Lausanne 31e année           «ne pas subir»          Mars  2001 No 302





Sommaire :

Dernières nouvelles

Editorial
Nous sommes dirigés par des nigauds
Disparition d'archives : Les soupçons de M. Klopmann
Bricoles
La générosité des CFF
Marche onusienne
Voir l’ennemi où il est !
Déracinement
Liberté d’expression


Dernières nouvelles


Amis lecteurs, vous êtes fantastiques ! Grâce à votre fidélité et à votre générosité, non seulement le Pamphlet est toujours debout, mais il paraîtra dix fois cette année encore. Soyez-en remerciés mille et mille fois.

Il y des moments où l’on se demande si le géant jaune n’est pas chargé de nous étouffer. En effet, depuis que le numéro 301 est venu prouver que nous n’étions finalement pas morts, la poste a découvert que le format de tous les exemplaires livrés en Suisse simplement étiquetés et non sous enveloppe était incompatible avec sa trieuse. On nous facture donc désormais 20 centimes supplémentaires par exemplaire pour cause de traitement spécial. Fort heureusement, la politique de rigueur que nous avons adoptée nous permet d’assumer cette charge supplémentaire en attendant de trouver une solution meilleure, si tant qu’elle existe. En effet, à moins de disposer dans chaque quartier, dans chaque village, d’un distributeur bénévole motorisé – nos lecteurs sont trop dispersés pour que la chose puisse se faire à pied -, nous sommes bel et bien contraints de recourir aux « services » de la poste.

Nous profitons de l’occasion pour signaler aux quelque huitante lecteurs qui n’ont pas encore payé l’abonnement minimal de fr. 35.- que nous comptons sur leur prochain versement. Ils nous épargneront ainsi les frais de rappel. Merci d’avance. Bonne lecture à tous.

Réd.


Editorial
Nous y voilà ! La Suisse aura son IVG – c’est le doux nom qu’on donne de nos jours à l’assassinat de l’être humain le plus inoffensif et le plus vulnérable qui soit : l’enfant à naître. L’interruption volontaire de grossesse sera désormais possible au cours des douze premières semaines de la gestation. Le 14 mars, le progrès faisait enfin son entrée dans le code pénal suisse, puisque ce jour-là le Conseil national, éliminant ses divergences avec le Conseil des Etats, adoptait – sous réserve de l’acceptation définitive et d’ailleurs acquise d’avance, le 23 mars, par les chambres réunies à Lugano - la solution dite « des délais », applicable – il faut bien faire des concessions en démocratie - si la femme enceinte peut invoquer une situation de détresse. Ah ! Les bons apôtres ! Comme si la notion de situation de détresse n’était pas purement subjective et donc totalement élastique ! D’ailleurs, le libéral genevois Jacques-Simon Eggly ne prend même pas la peine de feindre lorsqu’il déclare tout net: « (…) cette notion de détresse (…) permettra de mieux faire passer le projet devant l’opinion publique ». On va faire pleurer dans les chaumières ! Après, on fera ce qu’on voudra !
Bien entendu, personne n’est satisfait de cette solution de « consensus ». Les partisans de la libéralisation totale et les adversaires de l’IVG, qui se sont d’ailleurs courageusement abstenus de s’opposer à l’« arrangement » proposé, jugent ce dernier respectivement trop restrictif ou trop laxiste ; le PDC qui avait l’outrecuidance de prétendre défendre la vie, non en mettant en cause le pernicieux principe du délai de douze semaines, mais en imposant à la femme enceinte une consultation obligatoire est d’autant plus ulcéré que le Conseil fédéral, toujours au nom du respect de la vie, lui avait emboîté le pas.
Mais ce qui frappe surtout, dans ce  « non-débat », c’est qu’on n’y trouve plus trace des questions de fond qui ont animé les authentiques débats de naguère. La seule chose qui compte, comme le dit la socialiste zuricoise Regine Aeppli se référant à une initiative parlementaire déposée en 1993, c’est que : « Après huit ans de discussions, il est temps de trouver une solution ». Si au lieu de gaspiller huit ans à discutailler sur le moyen le plus adéquat d’administrer la mort à d’innombrables petits d’hommes non désirés ou non planifiés, on les avait consacrés à trouver des solutions – moyens de venir en aide aux futures mères en détresse réelle ou supposée, révision du droit de l’adoption, campagnes de « sensibilisation » rappelant que faire l’amour implique non seulement des droits, mais aussi des responsabilités, et pas seulement en matière de protection contre le sida - propres à assurer leur survie, nous n’irions pas au-devant d’une votation populaire dont, compte tenu de l’évolution des mœurs et des esprits, il y fort à parier qu’elle entérinera ce monument de cynisme et d’irresponsabilité qu’est l’IVG

