Vaudoiserie

On se souvient qu’un grand humaniste et patriote vaudois nommé Yves Giroud avait déposé au Conseil communal d’Epalinges un postulat visant à faire débaptiser le Chemin Marcel Regamey qui, à ses yeux, déshonorait la commune, en raison, notamment, du prétendu antisémitisme de l’ancien président de la Ligue vaudoise.

Le 17 février, par trente-trois voix contre vingt-deux et quatre abstentions, le Conseil communal a refusé de se couvrir de ridicule et rejeté le postulat. On aurait préféré une majorité écrasante, mais tout le monde ne peut pas être courageux et intelligent.

Comme il se doit, le citoyen Giroud s’est dit déçu, mais il s’est réjoui d’avoir «suscité le débat», tout en déplorant que la commune n’ait pas saisi l’occasion d’offrir à la face du monde ébloui un «geste fort». Car pour tous les Giroud du monde, salir la réputation d’un homme «de sorte», comme on dit chez nous, constitue le summum de la force de caractère et de la moralité.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Comme il sied en terre vaudoise, l’art du compromis devrait permettre de satisfaire tout le monde et son père: la commission chargée d’étudier le postulat de Giroud a proposé que soient effacés de la plaque «Chemin Marcel Regamey, humaniste et patriote vaudois, 1905-1982» les qualificatifs «humaniste» et «patriote». La Municipalité va se pencher sur la question, laquelle reviendra sur le tapis lors d’une séance du Conseil communal ultérieure.

Je pense que supprimer ces deux adjectifs est une excellente idée. En effet, dans son acception moderne chère à Giroud, l’humanisme n’est rien d’autre que l’idéologie des droits de l’homme. Quant au patriotisme, il n’a plus rien à voir, dans l’esprit giroudien hélas trop répandu, avec l’amour d’une terre et de ses habitants. Le patriotisme à la Giroud c’est tout bonnement la défense de la démocratie et de ses «valeurs» aussi fumeuses que funestes. Autant dire que les «valeurs» de Giroud sont à l’opposé des convictions et du combat d’un homme pétri de culture classique et soucieux avant tout du bien de son canton et de ses concitoyens.

Il serait plus que regrettable que des passants incultes se disent un jour en jetant un coup d’œil à la plaque «Chemin Marcel Regamey, humaniste et patriote vaudois, 1905-1982»: «Tiens donc! Sûrement un pote à Giroud!»

M.P.

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