Lausanne 29e année «ne pas subir» Février 1999 No 282

 

Sommaire :

Controverse
Courrier
 
 

 

Controverse
 
Dans "Le Pamphlet" de janvier 1999, nous avons publié une lettre ouverte de M. le Colonel EMG Marc Charbonney qui adressait de vives critiques à l'organisation actuelle de l'armée et à ses concepteurs, tout en se plaignant de notre confrère "Notre Armée de milice" (NAM), dont les rédacteurs sont tous coupables à ses yeux - Mme Marie-Madeleine Greub exceptée - de "servilité à l'égard de la hiérarchie militaire".
Cette lettre a irrité un autre lecteur, M. le Colonel EMG Jaques Michel, dont on trouvera la réaction sous la rubrique "courrier" de ce numéro.
On observera que ce n'est nullement la critique d'Armée 95 ou d'armée 200X qui a suscité la colère du colonel Michel, ni les appréciations peu flatteuses de son ex-collègue au sujet de MM. Villiger, Ernst, Brunner ou Ogi, mais le coup de griffe destiné à la rédaction de "Notre Armée de milice", qui ne "daigne ni publier les points de vue du colonel EMG Charbonney, ni même en accuser réception".
Nous sommes des lecteurs fidèles de NAM, cadet du Pamphlet de 3 ans, depuis sa création, soit depuis plus de 25 ans. Or, si nous n'avons pas toujours partagé les positions de M. Jean-Hugues Schulé, son fondateur-rédacteur-administrateur et âme de la revue, nous n'avons jamais eu le sentiment que ce confrère s'était rendu coupable de servilité à l'égard de la hiérarchie militaire, bien au contraire.
Je peux comprendre aussi que le ton de notre estimé correspondant soit jugé moins adapté à un mensuel d'informations militaires qu'à un périodique à vocation pamphlétaire, constatation qui a peut-être incité la rédaction de NAM à écarter les vertes réactions de ce lecteur.
Mais même si les rédacteurs de NAM ne sont point serviles à l'égard de la hiérarchie militaire, ils semblent néanmoins partager tous, grosso modo, la doctrine du Conseil fédéral en matière de défense. Or, cette doctrine, il n'est point stupide d'en débattre et les critiques à son endroit ne me paraissent point dénuées de fondement.
Le chef du département de la défense, de la protection de la population et des sports, le sympathique commis-voyageur de la candidature de Sion pour les Jeux olympiques de 2006, a-t-il la pointure nécessaire à la conduite de notre défense militaire ? La crise d'identité de notre politique de défense, depuis l'effondrement apparent de l'empire soviétique, ne va-t-elle pas déboucher à terme sur l'affaiblissement, voire la suppression de l'armée au profit de "gadgets" aussi inutiles que coûteux mais politiquement corrects, comme le "partenariat pour la paix", les "mesures de confiance et de sécurité" ou le recours à la troupe pour la "protection des personnes et des biens" ou pour assurer le service d'ordre.
Dans son excellent "L'avant-guerre civile", le philosophe Eric Werner s'inquiète aussi de cette dérive issue de l'illusion que la Suisse n'a plus d'ennemi externe.
Bien entendu, il n'est pas surprenant que tous nos officiers généraux professent aujourd'hui, même s'ils sont doués individuellement d'une intelligence largement supérieure à la moyenne, les mêmes âneries que le Conseil fédéral : ils y sont professionnellement tenus en vertu de leur devoir de fidélité, des rapports hiérarchiques et ils y ont été "drillés" lors de leur stage de formation au commandement IV (ex-école centrale IV).
Certains d'entre eux, nous le savons, ne croient pas plus que nous aux vertus des "Swiss peace keepers" et autres hochets onusiens, mais ils évitent de le proclamer trop haut. Non par lâcheté, mais parce qu'ils savent pouvoir exercer, dans leur sphère de commandement et durant la période actuelle de quasi-anarchie, une influence bénéfique sur la troupe qui aura peut-être un jour à se battre.
De ce point de vue, ils assument dans la défense armée le même rôle que les bons instituteurs dans l'école publique, qui continuent d'enseigner l'essentiel malgré EVM, malgré une chève de département dont tout le monde parle mais que personne ne voit, malgré des chefs de services pléthoriques et doctrinaires, et contre même l'avis des parents et des associations prétendument représentatives d'iceux : tenir.
Ceux-ci comme ceux-là sont persuadés, et on l'espère avec eux, que le balancier nous ramènera un jour des magistrats moins sots, des politiques plus lucides et des "experts" moins myopes.
Pour l'heure, ils en sont réduits à se cacher pour travailler bien, ou à marcher dans le rang, ou à partir.
Mais même ceux qui partent n'acquièrent pas, du coup, une totale liberté d'expression puisqu'une critique, même fondée et constructive, sera qualifiée de "déplorable" par ceux qui professent un attachement si inconditionnel au respect hiérarchique que toute réserve exprimée sur l'omniscience du Conseil fédéral ne peut, à leur avis, "que desservir notre armée".
On m'a déjà chanté cette chanson il y a vingt-six ans, lorsque le Pamphlet avait décerné le "Prix Cornichon" à Rudolf Gnaegi, alors chef du département militaire fédéral. : à l'époque, un imbécile revêtu du grade de général de division avait estimé publiquement que j'étais "le plus grave danger pour la défense nationale".
Même Roger de Diesbach a remarqué "la méfiance, pour ne pas dire la haine, que nos commentateurs en uniforme (qu'il appelle des virtuoses du stylo 9 mm) développent souvent à l'encontre de la presse civile et de la liberté de la presse".
Nous avons déjà consacré tant d'articles déjà à cette incompréhension entre l'armée et la presse que nous n'y reviendrons pas ici.
Mais comme les officiers en activité de haut grade ne peuvent pas dire publiquement autre chose que le chef du département, il est nécessaire que les anciens instructeurs ou les officiers de milice aient le courage de parler. Au point où nous en sommes, je crois fermement que toute critique de la déliquescence actuelle ne pourrait que servir à la cohésion de notre défense, et non pas desservir notre armée.

Claude PASCHOUD


Courrier

Le colonel EMG Jaques MICHEL,
officier de carrière à la retraite,
tout en vous adressant quand même ses cordiales salutations, vous envoie ci-joint une photocopie de sa carte de ce jour au colonel EMG Marc Cahabonnex et se permet de vous mettre amicalement en garde contre les conséquences possibles (par exemple désabonnements) d'une telle publication, aussi fausse qu'injustifiée dans les circonstances actuelles.
Corseaux, 8.2.1999
Annexe :
 
 
Le colonel EMG Jaques MICHEL,
officier de carrière à la retraite,
a le re regret d'informer son ex-collègue le colonel EMG Marc Charbonney que la lettre ouverte publiée par "Le Pamphlet" de janvier 1999 et intitulée "A l'heure des bilans : quo vadis Armée suisse ?" est aussi stupide que dénuée de fondement. En effet, une lecture même superficielle des numéros 8-10/1998 et 1/1999 de "NAM" montre que cette revue militaire romande est actuellement ouverte à tous les courants d'opinion touchant notre défense générale et que parler de "servitude des rédacteurs" - NB : en particulier Mme Greub ! - à l'égard de la hiérarchie militaire" ne correspond pas à la réalité.
En tout état de cause et d'opinions sur le sujet, une critique aussi virulente ne peut que desservir notre armée et il est déplorable qu'un ancien officier instructeur en soit arrivé là !