Lausanne 27e année                         «ne pas subir»                                  Janvier 1997 No 261

Sommaire :

A mes lecteurs du Pamphlet
RIVAROL Le Tacite de la Révolution
Albanie 1996/1997
Bricole


A mes lecteurs du Pamphlet
 
"Il ne s'agit plus du tout de discourir sur ce que doit être l'homme de bien, mais de l'être."

Marc-Aurèle

"A la liberté sans frein des opinions se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n'aura jamais assez d'horreur et que certains hommes osent avec tant de bruit et tant d'insistance, demander et étendre partout".

Grégoire XVI

"Au nom de quoi condamnerais-je le génocide, me disait un étudiant, s'il a sa place dans une culture qui le légitime et qui, a priori, est aussi respectable que la mienne ?"

Jean-Marie Domenach

 
 
Dans son éditorial de décembre dernier, M. Claude Paschoud écrivait : "...dame, il n'est pas toujours aisé de suivre la pensée de Michel de Preux et encore moins facile, pour un réformé ou un israélite, d'accepter son catholicisme exclusif et intransigeant". Voici des années que les colonnes de ce respectable journal d'opinion m'accueillent et ne me censurent pas. Sans doute, la compréhension de ses rédacteurs et chefs à mon égard tient au fait que me sachant marginalisé, et davantage encore, dans mon canton d'origine, une solidarité est née entre nous, dont je ne pense pas abuser bien qu'elle passe sur des divergences profondes sur le plan religieux essentiellement, au nom du respect mutuel. Je suis, en effet, un catholique traditionaliste, mais pas à la manière, souvent injurieuse, de Charles Maurras et de l'Action française, mais de Charles Péguy, que l'on pourrait définir assez justement comme un républicain d'Ancien régime. Et j'admire ce qu'il dit, dans "L'Argent", du modernisme : "Le modernisme consiste à ne pas croire ce que l'on croit". Il l'opposait à la liberté qui, elle "consiste à croire". Et à admettre, et à croire que l'adversaire croit. De sorte qu'ainsi deux systèmes de murs, publiques et privées, cohabitent, dont l'un, le modernisme, ennemi farouche et sournois, tenace aussi, de l'autre, tue le second à petit feu, le ronge de l'intérieur comme un cancer, pour aboutir en fin de compte à l'abolition de toute croyance, stade achevé de l'athéisme politique et social, dont la démocratie pluraliste, libérale et occidentale offre le cadre institutionnel idéal. "Le modernisme, dit toujours Charles Péguy, est un système de politesse. La liberté est un système de respect". De fait, la politesse étend son règne glacial dans toutes les nomenclatures, qu'elles soient séculières ou religieuses et constitue le climat dominant dans l'Eglise catholique depuis le dernier Concile cuménique, tandis que la liberté raisonnée de parole et de pensée perd chaque jour du terrain, jusques et y compris dans nos universités, où le conformisme idéologique n'a jamais atteint pareil degré d'unanimisme monstrueux. La mort de l'esprit est au bout de la trajectoire moderniste, et si de multiples affrontements menacent bien le monde par la réhabilitation d'un système de liberté, la vie en dépend tout de même. Et ce n'est pas rien, la vie !

Tous ceux qui vous disent que l'accord, qu'il s'agisse de le conserver ou de le défendre, de le conquérir ou, plus modestement, de l'exposer, sur l'essentiel des valeurs humaines, importe moins que la tolérance réciproque des religions entre elles, des partis politiques entre eux, des minorités et des majorités de toutes natures, des systèmes ou écoles philosophiques entre eux, en croyant par ce moyen défendre une forme de convivialité, tuent en réalité toute forme de civilisation et de culture et nourrissent la violence la plus directe, la plus sauvage, dont celle des jeunes gens dans nos écoles, car il n'y a pire torture pour les esprits vierges que de les priver de repères moraux et spirituels, de jeter sur leurs premières et élémentaires certitudes le poison du soupçon critique systématique. L'esprit humain, principalement chez les jeunes gens, est naturellement porté à croire en un absolu et à adhérer à des vérités certaines en tous domaines où elles sont légitimement accessibles à notre esprit. L'examen critique ne vient qu'ensuite, et il ne se justifie que pour éprouver loyalement la véracité de la croyance, l'objectivité des vérités naturelles acquises. C'est à cette condition qu'il est fécond et bénéfique, qu'il fait grandir la connaissance et mûrir l'esprit. Mais si, comme c'est le cas aujourd'hui, l'examen critique tend à se substituer, comme méthode d'approche de toute croyance et connaissance naturelle, à la foi religieuse et au goût de la vérité, il devient un poison et la cause d'un très réel désarroi dont l'ampleur nous entraînera fort loin de la tolérance primitivement et initialement invoquée. Tolérer tout et son contraire, c'est immanquablement, inéluctablement, infailliblement, créer les conditions les plus propices aux fanatismes, qui choisiront leur objet selon les convenances du moment ou du lieu. Pratiquer la tolérance de manière discriminatoire et, occasionnellement, l'intolérance, sont les seules manières authentiquement humaines de garantir des comportements sociaux responsables.

