Editorial

La section vaudoise de l’Union démocratique du Centre vient de lancer une initiative «contre l’intégrisme religieux» prétendument préventive – sa seule justification est «d’éviter qu’on aille dans le mur dans quelques années ou  quelques décennies». En réalité, l’UDC Vaud ne voit pas plus loin que les élections cantonales du printemps 2017!

Mme Béatrice Métraux, chef du Département des institutions et de la sécurité chargé des affaires religieuses, estime, dans un entretien publié par 24 heures, que «cette initiative joue avec les peurs»1. On ne saurait lui donner tort, mais elle oublie un peu vite que tous les partis agissent de même, y compris le parti des Verts, auquel elle appartient: la votation du 27 novembre sur la sortie du nucléaire est encore toute fraîche dans les mémoires.

La question qui se pose est de savoir si la loi sur la reconnaissance des communautés religieuses (LRCR) du 9 janvier 2007 et son règlement d’application (RLRCR) du 24 septembre 2014 suffisent à faire barrage à l’intégrisme religieux. Non, s’écrie l’UDC qui craint que des intégristes – entendez par là non pas des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, mais des musulmans – ne profitent des lacunes de la législation pour revendiquer des droits au nom de leur religion. Mais si, rétorque Mme Métraux, pour qui «la loi traite de la notion de communauté et non pas de religion» – étant apparemment entendu qu’une communauté religieuse n’a rien à voir avec une religion… Béatrice Métraux n’apprécie pas que l’UDC joue sur les peurs, mais elle ne se gêne pas pour jouer sur les mots!

Soyons justes, cependant. La conseillère d’Etat propose d’autres arguments lénifiants, notamment la «déclaration liminaire d’engagement» que doivent signer les communautés religieuses soucieuses de se faire reconnaître; déclaration détaillée à l’article 14 du RLRCR. Les communautés candidates s’engagent à respecter divers principes, parmi lesquels «la mission de l’école publique, qui dispense un enseignement neutre politiquement et confessionnellement, fondé sur des réalités scientifiquement établies».

Il est bien connu que tous les membres du corps enseignant vaudois oublient en entrant dans leurs classes leurs convictions politiques et religieuses, et n’exercent aucune influence sur leurs élèves. Tout le monde sait également que les réalités scientifiques «établies», évidentes pour tout un chacun, ne souffrent et ne souffriront jamais la moindre remise en cause. Mme Métraux juge toutefois utile de préciser qu’il s’agit de «la primauté de la science sur le créationnisme, etc…». En d’autres termes, hors de la théorie de l’évolution, pas de salut! Si ce n’est pas de l’intégrisme…

Les musulmans ont de la création du monde une vision qui n’a rien à voir avec les «réalités scientifiques établies». Ils croient notamment que Dieu a créé «sept cieux, disposés par couches, s’enveloppant les unes les autres»2.

Leur communauté religieuse ne peut donc pas être reconnue.

Nous sommes sauvés!

Joyeux Noël!

Mariette Paschoud

 

1 http://www.24heures.ch/vaud-regions/beatrice-metraux-initiative-joue-peurs/story/22516332.

2 Le Coran, Garnier-Flammarion, Paris, 1970, sourate LXXI, 14.

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