Les questions essentielles ont donc disparu, le ton a changé. C’est ainsi que les femmes PDC ne veulent pas être mises « dans le même paquet que les opposants purs et durs ». C’est ainsi aussi que d’aucuns s’inquiètent de la liberté laissée aux cantons – on est fédéraliste ou on ne l’est pas ! – de désigner les établissements dans lesquels les IVG peuvent être pratiquées, craignant que ces cliniques ne deviennent « la cible des attaques de fondamentalistes anti-avortement ».

En cas de débat public, la discussion ne portera donc plus sur des principes éthiques, religieux, éducatifs, ou – pourquoi pas ? - civiques. Les adversaires inconditionnels de l’avortement ne seront plus simplement « dépassés », « réactionnaires », « rétrogrades », voire « traditionalistes ». Ils seront des « opposants purs et durs », des « fondamentalistes » - Gare ! les ayatollahs ne sont pas loin ! -, donc, bien entendu, des « extrémistes », de droite, cela va sans dire. Ils seront dangereux !

Et tout sera dit.

Le Pamphlet


 
Nous sommes dirigés
par des nigauds

Les Suisses sont très généralement respectueux de l'autorité, des dirigeants d'industries et des magistrats. Il y a trente ans, la distribution publique du «prix Cornichon» à M. le Conseiller fédéral Rudolf Gnaegi «pour l'ensemble de son œuvre» avait suscité non seulement l'intervention occulte de la police fédérale et le fichage du soussigné dans une liste d'officiers «suspects», mais des remarques courtoisement réprobatrices de nos meilleurs amis.

Aujourd'hui, le respect des hommes au pouvoir faiblit : les directeurs de Swissair étaient des arrogants sans compétence. Ceux de la banque Vontobel des incapables. Ceux des CFF et de la Poste sont des cupides qui s'octroient des traitements pharaoniques au détriment du personnel de base et des usagers, toujours plus mal servis.

Au niveau politique, ce n'est guère mieux : célébré comme le plus populaire de nos conseillers fédéraux, l'inénarrable Adolf Ogi laisse en partant du gouvernement un bilan catastrophique : une défense nationale squelettique et pourtant encore plus onéreuse, au profit d'une présence militaire de la Suisse dans tout le globe, au risque d'affrontements armés avec des gens qui ne nous ont rien fait. Monsieur le Secrétaire général de l'ONU, lui, ne s'est pas leurré sur les compétences réelles de ce Charlot, et lui a offert généreusement un poste de «conseiller spécial» sans objectifs, sans salaire, sans collaborateurs et sans bureau. Le malheureux en est réduit à se bercer de l'illusion d'un siège possible au CIO.

