Morts de rire lors de la journée des malades [Un seul discours et trois avis]

Le 11 février dernier, c'était la Journée mondiale des malades, fête instituée par l'Eglise catholique. Aucun média ne s'en est fait l'écho.

Le 6 mars, c'était la Journée (suisse) des malades, émanation de l'officialité helvétique et d'associations actives dans le domaine de la santé. Le monde entier en a entendu parler grâce à la vidéo de l'allocution prononcée ce jour-là par le président de la Confédération, M. Johann Schneider-Ammann, sur le thème: «Rire, c'est vivre des moments de bonheur».

L'orateur, dont la plupart des Suisses n'auraient pas su dire le nom ni reconnaître le visage vingt-quatre heures auparavant, s'est soudain retrouvé, bien malgré lui, mondialement connu. Il est vrai qu'il a fort peu d'aisance dans sa communication et qu'il est tellement l'exact opposé d'un boute-en-train que de le voir, le visage terne et inexpressif, ânonner d'une voix monocorde quelques propos insipides sur le thème du rire avait quelque chose de sinistrement pathétique. On peut donc comprendre les railleries et les fous-rires que cette piètre prestation a déclenchés sur internet, en Suisse, en France, aux Etats-Unis et probablement ailleurs. Et on peut en vouloir à M. Schneider-Ammann – et à ses conseillers en communication! – d'avoir donné une image pareillement risible de la Suisse et de ses autorités. En tant que personnage public, il est inévitable que le président d'un Etat fasse parfois l'objet de quelques moqueries; mais quand il ne suscite rien d'autre que de l'hilarité, tant chez ses propres concitoyens qu'à l'étranger, ce n'est pas très bon signe.

Cela dit, il faut tout de même remettre les choses à leur juste place: si le président de la Confédération fait rire lorsqu'il parle du rire – résultat qui, même involontaire, n'est finalement pas si absurde –, celui de la République voisine s'y connaît lui aussi pour dérouiller les zygomatiques de ceux qui l'écoutent, y compris dans sa langue maternelle, non pas à l'occasion de la journée des malades mais dans un pays malade tous les jours. On peut en dire autant, d'ailleurs, de tous ceux qui se sont succédé à cette fonction depuis François Mitterrand – qui n'a certes pas œuvré pour le bien de la France, mais qui n'était pas un personnage risible.

Malgré cette mésaventure, la Suisse devrait ainsi conserver son attrait pour ceux qui préfèrent rire de leur président en rentrant du travail plutôt qu'en attendant leurs allocations de chômage. Quant à ceux qui accordent moins d'importance à leur prospérité matérielle et davantage à la présence physique et à la force de communication visuelle du chef de leur Etat, ils peuvent toujours rêver en regardant vers l'Est…

Pollux

Thèmes associés: Facéties - Politique fédérale

Cet article a été vu 4306 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions