Lausanne 27e année            «ne pas subir»           Mai 1997 No 265

Sommaire :

Union européenne
Exportations d’armes
Les petits soucis du monde estudiantin
Drug-art
Votation vaudoise



Union européenne
 
L’initiative déposée par les Démocrates suisses et par la Lega dei Ticinesi le 21 janvier 1994, et sur laquelle nous aurons à nous prononcer le 8 juin, vise à introduire un un nouvel article dans les dispositions transitoires de la Constitution ayant la teneur suivante : "Toutes les négociations entamées, avant le vote du peuple et des cantons sur l’initiative populaire fédérale "Négociations d’adhésion à l’UE : que le peuple décide !", en vue de l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne (UE) sont rompues. De nouvelles négociations ne peuvent être entamées sans l’accord du peuple et des cantons"

Cette initiative a soulevé contre elle une unanimité touchante de la classe politique : au Conseil national, elle n’a recueilli que 10 voix et aucune aux Etats. Elle est même combattue par la Fédération patronale vaudoise et par la Nation, peu suspects pourtant d’europhilie systématique.

L’argumentation du Conseil fédéral se résume en ceci que l’initiative introduirait un bouleversement des institutions par un renversement des compétences entre le gouvernement et le parlement et le peuple. "Si l’initiative était acceptée, prétend le Conseil fédéral, le peuple et les cantons devraient se prononcer sur un accord dont ils ignoreraient la portée, puisque celle-ci ne serait connue qu’après la conclusion des négocations". Et plus loin : "La demande est sans objet (…) Aucune négociation d’adhésion à l’Union européenne n’a donc eu lieu à ce jour. Les pourparlers en cours ne portent en aucun cas sur une adhésion. Ils doivent déboucher sur des accords bilatéraux dans des domaines précis".

Si les négociations que la Suisse a entamées avec l’Union européenne ne portent en aucun cas (sic) sur une adhésion, le gouvernement n’a aucun souci à se faire : elle ne seraient donc pas rompues en cas d’acceptation de l’initiative, puisque celle-ci traite expressément de négociations en vue d’une adhésion de la Suisse à l’Union européenne.

Pour ce qui est de la suite, le Conseil fédéral dit au peuple en substance ceci : "Ne criez pas avant de savoir comment vous serez mangés. Et c’est précisément notre responsabilité de négocier avec l’Ogre votre disparition dans les meilleures conditions possibles. Attendez de savoir d’abord si l’accord prévoit que vous serez rôtis, bouillis ou mangés tout crus. Ensuite, vous aurez l’occasion de vous prononcer sur l’accord, puisque vous en connaîtrez la portée".

A cela, les initiants rétorquent qu’ils ne veulent pas être mangés du tout. Et que cela leur paraît une bonne idée que le Conseil fédéral le sache avant de commencer à discuter avec l’Ogre sur la longueur des fourchettes ou sur le prix du repas.

L’exercice du droit de vote présuppose que l’on connaisse exactement l’enjeu de la votation, dit le Conseil fédéral. Mais s’il s’agit d’entamer des négociations d’adhésion à l’Union européenne le contenu de l’accord (soit le prix du ticket d’entrée) est sans importance pour ceux qui ne veulent pas entrer. Quant à la question de savoir dans qui on entrerait, il n’est que d’ouvrir les yeux pour le voir.

Quelqu’un s’imagine-t-il que la Suisse pourrait bénéficier, au sein de l’Union, d’un statut spécial ménageant ses particularité, ou mieurx encore que les Quinze seraient disposés à modifier l’Accord de Maastricht pour le rendre compatible avec l’exercice de notre démocratie semi-directe, et introduiraient donc dans les institutions de Bruxelles un droit de référendum contre les ukases de la Commission ?
Le Conseil fédéral nous dit que l’initiative est superflue, car son acceptation obligerait à organiser deux votations – une avant les négociations et une après les négociations – sur une éventuelle adhésion à l’UE.
Il n’y aurait deux votations que si la première autorisait le gouvernement à entamer des négociations. Dans le cas contraire, il n’y en aurait qu’une et tout serait dit.

Et si le peuple et les cantons autorisent le Conseil fédéral à entamer des négociations d’adhésion, et qu’ils acceptent donc le principe d’être mangés, il n’y aura effectivement pas grand chose à négocier si ce n’est le délai.

Pour tout autre accord bi- ou multilatéral, où le rôle naturel de chaque organe, Conseil fédéral, Assemblée, peuple et cantons méritait d’être maintenu, j’aurais partagé l’avis de la Fédération patronale.