Passons vite, par charité, sur le cas de M. Leuenberger le piètre communicateur et sur celui de Mme Dreifuss, l'initiatrice d'une LAMal dont le ratage est douloureusement confirmé et la propagandiste d'une dépénalisation des drogues dites «douces»

Le Canton de Vaud n'est pas mieux loti : de Mme Francine Jeanprêtre engluée dans sa réforme EVM qui mécontente tout le monde, y compris, à 82 %, les maîtres qui l'avaient pourtant soutenue contre tout bon sens à M. Charles-Louis Rochat qui ne sait pas très bien si le déficit du canton est de 390 ou de 412 millions, en passant par M. Claude Ruey, tellement absorbé par son mandant de parlementaire fédéral qu'il n'a plus le temps ni de présider la Commission de libération ni de diriger son département.

Mais le pire est à Lausanne.

Dimanche 18 mars dans la nuit, des syndicalistes ne faisant pas partie de l'entreprise ont bloqué l'accès d'une imprimerie de la place, les «Presses centrales» et empêché la livraison de journaux, parce qu'il soupçonnaient la direction de cette entreprise de ne plus vouloir respecter la convention collective de travail.

Victime du délit de contrainte (réprimé par l'art. 181 du Code pénal), l'entrepreneur a fait appel à l'autorité. Le syndic (socialiste) et le municipal de la police (popiste) ont fait intervenir les forces de l'ordre qui se sont contentés de permettre au personnel d'aller travailler et d'assurer la sécurité des collaborateurs.

Désavoués par leurs partis respectifs, MM. Jean-Jacques Schilt et Bernard Mettraux se sont piteusement excusés de cette intervention, pourtant tout à fait justifiée, ont assuré le Conseil communal qu'ils avaient commis la plus grave erreur de leur carrière. Le syndic a même ajouté que la ville de Lausanne ne confierait plus de mandat à cette imprimerie si elle ne signait aucune convention collective !

Ces déclarations sont lamentables. Qui plus est, elles contreviennent à la législation relative aux marchés publics, comme le fait observer le service d'information de la Fédération patronale vaudoise, organisation pourtant peu suspecte d'hostilité systématique à l'endroit des conventions collectives de travail.

Les Lausannois sont consternés. Le rédacteur de «24 Heures» (1) rappelle à cette occasion les dossiers des ouvertures nocturnes, des terrains destinés à l'entreprise Kudelski, de la bourgeoisie d'honneur pour M. Samaranch, et note, sur cette dernière affaire qui «prend des proportions hallucinantes», qu'on imagine mal Mme Yvette Jaggi soumise à un tel chantage lorsqu'elle dirigeait la ville.

Les lecteurs de notre dodu confrère ne sont pas plus tendres à l'égard de nos édiles, qui «ne pourront à l'avenir assurer la protection de nos biens» ni faire respecter la loi lorsqu'il s'agira d'un conflit du travail (?!).

Un essayiste célèbre prétendait, il y a quelques années, que nous étions gouvernés par des malades. Le diagnostic est plus grave. Nous sommes dirigés par des nigauds.
 

Claude Paschoud

(1) du 23 mars, pages 1 et 16


Disparition d'archives :
Les soupçons de M. Klopmann
 

Le Conseil d'Etat vaudois a présenté à la presse, le 13 février dernier, les conclusions de l'enquête administrative commandée à M. Bertrand Sauterel, substitut du procureur général, au sujet de la disparition d'archives datant de 1939 à 1945 à l'office cantonal des étrangers.

Faisant suite au rapport du professeur André Lasserre, qui «n'avait pas été en mesure d'établir les circonstances exactes et les responsabilités de ces disparitions» le rapport Sauterel «n'a pas permis d'élucider les circonstances exactes dans lesquelles ces disparitions de dossiers ont eu lieu».

On sait juste, en ce qui concerne la période de disparition, que l'hypothèse la plus vraisemblable est que l'épuration doit avoir eu lieu «entre 1950 et 1987/1990».

Comme j'ai dirigé le service juridique de l'office cantonal des étrangers entre 1988 et 1990, et que j'étais, selon les termes de M. André Klopmann, rédacteur à «La Liberté» de Fribourg, «un collaborateur notoirement antisémite et révisionniste, auteur d'écrits ne laissant aucun doute sur le sujet» (1), je devais nécessairement avoir pris part à ces mystérieuses disparitions, si ce n'est dès 1950, du moins dès mon arrivée dans le service.

On sent que M. Klopmann est déçu et frustré que le rapport Sauterel me lave de toute accusation ou soupçon. De même, lorsque les collaborateurs et ex-collaborateurs de cette administration affirment à l'enquêteur «qu'il n'y avait pas trace à l'office de quelque idéologie ni doctrine antisémite ou raciste», M. Klopmann n'en croit évidemment pas un mot.

Dans un commentaire intitulé «Le soupçon», M. Klopmann précise sa pensée à l'intention des lecteurs particulièrement obtus, qui n'auraient pas saisi encore où est le coupable, impuni grâce à l'incompétence des enquêteurs : «(…) lorsque les archives 39-50 ont été déclarées perdues, beaucoup ont imaginé(2) que Claude Paschoud pouvait ne pas ignorer leur sort. Aujourd'hui blanchi par Claude Ruey, ce juriste doit se demander pourquoi il a été viré, naguère, par Claude Ruey».

Je vais décevoir M. Klopmann. Mon départ de l'ex-office cantonal des étrangers n'a aucun rapport avec cette affaire. Je ne me demande pas pourquoi M. Ruey m'a «viré» car ce point a été publiquement établi : selon la Cour civile du Tribunal cantonal, «il est hautement vraisemblable que le demandeur a été licencié en raison de ses opinions politiques, réelles ou supposées, et parce qu'il est le mari de Mariette Paschoud» (3)

Il est vrai que lorsque j'ai entièrement gagné le procès qui m'opposait à l'Etat de Vaud, en première et en seconde instance, mon camarade Claude Ruey et moi-même avons oublié de convoquer «La Liberté» et M. André Klopmann pour les en informer.
 

Claude Paschoud
 

(1)             La Liberté du mercredi 14 février 2001, page 14
(2)             en réalité peu de gens auraient pu imaginer une hypothèse aussi absurde,
                 s'ils n'avaient été incités à la croire par des crétins microcéphales (ndr).
(3)             jugement du 21 octobre 1994


Bricoles
 
 

Bourgeois d'honneur

En 1962, la commune de Belmont-sur-Lausanne avait octoyé le titre de «bourgeois d'honneur» à l'avocat autrichien Hans Deutsch, en échange d'une parcelle de 5000 m2 destinée au collège. Deux ans plus tard, le personnage était incarcéré en Allemagne pendant dix-neuf mois, soupçonné d'avoir inventé de fictives spoliations subies par ses coréligionnaires pendant la Seconde Guerre mondiale et d'avoir obtenu indûment des réparations de l'Etat allemand pour des préjudices imaginaires.

Depuis lors, Hans Deutsch s'est rendu à ce point insupportable à Belmont, par son côté «enquiquineur» et «marchand de tapis» (1) qu'une motion réclame le retrait de son titre.

On ne retire pas un titre de bourgeois d'honneur une fois qu'il a été décerné, et les membres du Conseil communal sont aujourd'hui bien mal venus de se plaindre d'un «marchand de tapis», certes éminemment douteux et peu sympathique alors même qu'ils avouent avoir monnayé cet honneur contre une parcelle de terrain.

A Lausanne, on est plus prudent.

Se sentant incapable de convaincre les groupes politiques, et notamment le sien, de la pertinence d'un tel geste, le syndic socialiste Jean-Jacques Schilt renonce à proposer au Conseil l'attribution de la bourgeoisie d'honneur à M. Juan Antonio Samaranch, président du CIO qui aurait pourtant mérité cent fois cette distinction.

En lieu et place, on propose de lui remettre symboliquement «les clés de la Ville», comme on le fait ordinairement aux organisateurs des kermesses les plus vulgaires. Quelle dérision !
 