Prenons quelque exemples : depuis le IIème Concile cuménique du Vatican, les évêques ont incité les politiciens de leur obédience confessionnelle à séculariser les Etats encore officiellement catholiques, ceci au nom du respect de toute religion et selon le principe moderniste de la tolérance absolue en cette matière. Quel principe est à la racine d'une telle directive nouvelle ? Afin de lutter contre le fanatisme religieux, sur le plan social et politique, la foi et son contenu dogmatique ne sauraient en aucun cas déterminer nulle part un engagement des Etats en matière religieuse, car un tel engagement est jugé oppressif ou discriminatoire pour les adeptes d'autres religions que celle choisie par telle ou telle collectivité publique. Ce qui signifie très exactement qu'il n'y a ni religion, naturelle ou révélée, à caractère universel de droit, ni vérité absolue en ce domaine où, par conséquent, l'opinion des individus doit prévaloir toujours et partout, sur le plan social externe. Poursuivons : si la vérité religieuse est jugée inaccessible à la raison et doit par conséquent être laissée à l'arbitraire de chacun, pourquoi donc les autres vérités, d'ordre profane, ne devraient pas non plus bénéficier du même traitement du point de vue social ? Et d'ailleurs, c'est ce qui se passe désormais : il n'y a plus aucune vérité dans nos lois modernes sur le mariage, sur le loyalisme politique et patriotique, sur certains actes ou comportements, tels l'avortement ou l'euthanasie, sur aucune question d'intérêt social en fin de compte. Il n'y en a pas davantage dans les tribunaux, car ce sont dorénavant les juges qui la créent, au lieu de seulement la découvrir, comme cela se doit. Je sais de quoi je parle...

Le modernisme, qui est un système de politesse, a son envers que l'on serait bien hypocrite de nier : l'esclavage de tous les sujets d'une autorité quelconque par la domination discrétionnaire de l'arbitraire des maîtres. L'évêque moderniste, le pape moderniste, ne se comportent plus en défenseurs de la foi; ils s'érigent eux-mêmes en critères de vérité religieuse indépendamment de l'enseignement traditionnel, qu'ils ignorent et ne transmettent plus. D'où, chez les catholiques, un cléricalisme qui n'a jamais été aussi puissant, et un fidéisme qui n'a jamais été aussi lâche. Jamais, sans doute, les catholiques n'ont été, dans leur ensemble, aussi peu dignes de crédit et d'estime de la part des autres chrétiens dissidents... qu'en cette fin de siècle !

J'ai, dans une revue catholique néanmoins, Finalités, proposé le rétablissement des tribunaux de la Sainte Inquisition. Ces tribunaux n'ont jamais fonctionné qu'à l'intérieur du monde catholique, et il n'est pas question de les imposer ou de les opposer jamais aux protestants ou aux orthodoxes. Une chose est de défendre l'orthodoxie de la croyance et des murs, une autre, de dire que cette orthodoxie n'existe pas ou est inconnaissable ici-bas et que, par voie de conséquence, le concept même d'un tel tribunal serait attentatoire à la dignité humaine. A tous ceux qui partagent cette opinion, je pose une question, une seule : Où doit s'arrêter votre tolérance ? A la taxation inexacte du fisc ? à la surfacturation de votre garagiste ? Quelle inconséquence est la vôtre ! Si la vérité est inconnaissable dans un domaine, pourquoi serait-elle connaissable dans un autre ?

J'attends votre réponse...

