si la polémique est en recul, c’est aussi parce que la liberté de la presse régresse. On nous oppose le révisionnisme, le racisme. Vous n’avez pas le droit de dire ceci parce que c’est révisionniste. Vous n’avez pas le droit d’écrire cela parce que c’est raciste. Au contraire, il faut que les opinions, même les plus folles, puissent s’exprimer. Ne serait-ce que pour qu’on puisse les combattre ! Imaginez un grand débat public auquel seraient conviés ceux qui persistent à nier l’existence des chambres à gaz. Ils exposeraient leurs théories. Après quoi, on leur projetterait des films – certains très connus, d’autres moins – sur les camps de la mort et on leur demanderait ce qu’ils en pensent.

Ne croyez-vous pas que cela aurait plus d’impact que de dire nous vous refusons la parole parce que vous êtes révisionniste ?»

Un débat public avec les révisionnistes réserverait sans doute quelques surprises, et c’est bien pourquoi il n’a jamais eu lieu. Mais l’intention de Me Poncet est bonne et me ramène à ma question initiale :

Quelque chose serait-il en train de changer sous les cieux de la plus très libre Helvétie ?



Mariette Paschoud


1 Rédigé pour le numéro de septembre, cet article n’a pas été publié, faute de place. Il nous paraît néanmoins toujours actuel.

 
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L’agriculture

 

Le paysan est l’homme d’un pays.
Or il n’y a plus de pays.
Le paysan doit donc disparaître…

 

Il y a un contraste flagrant entre le traitement réservé aux paysans dans une société traditionnelle et dans notre actuelle civilisation en état de décomposition. Dans un livre consacré à la chrétienté médiévale comme modèle de développement, Raymond Delatouche écrit : «Le Moyen-Âge a choyé ses paysans. Pour prix de leurs travaux, il leur a donné la liberté et la quasi-propriété. Contre guerres et rapines, il les a protégés à l’égal des clercs; il les a exemptés du service des armes. L’Eglise les a promus aux plus hautes charges. Les villes, fleur de la civilisation, sont restées, même Paris, pénétrées de ruralité.» 1 Et, par contraste, ceci : «La société industrielle pourchasse le paysan : il est un poids, un gêneur. Quand elle ne peut l’éliminer, elle le dénature par la technique qu’elle lui impose.» (Ibidem, page 16). Tout aussi indifférent à leur sort en Suisse, l’actuel président de la Confédération déclare à leur propos «laisser jouer le marché…» Mais quel marché ?

Car si, effectivement, le marché fait le juste prix, encore convient-il d’en définir le terme, sans quoi ce mot, détourné de son sens, dissimule une imposture et une violation flagrante des lois élémentaires de la saine concurrence. Les propos de Pascal Couchepin relèvent dans ce cas davantage du cynisme que d’une quelconque rationalité économique.

Pour qu’une concurrence soit parfaite, quatre conditions doivent être réunies :

1. La transparence des opérations commerciales, concentrées en un seul lieu, le marché, précisément, à des heures précises d’ouverture et de fermeture. Les prix sont discutés ouvertement et il est interdit de vendre en dehors du marché.

2. L’homogénéité : les produits ou marchandises sont présentés en unités rigoureusement semblables et leur qualité est vérifiée par des experts, qu’on appelait, au Moyen-Âge «probi homines»2 .

3. L’atomicité, qui interdit toute entente entre vendeurs ou acheteurs qui serait de nature à influer sur les cours, le prix d’équilibre résultant mécaniquement de la confrontation de l’offre et de la demande.

4. Le libre accès au marché, qui est ouvert à tout intervenant potentiel : c’est le marché public.

Apparemment, le mot de Pascal Couchepin ne dit pas autre chose, sauf à considérer que le village est devenu à ce point «global» qu’il s’est élargi aux dimensions de la planète, puisque le consommateur suisse aura sur son marché local aussi bien des œufs danois, des légumes d’Espagne, du lait et du fromage de Hollande, des fruits africains, de la viande d’Australie, etc. Le paysan local, fermant boutique, devra se transformer en paysagiste ! Tout le non-sens de l’évolution récente de l’agriculture réside dans cette dénaturation du système agricole de production, imposé en Europe par l’Union européenne et imité du système industriel. Il s’agit là non d’une contrainte économique mais idéologique : c’est cette assimilation forcée de la production agricole à la production industrielle qui fausse totalement, en ce domaine précis, les lois de la saine concurrence en imposant à la classe paysanne, toujours liée par nature à un terroir, des lois théoriques de marché devenues folles, parce qu’elles ne correspondent plus à aucun marché réel, mais bien uniquement à une pure recherche de profit pécuniaire sans aucun égard ni pour les producteurs locaux ni pour les producteurs lointains.

On a observé avec raison que des sociétés ne disposant d’aucune homogénéité sociale, culturelle, économique, ne peuvent sans injustice pour tous entrer en concurrence sur un marché sans qu’automatiquement ce marché constitue en lui-même une violence exercée à la fois contre les producteurs lointains et contre leurs collègues proches lorsqu’il s’agit de produits identiques. Où se situe, exactement, la dérive ? Elle est dissimulée derrière un bien apparent : le service du consommateur… Dans une société morale, ce service est assuré, en agriculture notamment, par la qualité réelle de celui-ci en incluant les charges réelles pour le producteur. Mais dans une société livrée à la recherche du profit pécuniaire sans référence morale, il n’y a plus de loyauté ni de liberté véritable dans la détermination des prix par la seule loi de l’offre et de la demande, mais interventions de groupes de pression externes au marché, exploitant le travail d’autrui à bas prix là où cela est possible et cassant des prix de produits identiques sur le marché local au préjudice des producteurs locaux, de sorte que la loi de la libre concurrence est doublement violée, sur le plan international par une fausse égalité entre producteurs lointains et producteurs locaux, également méprisés, et, d’autre part, par une assimilation contre nature du système de production agricole au système industriel, lequel lui est parfaitement étranger par essence même.

Aussi ma conclusion sera celle de feu Jean-Clair Davesne dans son étude éblouissante sur la crise moderne de l’agriculture, justement intitulée : L’agriculture assassinée 3 :

«Le vrai problème est de changer complètement de politique agricole en répudiant celle que la société industrielle met actuellement en œuvre et en redonnant aux paysans la place qui doit être la leur sur les plans social et économique. L’agriculture biologique, qui se confond avec l’agriculture traditionnelle lorsqu’elle renonce à faire appel aux énergies externes, exige une main d’œuvre abondante, qualifiée, indépendante, qui est à l’opposé du schéma de l’agriculture industrielle, laquelle suppose une main d’œuvre peu nombreuse appliquant des recettes élaborées par l’industrie et diffusées par les techniciens, tous deux dominés par la filière agroalimentaire

Il va de soi qu’à identité de produits, celui qui vient d’un pays lointain ne peut, du seul fait du coût de son transfert, concurrencer un produit local sans fausser le jeu de la concurrence. S’il y parvient, c’est donc qu’il y a eu violence faussant les lois du marché. L’imposture est aussi simple que cela !

Le pouvoir monopolistique de l’Argent est une catastrophe sociale.

 

Michel de Preux
 

1 «La chrétienté médiévale – un modèle de développement», éd. Téqui, Paris 1989, page 17.
2 D’où vient mon patronyme !
3 Edition de Chiré – F-86190 Chiré-en-Montreuil (Vienne) 1898, pages 210/1.

 
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En feuilletant «24 heures»



Meurtrier d’Anna Lindh

Finalement, ce n’était pas lui. Mais on a soupçonné quelques jours un homme de 35 ans, drogué et «proche des néonazis les plus notoires de Suède», qui aurait suivi un traitement pour consommation de cocaïne dans notre pays !