(1) ce sont ses propres combourgeois qui le disent, et c'est la rédactrice de «24 Heures», quotidien peu suspect d'antisémitisme primaire, qui reproduit ces propos.
 

Les petits cadeaux entretiennent l'amitié
 

C'est curieux comme la presse est discrète dans les affaires qui mettent en cause sa propre probité intellectuelle et professionnelle.

Pour une fois, on a bien dû parler du cas de M. Alain Jeannet, rédacteur en chef de «Bilan», parce que les plaignants étaient eux-mêmes des rédacteurs de ce journal. M. Jeannet avait notamment bénéficié d'une montre de luxe pour le tiers de sa valeur.

Personne, en revanche, ne trouve curieux que les journalistes bénéficient gratuitement (et même pour leurs déplacements privés), du demi-tarif sur le réseau des CFF et de la compagnie Swissair.

Est-ce pour cette raison que les critiques à l'endroit de ces deux compagnies ont été si rares ces dernières années, qu'on a lu si peu d'enquêtes sur les prestations aux usagers, en constante diminution, sur les prix en constante augmentation et sur les salaires de ses dirigeants, qui ont suivi des courbes asymptotiques ?

Le Conseil suisse de la presse a rendu de nombreux arrêts. Si vous n'en trouvez aucune mention dans votre quotidien habituel, allez donc les lire sur Internet : www.presserat.ch !
 

Perte ?
 

Les autorités vaudoises qualifient de «perte» et de «mauvaise nouvelle pour le contribuable» le montant prélevé indûment dans le portemonnaie des résidents en EMS qu'il faudra bien leur restituer par ordre du Tribunal fédéral.

C'est un vocabulaire bien étrange, qui dissimule mal la rogne d'une administration supposée montrer l'exemple dans le respect de la loi, et qui la viole allègrement depuis plusieurs années, le sachant et le voulant.

Le coup de pied de l'âne vient de M. Michel Surbeck, l'auteur du détournement illégal : «Attention, il ne faudra pas oublier de signaler ce remboursement au fisc !»

A propos de fisc, je me réjouis d'apprendre à quel taux d'intérêt moratoire auront droit les malheureuses victimes de cette sur-facturation.

L'administration prétend différer encore les remboursements au motif que le canton doit demander un crédit au Grand Conseil. Le remboursement étant dû selon décision exécutoire de la plus haute instance judiciaire du pays, on voit mal comment le Grand Conseil pourrait s'y opposer. Ces atermoiements sont pitoyables.

Comment réagirait le fisc, encore lui, si je lui écrivais que je je ne peux pas payer mes impôts avant que j'en aie parlé à ma femme et qu'elle m'ait donné son feu vert ?


La générosité des CFF

Dans leur brochure 2001 intitulée Les lignes dans la main – afin que vous saisissiez toute la subtilité du jeu de mots, je me dois de vous préciser que la photo de couverture représente une femme montrant sa main – les CFF nous proposent toute une série d’offres alléchantes. Ainsi, les enfants de moins de seize ans, qui sont possesseurs d’une « carte Junior »,  voyagent gratuitement s’ils sont accompagnés d’au moins un parent. Cette dernière ne coûte que 20 francs par enfant, et à partir du troisième, c’est carrément gratuit. C’est une grande nouveauté : en effet, avant, pour 20 francs en tout, les enfants de moins de seize ans, quel qu’en fût le nombre, voyageaient gratuitement lorsqu’ils étaient accompagnés d’un parent, et les jeunes gens de seize à vingt-cinq ans avaient droit au demi-tarif !

Ne nous attardons pas sur ces petits détails sans importance, et remercions les CFF d’encourager les familles à voyager en train.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les jeunes gens sont au centre des préoccupations des CFF. En faisant l’acquisition pour 249 francs d’un abonnement demi-tarif, les personnes âgées de moins de vingt-cinq ans bénéficient d’un «voie 7» qui leur permet de voyager gratuitement depuis 19h.00 jusqu’au dernier train. Certes, avant, le «voie 7» était délivré indépendamment d’un quelconque autre abonnement, pour une somme inférieure à 90 francs, mais cette légère différence vaut-elle la peine d’être relevée ?