Mais, pour faciliter votre réflexion, voici encore : le monde moderne fonctionne bel et bien sur un système de dichotomie constante entre le dire et le faire, entre les valeurs professées et les valeurs pratiquées, entre les croyances énoncées et l'absence de croyance attestée par le refus des épreuves critiques. Il va de soi, aujourd'hui, que les religions sont équivalentes, que les peuples, bien que souverains, ne peuvent jamais se déterminer sur les programmes électoraux de leurs candidats, que les chefs religieux sont religieusement irresponsables, que les magistrats chargés de faire respecter l'Etat de droit échappent aux règles de celui-ci, que les homme politiques inculpés peuvent librement faire des leçons de morale à la télévision. La place de l'individu dans la société définit sa valeur et non l'inverse. Vous n'avez pas plus démocrates que les princes du sang, plus révolutionnaires que les théologiens catholiques de la libération. Les activités du pasteur Doucet ont-elles été jamais réprouvées par son église ? Les orientations de Mgr Gaillot par la sienne ? C'est devenu une règle générale : un homme de droite fait une politique de gauche et un homme de gauche se concilie la droite, vidant les droits populaires de leur substance, mais tous deux sont et se prétendent d'honnêtes démocrates. La tolérance n'est-elle pas pour beaucoup dans ces dérives constatées quotidiennement ?

Je ne m'imagine pas l'enfer autrement que comme le lieu de la tolérance la plus absolue. Cette tolérance-là n'a qu'un seul et unique ennemi : la vérité. mais contrairement à ce qui se passe sur terre, là-bas, la vérité et l'erreur ne peuvent être confondues. La tolérance y est connue en esprit et en vérité comme une oppression et une torture permanente pour l'esprit.

Vous ne croyez pas à l'enfer ? Les victimes des procès de Moscou non plus...

 
Michel de PREUX



RIVAROL
Le Tacite de la Révolution

On connaît de Henry Coston son Dictionnaire de la Politique française en quatre tomes, ses Financiers qui mènent le monde, sa République du Grand Orient et son étude sur la Fortune anonyme et vagabonde. Il a publié récemment l'Age d'Or des années noires, information fouillée sur les films, les cinéastes et les acteurs de 1940-1944, et pamphlet dénonçant la dictature d'Hollywood sur le cinéma français.

Avec Rivarol et l'émigration, Henry Coston nous offre un livre très différent, mais toujours dirigé contre le même ennemi révolutionnaire. Antoine de Rivarol (1753-1801) n'a pas été seulement un "prince de la conversation" et le défenseur passionné du français, "langue universelle de l'Europe", disait-il, il fut aussi un des maîtres de la Contre-Révolution.

Le mérite du comte de Rivarol, mort trop tôt pour voir l'écroulement de l'édifice révolutionnaire illustré par la guillotine, c'est d'avoir logé dans un esprit formé aux tours et aux manières du XVIIIe siècle la doctrine d'un Joseph de Maistre ou d'un Louis de Bonald. Il fut "un Français de son temps, pourvu de tous les moyens, de tous les perfectionnements qu'une culture assidue et exquise avait donné à l'esprit national" La Révolution le jeta, à corps perdu, dans la bagarre politique, dans la polémique la plus violente, où le royaliste qu'il était et qu'il resta jusqu'à la fin jouait sa vie. Il n'échappa à la mort que de justesse, en émigrant, en 1792. Il séjourna en Belgique, en Hollande, en Angleterre et en Prusse, où il mourut à l'âge de quarante-sept ans.

S'il parut frivole au début de sa carrière d'écrivain, les épreuves de l'exil mûrirent l'homme d'esprit et le renforça dans ses convictions monarchistes. Cela le mena à critiquer les chefs de l'émigration de Coblence, qui compromettaient inutilement Louis XVI et plus encore le fameux "manifeste de Brunswick" qui rallia d'un coup à la Révolution l'immense majorité des Français patriotes. Le petit livre sur l'Histoire secrète de l'émigration de Coblence, demeuré inédit depuis 1795 (date de sa parution à Londres) et que la Bibliothèque nationale française attribue à Rivarol, est un document de grande valeur, reproduit intégralement dans le livre de Henry Coston.

Le portrait figurant sur la page de couverture est dû au crayon talentueux de Chard, dessinatrice de l'hebdomadaire "de l'opposition nationale et européenne" RIVAROL, publication roborative à laquelle je suis abonné depuis plus de 30 ans et à qui je profite d'adresser un salut amical et confraternel.

C.P.



Albanie 1996/1997
 
Sous le patronage de l'Ecole des Etudes orientales à Paris, notre collaborateur a séjourné longtemps en Albanie, avec mission d'en étudier les nombreux trésors archéologiques. Il connaît donc bien le pays le plus pauvre d'Europe. (Réd).