Mais pour un objet qui met en jeu l’existence même de la Confédération, sa survie ou sa dissolution, un avis préalable du souverain me paraît opportun.

Je voterai OUI.

C.P.


Exportations d’armes
 
"La presse de gauche a découvert récemment la double vocation du "Pilatus" et n’a pas tari de quolibets sur l’hypocrisie de la maison de Stans et sur le double langage des autorités fédérales chargées de délivrer les permis d’exportation…" écrivions nous en janvier 1985. Nous proposions à ces bons apôtres un langage clair que nous pourrions reproduire aujourd’hui sans y changer une virgule.
Ce serait sans doute peine perdue, car l’angélisme politique a fait depuis des progrès, même au sein du Conseil fédéral ou du Parlement.

En matière d’exportation d’armes et de matériel de guerre, ainsi que de matériel pouvant servir à des fins aussi bien civiles que militaires, les autorités tiennent un langage ambigu : en gros, ils partagent l’avis des initiants, et veulent aussi soumettre l’exportation de ce matériel à un contrôle strict. Nous avons une loi restrictive, "exemplaire" depuis 1972, explique le Conseil fédéral. Un complément a été adopté par le Parlement en 1996, qui sera mis en vigueur vraisemblablement au début 1998 : les biens non exclusivement militaires sont aussi réglementés.

D’un autre côté, le Conseil fédéral observe avec pertinence (ce qui affaiblit la portée de ses protestations de sévérité) que si l’initiative était acceptée, les pays auxquels nous ne livrerions plus ne seraient pas gênés de s’approvisionner ailleurs.

L’initiative est une sottise, bien entendu. Nous voterons NON. Mais la loi de 1972 et son complément de 1996 en sont une autre. Il faut vendre ce que nous produisons à n’importe quel client solvable, sauf à nous ériger en juges de tous les éventuels conflits du monde.

Vous voulez nous commander des radars ? A quelle fin ? Pour protéger votre espace aérien ! mais alors c’est du matériel de guerre. Pas de livraison. Vous dites que vous voulez juste vous prémunir contre un risque d’agression et protéger des population civiles ? J’veux pas l’savoir ! Des véhicules tous-terrains ? des jumelles ? Ça va pas, non ? Pourquoi pas des canons DCA de 20 mm pendant que vous y êtes ? Vous n’avez qu’à repousser l’assaillant avec des catapultes, ou des sarbacanes. Nous n’allons pas nous rendre complices d’une prolongation des conflits en vous livrant de quoi vous défendre. Plus vite vous serez vaincus, et plus vite la guerre sera finie.

C.P.



Les petits soucis du monde estudiantin

Au mois de février dernier, un certain monsieur Denis Ramelet, étudiant en droit, se fait élire au bureau de la FAE (Fédération des Associations d’Etudiants). Cet événement parfaitement anodin vire au film d’horreur lorsque les gens bien-pensants de l’organe suprême de la Fédération découvrent que derrière ce regard timide se cache un esprit diabolique: en effet,- horreur, stupeur et consternation - ledit Ramelet, a sournoisement caché qu’il faisait partie de la Ligue vaudoise.

La FAE ne trouvant aucun article dans ses statuts concernant les élections et par conséquent leur annulation, décide donc de recaler " l’affreux ", à vingt voix contre six, au motif que - à défaut de pouvoir invoquer la sorcellerie - le fait d’annoncer son appartenance à une organisation politique est une règle tacite.

Mais la Fédération des Associations d’Etudiants étant intellectuellement parfaitement honnête, elle offre, dans sa grande générosité, une deuxième chance à Denis Ramelet, dont l’élection est comme par hasard refusée à treize voix contre douze. Mais que voulez-vous, c’est ça la démocratie!

Quelques semaines plus tard, nous apprenons que le CLOU (comité de liaison contre Orchidée à Lausanne) convoque une assemblée générale pour le 9 avril, afin d’y voter une grève. Très bien, très bien, mais au fond qu’est-ce que le CLOU? Eh bien, c’est le comité de liaison contre Orchidée à Lausanne. Voilà qui est fort intéressant, mais encore? Mais encore rien du tout, et cela n’a aucune importance. Il paraît en revanche assez intéressant de constater que la " démocratique " FAE soutient totalement et activement ce mouvement et agit de ce fait au nom de tous les étudiants de Dorigny.

La fameuse grève est donc votée le 9 avril par quelques sept cents étudiants- alors que nous sommes environ neuf mille sur le site de Dorigny, ce qui relativise un peu les choses.

