Editorial

Anne-Catherine Lyon, chef du Département de la formation de la jeunesse et de la culture, quittera le Conseil d’Etat vaudois en 2017. Nous ne la pleurerons pas, tout en sachant qu’il y a encore des dégâts à faire et que, surtout si son successeur est lui aussi socialiste, l’école vaudoise pourrait bien tomber de Charybde en Scylla.

On se souvient que la LEO (loi sur l’enseignement obligatoire), présentée comme contre-projet à l’initiative «réactionnaire» Ecole 2010 – sauver l’école, avait été, le 4 septembre 2011, adoptée par les Vaudois à une large majorité. Cette victoire du progressisme sur l’obscurantisme avait été acquise, notamment, grâce à la veulerie des partis dits de droite – à la notable exception de l’UDC – et à l’inadmissible engagement, jusque dans la rue, de la quasi-totalité du Conseil d’Etat, pourtant payé par le contribuable pour veiller au bien commun et non à la promotion de l’idéologie socialiste en matière d’instruction publique.

Le 14 septembre, soit trois ans après l’entrée en vigueur de la LEO, Mme Lyon a présenté à la presse et à un public composé de syndicalistes, de députés et de représentants d’associations professionnelles un premier bilan, positif bien entendu. Son principal titre de gloire est d’avoir vaincu la «stigmatisation» dont étaient victimes, dans l’ancien système, celui des trois filières du secondaire inférieur, les élèves de la voie secondaire à options; en d’autres termes, les élèves les moins adaptés aux exigences d’une école vaudoise qui, bien à tort, méprise les métiers manuels. Grâce à la suppression de la VSO et à la mise en place d’un système à deux voies – prégymnasiale pour les «meilleurs» et générale pour les autres –, les anciens «stigmatisés» ne sont plus censés l’être, ce qui – c’est nous qui le disons – devrait flatter considérablement leur ego. Las! Comme on ne peut pas pousser, dans une voie générale hétérogène, le souci de l’égalité jusqu’à imposer dans toutes les disciplines le même degré de difficulté à tous les élèves, on a introduit en français, mathématiques et allemand deux niveaux. Pour les élèves qui suivent les cours de niveau 2 dans toutes les branches (222), tout va bien. Ils peuvent même rêver de rejoindre un jour la «crème» de prégymnasiale. Pour les 221, ça ne va pas trop mal non plus: le risque de se retrouver maçon, boulanger ou plombier est faible. Pour les 211, ça commence à sentir le roussi, et pour les 111, c’est la «stigmatisation» assurée. Mais Mme Lyon, perdue dans le monde pédagogiste, n’y voit ou ne veut y voir que du feu.

Entre autres griefs, la question de ces victimes du système, issues le plus souvent de milieux défavorisés, a été soulevée, hasard ou volonté, par une lettre ouverte signée de trente maîtres de l’Etablissement primaire et secondaire de Prilly et publiée par 24 heures1 le jour même où le chef du DFJC présentait son bilan positif.

Nous avons lu avec intérêt cette lettre, qui confirme tout ce qu’avaient prédit les partisans d’Ecole 2010 – sauver l’école, et qui, depuis, aurait reçu l’appui de plus de 20% du corps enseignant de l’école obligatoire de notre canton.

Il est vrai que cette missive dénonce avec lucidité les tares de la LEO. Toutefois, nous avons quelque peine à plaindre ses auteurs et leurs partisans quand nous y lisons ces morceaux de bravoure, qui relèvent de la confession de foi:

1. Comme vous, la plupart d’entre nous ont cru loyalement au projet scolaire que vous avez porté. Nous partagions et nous partageons encore ses objectifs initiaux: réduction de l’inégalité des chances, de la marginalisation des plus vulnérables, souci de l’intégration d’élèves venant de milieux sociaux et d’horizons géographiques très différents, exigences d’un transfert du savoir correspondant à une société et à une époque de plus en plus rudes. Nous avons appliqué cette loi et vos instructions, sachant que tout changement requiert du temps et de l’adaptation. Mais l’évidence est là et elle se renforce année après année: cette réforme ne fonctionne pas, particulièrement pour les élèves les plus vulnérables.

2. La plupart des soussignés partagent vos valeurs et vos idéaux.

Au fond, tous ces «rebelles», si déçus et frustrés soient-ils, n’ont rien vu des causes réelles du mal et seront les premiers à soutenir, au nom de valeurs et d’idéaux partagés, l’introduction de la voie unique, quand le successeur d’Anne-Catherine Lyon franchira le pas sur l’air de «Je vous ai compris».

Mariette Paschoud

 

1 http://www.24heures.ch/vaud-regions/Mme-Lyon-l-Ecole-vaudoise-va-mal/story/23602717.

Thèmes associés: Ecole - Egalité, discriminations - Politique vaudoise

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