Dans la rubrique politique d'un journal de consommateurs a paru récemment un article intitulé "Un espace suisse en Albanie", où l'auteur nous explique la naissance d'une Fondation Eurobibus à Tirana, création d'un centre qui ferait de la culture politique son point fort.

Y aurait-il soudain un regain d'intérêt pour ce petit pays ignoré qui fait néanmoins partie intégrante de l'Europe ? Quiconque s'intéresse à l'Albanie peut se procurer une documentation suffisante qui lui fera découvrir que l'Albanie porte son nom depuis le règne de Charles Ier, duc d'Anjou en 1212, qu'il n'a été reconnu qu'en 1920 par la Société des Nations après une proclamation d'indépendance datant de 1912, qu'il a connu de longues périodes d'occupation par les Turcs, les Bulgares, les Italiens et les Allemands, et que l'Islam reste la religion dominante qui marque profondément ce pays.

Mais revenons à l'article de Coopération, illustré par la photo d'un chariot de transport de denrées et d'une caisse enregistreuse en arrière-plan, le tout pris dans une galerie de l'ancien Palais du Peuple, à Tirana, naguère centre de propagande où trônaient, derrière de grandes vitrines, des échantillons de tous les produits qui constituaient la richesse du pays et du peuple albanais : du cocon de ver à soie à la machine à coudre, en passant par la roue de bicyclette, modèle 1935. Jadis, l'accès à cette galerie était soumis à une autorisation du parti communiste albanais, strictement limitée quant à sa durée. Pensez donc : des visiteurs capitalistes auraient pu dérober des échantillons ou copier les modèles d'une machine à coudre fabriquée par Singer ! Mais c'était au temps du règne du président Enver Hodxja, alors que le régime communiste connaissait des mutations le faisant passer du stalinisme au maoïsme.

Il était difficile de se rendre en Albanie. Les règles d'accès étaient dures et les contraintes nombreuses. Nos bons éducateurs politiques d'aujourd'hui n'osaient pas y poser les pieds, craignant à la fois les contraintes et la discipline imposées aux visiteurs, ainsi que l'inconfort des structures d'accueil. Ceux donc qui se manifestent aujourd'hui et nous incitent à soutenir leur action de Fondation politique n'avaient jamais vu l'Albanie auparavant. Et comme, dans l'article mentionné, la rédactrice ne fait allusion à aucun aspect culturel, sinon par le terme de "culture politique", nous sommes fondés à supposer qu'elle ne connaît rien, ni de l'histoire, ni de la culture albanaise. Son incitation à nous faire ouvrir notre gousset nous semble dès lors hautement suspecte. La future Fondation en faveur de laquelle elle fait appel à notre soutien, ne serait-ce pas la résurgence de l'ancien comité communiste "Suisse-Albanie" ? Le même phénomène s'était déjà produit avec les comités concernant la Chine et la Suisse, après la mort de Mao.
Que sera donc cet "espace suisse" qui ne ressemblera à aucun autre, ni français, ni allemand ni italien ? L'auteur nous explique que la Suisse et l'Albanie auraient de nombreux points communs, sans vraiment les mentionner, sauf à recenser la multiplicité des ethnies composant le peuple albanais. Tout comme en Suisse, qui a réussi à intégrer plus ou moins avantageusement ses composantes multiples.

La facilité avec laquelle l'auteur entrevoit cet espoir nous démontre déjà son ignorance, précisément aujourd'hui où des population souvent minoritaires, grecques, bulgares, ou montagnardes aux origines inconnues souhaiteraient participer "démocratiquement" au partage du pouvoir ! Les ethnologues les plus avertis cherchent encore de nos jours à rattacher certaines populations de montagne à des peuples orientaux, ou caucasiens sur le plan strictement scientifique. Nous savons seulement que dans l'Antiquité, ce sont les Yliriens qui peuplaient l'Albanie actuelle.

Quel beau projet que l'envoi de livres et de matériel scolaire à Tirana ! Pour le matériel scolaire, nous en avons déjà envoyé souvent, aux Seychelles, au Burkina-Fasso, lors des sécheresses (avec quel résultat ?). Mais pour les livres et la documentation, en quelle langue seront-ils compréhensibles aux lecteurs albanais ? En schytzertütsch ou en patois gruyérien ou jurassien, à défaut d'une connaissance suffisante du français ? En anglais, peut-être. Mais ce n'est guère la langue propre à un "espace suisse, pas comme les autres", comme l'annonce fièrement la rédactrice.