Les principales revendications des grévistes sont le retrait de l’avant-projet de loi sur l’université, ainsi que
l’abandon de toute mesure visant à faire des économies. En plus de cela, ils exigent une université non sexiste dans son accès, ainsi que, aussi étonnant que cela puisse paraître, la création d’ enseignements d’économie alternative, à savoir marxiste, et d’études féministes.

En voyant le nombre incalculable de filles se baladant dans les couloirs de l’université, une amie et moi-même interpellons un jeune homme distribuant des tracts pour lui demander en quoi l’accès à l’université est actuellement sexiste. Après s’être quelque peu remis de sa surprise - il avait accepté de distribuer des tractes, mais on ne lui avait jamais dit qu’il devrait en plus en expliquer la terminologie - il nous raconte que sa copine, ayant deux frères et une soeur, n’a pas pas pu entrer à l’université, car son papa, qui n’a pas beaucoup d’argent, a décidé de n’y envoyer que ses fils.

Nous en déduisons donc que par un "accès non sexiste", les grévistes exigent de l’université qu’elle éduque les papas conservateurs qui n’ont rien compris à la vie d’aujourd’hui, ce qui nous paraît être un projet bien ambitieux.

Nous décidons cependant de nous contenter de cette réponse et demandons à notre petit camarade en quoi consisteraient des études féministes. Apprenez, chers lecteurs que c’est " ouais, mais en fait parce que maintenant l’étude des sciences humaines n’est vue que d’un point de vue masculin.". Nous voilà tout à fait renseignées et proposons de ce fait à ce jeune homme de continuer bravement la distribution de ses tracts.

La grève a à peine commencé qu’apparaît un petit mouvement d’opposition, le CREE (Comité pour une
Représentation Equitable des Etudiants), qui a été lancé " suite à plusieurs affaires douteuses quant à la
représentativité réelle de la FAE" et demande que " la FAE réforme son fonctionnement de manière à prendre des décisions reflétant l’opinion de la majeure partie des étudiants, notamment à travers la prise de décisions au suffrage universel, ce qui existe déjà à l’Uni de Berne et fonctionne très bien"

Vous voyez déjà à quel point ce comité est politiquement incorrect, vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que Monsieur Denis Ramelet en fait partie. Bien que ce soit un petit comité qui fait fort peu de bruit, il parvient à effrayer, ou au moins déranger, les sympathisants de la grève.

Un certain " Groupe Regards Critiques" décide donc de discréditer le CREE. Mais comment discréditer un
mouvement qui dit des choses des plus pertinentes quand on n’a pas d’argumentation? Rien de plus simple: on profite du fait que Denis Ramelet en fait partie pour écrire toute une tartine sur les tares de la Ligue vaudoise: on rappelle sa position sur EVM 96, on ressort une fin de phrase de Marcel Regamey, reprise d’un article de la Nation datant des années quarante, afin de prouver que cette organisation est fasciste, puis, comme pour prouver à quel point on est crédible, on nous rappelle que Monsieur Olivier Delacrétaz est secrétaire de la Ligue Vaudoise - au cas où certaines personnes aux sources douteuses se seraient imaginé qu’il en était le président.

Après quelques petites semaines de bruit, de manifestations, de propagande au sein de l’Université - propagande parfaitement inutile, puisque les uns prenaient fait et cause pour la grève dès le début, alors que les autres y étaient et y sont restés opposé -, après une multitude d’assemblée générales auxquelles tous les étudiants étaient invités, mais où seuls ceux qui étaient favorables au mouvement pouvaient s’exprimer sans se faire aussitôt huer, après avoir fait courir monsieur le conseiller d’Etat Schwaab dans tous les sens - lequel a, soit dit en passant, été parfaitement stupide d’entrer en matière avec une bande de petits gauchistes prétendant interdire la moindre mesure d’économie, mais étant à côté de cela parfaitement incapables de proposer une solution adéquate, sous le prétexte que ce n’est pas leur rôle -, les grévistes ont cessé leur combat, ce, comme par hasard, à un moment où les examens se trouvent être dangereusement proches, tout en se réservant le droit de le reprendre au mois d’octobre. Pourquoi au mois d’octobre? Parce que c’est la rentrée universitaire, et que les contestataires ont peut-être au moins compris qu’il serait des plus grotesque de faire la grève à un moment où les cours n’ont de toute
façon pas lieu. Allez savoir...!