Bref, j’ai trouvé cette brochure – qui suggère à ceux qui veulent «voyager futé» de prendre «quelques minutes pour se faire une idée des offres CFF et de la meilleure manière d’en profiter» - très instructive. J’ai ainsi pu me rendre compte - en fait, je m’en doutais déjà – que les offres des CFF sont de moins en moins avantageuses et que la meilleure façon d’en profiter consiste à dépenser des sommes de plus en plus exorbitantes – notez que ce n’est pas si mal : les porte- monnaie trop remplis ont tendance à déformer les poches revolver !
 

Sophie Paschoud


Marche onusienne
(sur l’air de «Roulez tambours»)

Sautez, soldats, par-dessus la frontière,
Engagez-vous au milieu des combats !
N’écoutez plus ce que disaient nos pères,
Sauvez la paix en jouant les gros bras !

Montrez-vous dignes des plus braves,
Soyez toujours au premier rang !
De l’étranger nouveaux esclaves,       )bis
Sautez, soldats ! Sautez, soldats !      )bis
 

Sachez, soldats, qu’il n’est plus héroïque
De protéger le Pays des aïeux.
Mais sur le sol des autres Républiques,
Votre destin sera plus glorieux.

Ainsi, par votre sacrifice,
Vous sauverez sous d’autres cieux
Tous les dispensés de service.           )bis
Sachez, soldats ! Sachez, soldats !     )bis
 

Voyez, soldats, ceux qui déjà à Berne
Sont à genoux aux portes de l’ONU !
Ces foutriquets depuis longtemps vous bernent :
Comme autrefois, votre sort est connu.

Nos deux millions de mercenaires,
Qui ne sont jamais revenus,
Sont oubliés, quelle misère !              )bis
Voyez, soldats ! Voyez, soldats !       )bis
 

Jean du Déjau


Voir l’ennemi où il est !

Je le sais, j’y suis habitué depuis si longtemps : les concitoyens – français ou suisses – qui ne demanderaient qu’à m’entendre me trouveront encore trop radical, trop théorique, trop absolu ou abstrait. Et pourtant, je sais que j’ai raison contre eux tous ; je sais que je prends le mal politique et social de nos peuples d’Europe, de nos nations, à sa racine et que mon plan d’action est des plus réalistes, des moins utopiques qui soit, des plus pondérés aussi. Et je n’en démordrai pas !

Dans Le Temps, l’une des têtes du parti socialiste suisse, Christian Brunner, déclarait peu avant les dernières votations: «Il est clair que rien ne se fera sans une pression, et un score de 40% le 4 mars (sur l’initiative Oui à l’Europe) pourrait opérer cette pression.»

Dans les démocraties modernes, le vote populaire ne tranche jamais rien et ne décide rien non plus. Il n’est qu’un moyen de harceler le peuple jusqu’à ce qu’il cède à la pression. Tel est le respect de ce souverain par ceux-là même qui s’en réclament le plus ! Et ils ont absolument raison de le traiter ainsi, car c’est ce que mérite réellement un tel « souverain » qui est puni par où il pèche. La conception de la démocratie que j’évoque ici est celle-là même des anciens communistes de l’ex-Union Soviétique. Les socialistes leur ressemblent comme des frères, mais ils sont plus habiles, plus nuancés, plus patients.