Traduction probable : accro à l’héroïne, il serait venu régulièrement en Suisse pour profiter des shootoirs chers à dame Ruth Dreifuss, auxquels le Conseil d’Etat et le Grand Conseil vaudois s’opposent heureusement.

18 septembre, pages 25 et 29


Pauvre Samuel

Triste nouvelle le 21 septembre : notre excellent camarade le pasteur Samuel Dubuis est entré dans la paix du Seigneur, à l’âge de 78 ans. Annonces mortuaires de la famille, de la rédaction du «Régional», du Conseil synodal, de la paroisse de Pully-Paudex et de l’Abbaye des Bourgeois de Pully.

Annonce, deux jours plus tard, des Vieux-Zofingiens vaudois et des Vieux-Zofingiens lausannois, qui le nomment Samuel Dubois !

24 septembre, page 19 ; 26 septembre, page 17


Fin de la «compétence universelle»
On se souvient que les Belges s’étaient donné une loi dite «de compétence universelle» leur permettant de juger pénalement tout délinquant, quels que soient sa nationalité, son lieu de résidence ou le lieu de commission du délit.

A l’époque, on songeait évidemment aux membres des différentes juntes sud-américaines, éventuellement à quelques vieillards nazis survivants.

Hélas, c’est M. Ariel Sharon (pour les massacres de Sabra et Chatila), M. Bush senior et M. Colin Powel (pour leur responsabilité dans la première offensive contre l’Irak, en 1991) qui furent les premiers inculpés.

Impossible ! La loi a donc été promptement abrogée et la Cour de cassation belge a définitivement clos le dossier.

25 septembre, page 7


Drogues «douces»

Fâché de la décision du Conseil national de refuser l’entrée en matière sur la nouvelle loi sur les stupéfiants, le rédacteur de mon dodu quotidien de référence gronde que cette décision «ne résout rien» .

Sans doute. Mais la dépénalisation aurait résolu quoi ?

26 septembre pages 1 à 3


Prix du bon goût…
 
… à Etienne Dumont, sauf erreur directeur de la cinémathèque suisse, pour le titre de son article nécrologique : «Elia Kazan a pris le tramway nommé Cimetière»

30 septembre page 15



C.P.



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Après l’annonce de l’UDC, le chœur des vierges !



Il fallait être sérieusement myope pour ne pas la voir, la fameuse page de l’UDC[1], ou bien être un lecteur exclusif du seul journal vertueux de Suisse romande, la Liberté, qui tient ses lecteurs pour des débiles incapables de se forger une opinion par eux-mêmes.

La nomenklatura, tous ceux qui endossent une responsabilité dans le marasme actuel issu de la politique menée par la gauche, y compris les représentants de la presse quotidienne, ont évidemment crié au loup : populisme, xénophobie, racisme, peste brune, heures-les-plus-sombres, nausée, tout le vocabulaire habituel du petit politicien correct aura servi abondamment.

Même les candidats romands ont été surpris par le ton et par la désignation sans complaisance des causes de la chienlit : «des criminels chouchoutés, des requérants d’asile sans gêne, une mafia albanaise brutale».

L’UDC cite des chiffres qui s’appuient, dit-elle, sur des statistiques de l’office fédéral de la police, mais cet office affirme qu’il ne les «comprend pas». L’UDC affirme que, pour notre système d’asile, «nous payons chaque année 2 milliards de francs d’impôt». Le parti socialiste vaudois s’offre une pleine page de réponse, pour réfuter : «C’est faux ! le budget de l’office fédéral des réfugiés est de 0,924 milliard», sans s’apercevoir que si le budget de l’ODR frise le milliard, il est hautement plausible que la politique d’asile nous coûte, en impôts, au moins le double !

S’il fallait donner à l’un des deux partis la palme de la propagande électorale la plus grotesque et la plus mensongère, je n’hésiterais pas à l’offrir au parti socialiste vaudois pour son sous-titre : «l’UDC blochérienne est le parti des riches».