Sophie Paschoud



Drug-art

Nous connaissons déjà diverses formes de l’art moderne : le minimal art, le people art, le pop-art de Warhol, qui consiste à colorier des affiches publicitaires en bleu, rose, jaune pour les aligner ensuite. On connaît Christo et ses emballages de monuments et bâtiments célèbres. On connaît moins bien le drug-art nord-américain dont les coloris en clair-obscur relèvent de la diplomatie et de l’hégémonie des Etats-Unis.

Dans vos informations quotidiennes, où pullulent les multi-médias, sur votre petit écran en particulier, vous voyez défiler les actions filmées de la lutte contre la drogue en France, aux USA et ailleurs. Vous verrez donc, dans un quartier chaud de Paris, des policiers en uniforme et en civil suivre, grâce aux moyens infra-rouges, la piste d’un petit dealer, souvent africain et immigré clandestin, dernier maillon d’un réseau de distribution. Les inspecteurs se précipitent et arrêtent l’individu qui, vérification faite, est vraiment un clandestin. Punissable pour distribution illégale de drogue, il sera enfermé quelques jours dans le sous-sol d’une préfecture, avant d’être embarqué dans un avion à destination de son Bourkina-Fasso natal. Le citoyen de l’Hexagone est satisfait de l’efficacité de la police nationale et de sa lutte anti-drogue, quand bien même la lecture des journaux nous apprend que des responsables du maintien de l’ordre se suicident presque quotidiennement avec leur arme de service, et que certains policiers refusent de pénétrer au coeur des quartiers chauds en ville et en banlieue.

Mais que se passe-t-il donc au-delà de la Mare aux Harengs, en Amérique du Nord, en Amérique centrale, en Amérique du Sud, en matière de lutte contre la drogue qui s’écoule si facilement aux Etat-Unis et dont la consommation ne cesse d’augmenter, malgré les spots brûlants offerts aux téléspectateurs ?

Récemment, le Congrès réclamait des sanctions contre le Mexique, principal fournisseur de cocaïne, qui considère les mesures prises contre lui comme des pressions inadmissibles et une atteinte à sa souveraineté. Il faut voir que la guerre à la drogue se substitue progressivement à la guerre contre la subversion, ce qui permet aux Etats-Unis de camoufler, en proclamant qu’ils luttent contre la drogue, un nouvel interventionnisme de nature militaire, dans les Etats sud-américains en particulier. La consommation mondiale de drogue ne cesse d’augmenter, mais la marche des Etats-Unis vers l’hégémonie mondiale ne s’arrête point, elle non plus. La lutte contre la drogue sert d’alibi à la politique des USA.

A priori, le Président Clinton veut poursuivre la politique entamée par ses prédécesseurs en matière de lutte contre la drogue. Il pense même élargir le champ des activités anti-drogue, de même qu’il a voulu élargir le domaine du libre-échange en créant le traité de l’ALENA qui devait permettre la libre circulation des marchandises entre les USA et le Mexique notamment. L’échec est évident. En une année, un million d’immigrants illégaux on pénétré sur le territoire des Etats-Unis. Mais en contre-partie, les administrations américaines ont autorisé les propriétaires américains des territoires frontaliers à accaparer les réserves d’eau et à les contrôler à leur profit. Du côté mexicain, donc, les producteurs de fruits et légumes, qui exportent principalement vers les USA, ont vu leurs récoltes dépérir et leurs affaires péricliter presque totalement. Paradoxalement, la libre circulation des personnes entre les USA et le Mexique a pris un drôle d’aspect : pour empêcher la transmigration mexicaine, les Etats-Unis on construit une "fence", clôture de plus de mille kilomètres, avec des systèmes de détection modernes et même un barrage électrifié qui interdisent les passages clandestins. Les contrôles sont devenus plus sévères et le nombre des agents du contrôle de l’immigration a presque doublé. Des agents en civil se sont infiltrés dans la zone frontalière mexicaine pour mieux organiser la prévention.

Voici quelques exemples qui illustrent la politique actuelle des USA en ce qui concerne la drogue et la véritable lutte contre les narco-trafiquants. En 1989, le Président Bush avait officiellement associé les forces armées américaines à la stratégie nationale de contrôle de la drogue, en les chargeant essentiellement de tâches de détection et de surveillance. Depuis lors, pour surveiller les Caraïbes ou les Andes, le Pentagone recourt aux satellites, aux radars et à tous les systèmes de détection utilisés pour épier l’URSS et Cuba. Plusieurs services différents sont maintenant chargés de participer à la lutte anti-drogue, soit sous commandement militaire, soit sous la direction d’une administration civile. La rivalité qui oppose ces services a déjà abouti à des confrontations parfois mortelles entre Américains, chose bien inquiétante pour Bill Clinton. Les méthodes sont donc discutables.