On a mentionné les lieux. Tirana, la capitale, n'est évidemment pas l'ensemble du pays. Et la diffusion de la "culture politique" se limiterait-elle à une seule ville ? Qui profiterait, comme pour toutes choses et sous tous les régimes des innovations et des incitations aux méthodes étrangères, sinon certains cercles dirigés par des anciens marxistes reconvertis ou les diverses "Nomenklaturas" qui ont existé sous tous les régimes et qui ont accumulé de confortables réserves de dollars ? En URSS et ailleurs, ces élites roulaient en Ziss et en Mercedes, avaient leurs hôtels et leurs restaurants réservés, et obtenaient aisément du Parti les denrées rares que le peuple ne pouvait s'offrir. "La démocratie, ça s'apprend" proclame l'auteur de l'article. Allons-nous éduquer les Albanais ? Leur proposer comme modèle le Pacte du Grütli ? Ou leur raconter comment la Constitution de la République helvétique a séduit le président Jefferson qui l'a inspirée, avec vingt ans d'avance, pour sa déclaration d'Indépendance des Etats-Unis ? ou leur raconter que bien des nations nous envient le principe démocratique ou l'initiative constitutionnelle ? Quel sera donc cet "espace suisse" qui comprendra un auditoire pour permettre aux syndicalistes de parler de leur engagement" et aux banquiers de "former des cadres" ? Un Club existe déjà à Tirana.

On envie toujours la Suisse, pas uniquement en Albanie d'ailleurs. Mais actuellement, chez nous, la société helvétique a plutôt mauvaise mine avec l'accroissement du chômage, de la délinquance, de la consommation de drogues et autres difficultés. Malgré les attaques dont elles sont l'objet, les banques ne s'en tirent pas trop mal et les investisseurs étrangers paraissent leur garder leur confiance. C'est la raison pour laquelle, probablement, notre rédactrice les cite en exemple lorsqu'elle parle de réunion des cadres.
Cette chère Fondation, qui oserait donc ne pas la considérer comme une entreprise philanthropique, elle qui annonce ses besoins et donne déjà des chiffres : 200'000 francs de frais de fonctionnement annuels et 50'000 francs de frais d'investissement. L'ambassadeur de Suisse assumera la haute surveillance et l'administrateur sera Albanais. On inaugurera à Pâques 1997...

Vu de près, et en lisant entre les lignes (compte tenu du fait que l'article a paru dans une revue destinée aux consommateurs), j'en déduis qu'il s'agit plutôt d'un investissement financier pour un projet commercial futur, de la COOP, ou de la Migros j'ignore encore. On manque de supermarchés à Tirana, l'utilité en est évidente. A notre époque, les Fondations pullulent et les pékins se font arnaquer facilement quand on leur démontre qu'il faut "aider les autres". Lorsque le régime totalitaire s'est effondré, il y a quelques années, des milliers d'Albanais ont été privés de ressources et ont essayé d'émigrer en Europe de l'ouest. En Italie, où l'on se penche si facilement sur le sort des Maghrébins spécialisés dans le maniement des bouteilles à gaz, tous les Albanais furent refoulés et aucune fondation ni aucune autre organisation n'a manifesté le moindre intérêt pour leur sort. A présent, tout semble calme à Tirana, et on pourra s'installer dans le meilleur des mondes, comme dirait Candide. Et ce sera payant... pour nous !
 

TRIBOULET
(fou du roi)



 
Bricole
 

Dans le cadre des fonds en déshérence déposés dans les banques helvétiques avant la dernière guerre, on réclame aujourd'hui des enquêtes visant à établir la vérité. Voilà qui est à la fois totalement nouveau et très dangereux. On nous avait habitués à considérer comme intangible un credo simple et commode : si un Allemand, nazi de surcroît, a ouvert un compte en Suisse, il n'a pu l'alimenter que grâce à des fonds volés à un juif. A l'inverse, si un juif a ouvert un compte, il n'y a versé que de l'argent honnêtement gagné. Ergo, tous les montants qu'on pourra retrouver doivent être restitués à des organisations juives dont la légitimité auto-proclamée ne doit pas être étudiée de trop près.

Si on recherche vraiment la vérité et qu'on découvre, exceptionnellement sans doute, une fois sur dix mille, qu'un juif avait ouvert un compte en Suisse avec de l'argent volé à un goy allemand, osera-t-on le dire ? A qui faudra-t-il restituer ?

C.P.