A l’heure où paraîtront ces lignes, les sièges seront attribués, pour le Conseil national, et on pourra juger de l’augmentation du nombre de «riches», en Suisse, au succès prévisible de l’Union démocratique du centre.

Ce qui m’inquiète, avec l’UDC, ce n’est pas son discours, qui tranche heureusement, malgré quelques outrances, sur la bouillie antiraciste habituelle dans les gazettes bien-pensantes.

Ce qui me dérange, ce sont les méthodes : la propagande est pensée à Zurich, payée à Zurich, traduite à Zurich, et imposée telle quelle dans toute la Suisse, sans même que les sections cantonales aient été ni consultées ni même informées.

Ce centralisme au sein du parti est l’image de ce que serait la Suisse dirigée par M. Blocher et ses amis zuricois. Fini le fédéralisme ! Fol espoir que des assemblées de délégués donnant la parole à des Romands !

C’est de cette arrogance qu’auraient dû se plaindre les candidats romands de cette formation politique, et non du contenu de l’annonce, qui n’est probablement ni plus mensonger ni donc plus blâmable que la propagande des autres partis qui jouent aujourd’hui les vierges effarouchées.


Claude Paschoud

 

1   «24 heures» du 10 octobre, page 32

 
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Campagne publicitaire raciste… financée par les antiracistes !


C’est une grosse balle dans le pied que vient de se tirer la «Fondation contre le racisme et l’antisémitisme» avec sa campagne d’affichage véhiculant les clichés les plus éculés sur les Thaïlandaises, les Noirs, les Juifs ou les Kosovars. Vous l’avez peut-être lu dans votre quotidien habituel, photographies des affiches à l’appui.

On y voit notamment la tête hilare d’un Noir, sur arrière-fond de bananes et de noix de coco, avec l’inscription, en gros caractères : «Que font les Noirs à midi avec leur femme ?»

Un petit cartouche, en bas, contient la réponse en caractères minuscules : «Ils mangent, comme tout le monde».

Sur le même schéma, on voit la tête souriante d’une charmante Asiatique. «Que font les Thaïlandaises, la nuit venue» ? … «Elles allument la lumière, comme tout le monde».

«Comment les Juifs gagnent-ils leur argent ?»… «En travaillant, comme tout le monde» . Et «D’où les Kosovars ont-ils leurs autoradios ?» … «Ils les achètent, comme tout le monde en Suisse».

M. Sigi Feigel et Mme Susanne Alb, respectivement président et responsable de la Fondation contre le racisme et l’antisémitisme , estiment que cette campagne nationale d’affichage est volontairement choquante et déstabilisante, et veut «faire réfléchir  la population, en particulier les jeunes, sur la manière insidieuse de véhiculer des clichés».

On est stupéfait d’apprendre en outre que cette campagne, qui «vaut» 2 millions, n’aura coûté que 270'000 francs à la Fondation, grâce à une participation de 100'000 francs de la Confédération, et au cadeau des sociétés d’affichage et de l’agence de pub.

Telle qu’elle se présente, la campagne d’annonces a un caractère raciste et antisémite patent. Le fait même de poser la question : «Comment les Juifs gagnent-ils leur argent» suggère au lecteur le moins antisémite que ce n’est probablement pas «en travaillant» ou tout au moins pas en travaillant «comme tout le monde».

Et si on pose la question «D’où les Kosovars ont-ils leurs autoradios», c’est bien pour suggérer insidieusement qu’eux ne les achètent pas comme tout le monde en Suisse, mais qu’ils les trouvent, ou qu’ils les volent, ou qu’ils les achètent à des gens qui les trouvent ou qui les volent…

Et la minuscule réponse, en bas de l’affiche, ne sera pas lue ou ne convaincra pas ceux qui sont convaincus que toutes les Thaïlandaises, la nuit venue, se préparent à faire le trottoir, que tous les Noirs, dans leur cocotier, font des enfants chaque midi à leur épouse, et que tous les Juifs tirent leurs revenus du prêt à usure.

Loin de faire réfléchir sur l’origine de ces clichés, la campagne de la Fondation contribue à les diffuser et à en assurer la pérennité.

Quand j’étais jeune, on disait que les Appenzellois étaient petits, que les Thurgoviens et les Gitans étaient des voleurs, que les Neuchâtelois étaient «fourbes et courtois» et que les Bernois étaient lents. Les Français connaissent depuis longtemps la bêtise des Belges et des Suisses. On raconte aujourd’hui dans le monde entier des blagues sur les blondes.

A l’origine, ces clichés ne sont pas partis de rien. Est-il bien intelligent de continuer à les diffuser, fût-ce sous forme interrogative, pour y répondre, en tout petits caractères, de façon plate et sans conviction ?

Que fait un antiraciste quand il se veut choquant et déstabilisant ? Il diffuse des clichés racistes, comme tout le monde !

C.P.

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Bon anniversaire


Qui est-ce qui imprime Le Pamphlet depuis janvier 1981 ? C’est l’Imprimerie Beck1.

Qui est-ce qui dit : «Pas de problème» quand le rédacteur responsable ne parvient pas à respecter le délai rédactionnel ? C’est l’Imprimerie Beck.

Qui est-ce qui accepte avec gentillesse de procéder à l’ultime dernière correction de Max juste avant le tirage ? C’est l’Imprimerie Beck.

Qui est-ce qui corrige les imprécisions de notre maquette, blanchissant par-ci, resserrant par-là, afin d’obtenir la meilleure mise en page ? C’est l’Imprimerie Beck.

Qui est-ce qui nous fournit un excellent travail sans se préoccuper des critiques que pourrait lui valoir sa collaboration avec une «feuille d’extrême droite» ? C’est l’Imprimerie Beck. Et croyez-le, cela ne va pas de soi. A l’époque où nous enquêtions en vue de trouver l’imprimeur idéal, nous avons rencontré plusieurs «courageux» qui nous refusaient leurs services, officiellement pour des motifs idéologiques, mais plus probablement par crainte des ennuis. L’Imprimerie Beck considère fort sagement qu’un client est un client et qu’elle n’est pas responsable du contenu des textes qu’elle imprime, ce qui lui a, semble-t-il, réussi.

Car l’Imprimerie Beck fête cette année ses vingt-cinq ans d’existence.   Et qui est-ce qui a offert, le 29 septembre, une agape fraternelle à sa fidèle clientèle ? C’est l’Imprimerie Beck.

A Alain Beck, à Jean-Michel Péclard et à toute leur équipe, nous adressons nos félicitations, nos vœux et surtout nos remerciements, non seulement pour le gueuleton fort apprécié, mais aussi et principalement pour leur gentillesse, leur patience, leur souplesse, leur disponibilité et la qualité de leur travail.

Que l’avenir leur soit propice et puisse notre collaboration se poursuivre longtemps encore.

Réd.

 

1 Av. Dapples 34 A, 1006 Lausanne, tél. 021 616 50 53, fax 021 616 61 48, courriel alainbeck@imprimeriebeck.ch., site www.imprimeriebeck.ch

 



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[1] «24 heures» du 10 octobre, page 32




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Collection reliée

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Les numéros 1 à 300 du Pamphlet (années 1970 à 2000)

ont été reliés en un seul beau volume.

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Reliure d’une très belle toile bordeaux,

dos lisse avec inscriptions à la feuille d’or :

«le pamphlet» en caractère libra 1,5 cm de haut, 1970-2000 en bas. Volume enrichi d’un index (48 pages) de tous les articles, classés par rubrique, auteur, titre et sujet

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Il ne reste plus que quelques exemplaires !

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Prix : CHF 450 ou  € 300

frais d’emballage et de port en plus.

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Commandes à notre adresse : Le Pamphlet, case-ville 4047

1002 Lausanne

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ou par e-mail à lepamphlet@hotmail.com

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