Mais reprenons le fil de notre sujet et examinons de plus près l’état réel des relations entre la Colombie et les USA. Le moins qu’on puisse dire est que le temps n’est pas au beau fixe, comme le démontre la démission d’un colonel colombien, Carlos Alfonso Vélasquez, quand on sait que ce militaire a été contraint à démissionner pour des raisons qui ne mettent pas seulement en cause l’inefficacité de la lutte anti-drogue dénoncée à Washington même par Mme Colleta Youngers. Plus sérieux sont les documents qui prouvent la collusion entre l’armée colombienne et les groupes paramilitaires qui sont fort nombreux, et le fait que l’aide accordée à la Colombie pour combattre la drogue et le narco-trafic a été en réalité utilisé dans des actions anti-subversives. Les Etats-Unis ont voulu arracher à la Colombie un traité d’extradition des narco-trafiquants, mais cette dernière a refusé. Les USA ont donc rayé la Colombie de la liste de leurs subventions. Mais les groupes du Southern-Command restent en place, ainsi que, ce qui pourrait nous paraître invraisemblable, des zones privilégiées réservées à de petits trafiquants intouchables parce que très utiles aux services de renseignement. Dans ces zones, la drogue et les dollars circulent en toute officialité. Il n’y a là rien que de très explicable, car les Colombiens ont réussi à joindre la lutte anti-drogue à la lutte contre la subversion toujours active en Amérique du Sud, comme le montre la prise d’otages à l’ambassade du Japon à Lima. Or, qu’on le veuille ou non, les forces armées américaines participent à cette lutte depuis plus d’une génération, sous toutes les latitudes sud-américaines, des Andes à la Terre de Feu. La fin justifie les moyens, et c’est bien sous le couvert de la lutte contre les narco-trafiquants que les forces anti-subversives, qu’elles soient nationales ou paramilitaires, peuvent obtenir les meilleurs résultats contre les "insurrectionnels" !

Et l’Amérique du Nord tient à conserver son influence dans des pays dont la politique et l’économie dépendent inexorablement de celles des USA, au détriment de leurs propres citoyens

Combien ridicules nous ont donc semblé les intervention du président de l’Hexagone au Brésil, vantant l’alliance franco-brésilienne ! L’oncle Sam a dû rire dans sa barbe des rodomontades euro-gauloises !

Bill Clinton a rêvé de faire appliquer un certain nombre de lois pour contrarier, au moins chez lui, les narco-trafiquants. En 1996, le parlement européen a contraint à Bruxelles un ambassadeur colombien à la démission. Actionnaire d’une société familiale, il convoitait les terres de petits paysans et avait recours à des groupes paramilitaires pour contraindre ces derniers par la force armée.

Triboulet (fou du roi)



Votation vaudoise
 
En même temps qu’ils seront interrogés sur les trois objets fédéraux, les citoyens vaudois devront se prononcer sur deux modifications constitutionnelles. L’une concerne la réduction du nombre de députés au Grand Conseil dont le nombre ne figure pas dans la Constitution actuellement. Ils sont aujourd’hui deux cents et le projet de modification consiste premièrement à en fixer le nombre à cent quatre-vingt à l’article 33 de la Constitution. Il s’agit ensuite de remplacer les arrondissements électoraux actuels pour les faire coïncider avec les districts.

Cette double nouveauté est sage, bien qu’il eût fallu diminuer le nombre de députés à 160, voire même à 120 : l’expérience démontre qu’à chaque législature, il n’y a jamais plus d’une vingtaine de députés qui ont quelque chose d’intelligent à dire, tous partis confondus. Les autres votent comme disent les leaders. On peut donc parvenir à des résultats identiques quel que soit le nombre d’élus, si les proportions restent constantes.

Nous dirons OUI à cette modification.

La deuxième modification vise à supprimer la limite de 2 conseiller d’Etat par district. Le Grand Conseil a adopté ce projet le 12 mars dernier et nous explique qu’une telle restriction fait inutilement obstacle au choix des meilleurs candidats possibles. La composition actuelle du conseil d’Etat n’est effectivement pas brillante, et on est prêt à croire que les élus n’étaient pas les meilleurs candidats possibles. Mais on serait curieux de savoir qui les partis nous auraient proposé, à la place des médiocres actuels, si la limite de 2 conseiller d’Etat par district n’avait pas existé.

Nous voterons NON à cette modification.

C.P.