La mauvaise foi de la classe politique est totale : l’an passé, le peuple suisse a été invité à accepter la procédure des accords bilatéraux avec l’Union européenne et toute la classe politique, dont l’ambassadeur Raymond Loretan (à Singapour), précisait avant cette votation que la question des négociations en vue de l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne ne se poserait pas après ce vote, que l’objectif de ce vote était précisément d’écarter dans l’immédiat la question de l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne. Il fallait alors diviser le camp des opposants. L’opération réussit, et le harcèlement reprit, contrairement aux promesses antérieures, après ce vote, immédiatement ! Il faut en être certain : tant que le peuple suisse n’aura pas capitulé devant les sectaires de l’Europe de Bruxelles, le harcèlement continuera, car la patrie de ces sectaires n’est pas la Suisse mais bel et bien l’appareil bureaucratique de Bruxelles et l’irresponsabilité politique qu’il favorise à grande échelle.

La démocratie moderne est un chantage permanent, parce qu’il y a deux types de citoyens : ceux qui sont de bonne foi et ceux qui ne le sont pas. Le procédé démocratique de prise de décision normal consiste à les confondre dans un même respect, dans la reconnaissance des mêmes droits, puis à autoriser les seconds à opprimer les premiers par tous les moyens légaux qu’ils se seront forgés à cet effet. Nous en avons déjà un exemple en Suisse avec l’article 261 bis du code pénal qui interdit toute forme de discrimination, loi Gayssot helvétique.

Il faut donc crever l’abcès de la démocratie moderne à sa racine et, de ce point de vue, le moyen le plus économique et le plus radical consiste à en dénoncer la composante cléricale la plus pernicieuse : celle qui dissimule une oppression par le chantage religieux.

Michel de Preux
 


Déracinement

Je n’ai suivi que d’assez loin le procès des kidnappeurs de Stéphane Lagonico. J’avoue que les procès à grand spectacle me laissent toujours une impression de malaise. Je n’arrive pas à croire que la justice puisse être rendue sereinement sous les feux des projecteurs, en présence d’une horde de journalistes qui attendent à la sortie avocats et magistrats pour leur extorquer des commentaires qui seront répercutés avec l’exactitude que l’on connaît dans les éditions du lendemain. Il ne saurait donc être question pour moi de commenter ce fameux procès et le verdict qui en a résulté.

Une chose m’a frappée, cependant. C’est que, à en croire le compte rendu de mon quotidien habituel, la seule circonstance atténuante reconnue à Christian Pidoux c’est son déracinement. Je ne conteste pas évidemment, que Christian Pidoux ait été déraciné, puisque ses parents adoptifs sont allés le chercher – tout comme son frère Marc, d’ailleurs – en Colombie alors qu’il avait quatre ans. Mais chacun connaît la faculté d’adaptation des très jeunes enfants, la facilité avec laquelle ils s’enracinent dans un nouveau milieu, surtout s’ils sont entourés de soins et d’affection, ce qui doit avoir été le cas des jeunes Pidoux, car l’ancien Conseiller d’Etat Philippe Pidoux ne donne pas l’impression d’être un bourreau d’enfants. Par ailleurs, si je m’aventurais à prétendre – ce qu’à Dieu ne plaise ! – que tous les enfants étrangers qui nous arrivent de partout sont des délinquants en puissance et qu’il conviendrait de les renvoyer à leurs racines, je m’attirerais sans nul doute les foudres de l’art. 261bis.

En fait, ce qui est mis en accusation, implicitement, c’est l’adoption, car tout enfant adopté peut prétendre avoir été déraciné, ne serait-ce que par rapport à sa famille biologique. C’est un fait connu que les enfants adoptés - qui sont souvent des étrangers pour la bonne raison qu’on ne trouve que très peu d’enfants à adopter chez nous – traversent un jour ou l’autre, en général à l’adolescence, une « crise d’identité » : ils souhaitent retrouver leurs vrais parents, ils idéalisent leur pays d’origine, ils reprochent même à leurs parents adoptifs tout déconfits de les avoir déracinés. Mais c’est un phénomène normal. Les enfants de parents divorcés reprochent à leurs parents leur divorce ou alors d’avoir divorcé trop tôt ou trop tard, les enfants sans père reprochent à leur mère de les avoir empêchés de connaître un géniteur vraisemblablement formidable en tous points et qui ne les a sans doute abandonnés que contraint et forcé. Quant aux enfants qui sont nés et ont vécu dans une famille traditionnelle, ils reprochent à leurs parents leurs méthodes d’éducation trop laxistes ou trop sévères, leur manque de compréhension, leurs habitudes bourgeoises et j’en passe. Une fois passée la crise, la plupart de ces adolescents deviennent des gens très bien, adoptés compris, ces derniers étant le plus souvent reconnaissants à leurs parents adoptifs de les avoir arrachés à l’orphelinat ou à la rue pour leur donner un foyer.

C’est donc un mauvais procès que l’on fait à l’adoption et, indirectement, aux couples qui adoptent des enfants. Mais, dans le cas qui nous occupe, c’était une bonne occasion d’administrer à Philippe Pidoux le coup de pied de l’âne. C’est une honte !

Mariette Paschoud


Liberté d’expression

Miséricorde ! Que de bruit ! Que de fureur autour de la pleine page publiée le 10 mars dans le Nouvelliste, à titre de publicité, par des opposants à la « gay pride » prévue à Sion en juillet prochain. Les homosexuels, les journalistes, et les progressistes de toutes obédiences en ont été frappés d’horreur. Il faut dire que les auteurs n’avaient pas fait dans la nuance, n’hésitant pas à parler de calamité, de décomposition des mœurs, de criminalité, de perversion, de péché mortel, le tout assorti de citations bibliques, de statistiques et de photos pas vraiment flatteuses pour les pédérastes et les lesbiennes.

La réaction du monde bien-pensant me paraît tout à fait naturelle, quoique quelque peu disproportionnée, et je trouve normal aussi qu’elle se soit manifestée librement, que tous ces gens choqués aient pu sans restrictions vouer aux gémonies dans les media les « affreux » qui s’en étaient pris à eux avec tant d’intolérance, qui prétendaient priver les homosexuels du plaisir de défiler dans les rues de Sion en affirmant bien haut leur «droit à la différence», sous les yeux du bon peuple et des petits enfants. Après tout, c’était un prêté pour un rendu et la liberté d’expression appartient à tout le monde.

Ce que je trouve beaucoup mois admissible, c’est que, quelques jours plus tard, le site Internet de Romandit, auteur du pavé incriminé, ait été fermé par le serveur, sous la pression des défenseurs de la liberté. Car, enfin, la liberté d’expression appartient réellement à tout le monde. Le fait de s’opposer à une manifestation jugée pernicieuse en avançant des arguments frappants ne constitue pas encore un appel à la discrimination ou à la violence et ne tombe pas plus, que je sache, sous le coup de la loi que le fait de réclamer l’interdiction d’une rencontre de skinheads, ce que ne manqueraient pas de faire nos champions de la tolérance si, par extraordinaire des «crânes rasés» prétendaient défiler dans les rues de Sion ou d’ailleurs. Si les serveurs se muent en agents de la Police de la pensée, il n’y aura bientôt plus moyen d’exprimer une opinion sur le Net. Imaginez qu’un serveur homophobe ferme des sites d’homosexuels ! Cela ferait un beau charivari !

Bien entendu, le Nouvelliste s’est vu reprocher d’avoir publié cette page de publicité. Il a plaidé non coupable et avec raison. Comme le fait remarquer François Dayer, rédacteur en chef du NF en revenant sur le sujet dans son éditorial du 31 mars, «( …) Le contenu de la publicité n’engage pas la rédaction et ne met pas en cause la ligne du journal. Sinon, toute la presse romande,  si violemment europhile, devrait refuser toutes les pubs blochériennes qu’elle diffuse à longueur de pages. (…)» Voilà qui est envoyé !

M.P.