Répression policière

La police de Zurich a infligé une amende de mille francs à une jeune femme qui avait annoncé la présence d'un radar sur Facebook. Mille francs pour avoir publié sur internet ce qu'elle avait vu sur la route, dans un endroit public. Selon le quotidien gratuit 20 minutes, cette pratique aurait été confirmée par les porte-paroles des polices cantonale et municipale de Zurich. Cette nouvelle a suscité des commentaires acerbes de la part de quelques internautes, mais rien de plus. Une partie importante de la population – surtout celle qui revendique une société plus «libérale» et moins «répressive» – estime que tout ce qui touche de près ou de loin à la répression routière est une très bonne chose.

Pour notre part, la mésaventure de cette personne nous apparaît comme une étape supplémentaire de la dérive actuelle de l'institution policière. Les «forces de l'ordre», aujourd'hui, se montrent faibles envers les forts – ce qui peut parfois être excusable par manque de moyens – et fortes envers les faibles, ce qui est toujours indigne. Le laxisme croissant vis-à-vis des délits plus ou moins graves qui pourrissent toute vie en communauté s'accompagne d'une sévérité et d'une pusillanimité de plus en plus aveugle dans la répression d'«infractions» insignifiantes. Les agents battent en retraite lorsque la racaille urbaine se fait menaçante, mais en même temps ils infligent des amendes pour excès de vitesse à partir de 4 km/h de dépassement, y compris sur l'autoroute. Les chargés de communication sont ensuite envoyés dans les médias pour minimiser les actes graves – par exemple, dans 24 heures du 15 mai, une rixe sur la voie publique à coups de barres de fer et de couteaux de cuisine a été qualifiée de «petite altercation» par M. Dominique Glur, de la police cantonale vaudoise – et amplifier chaque broutille en matière de circulation routière – le 6 mai, dans le même journal, M. Christophe Sauterel, aussi de la police cantonale vaudoise, a admis que les centaines de conducteurs flashés chaque jour sur le viaduc autoroutier de Chillon étaient presque toujours sanctionnés pour des dépassements de 1 à 5 km/h après déduction de 3km/h, mais il a déclaré que cela correspondait, au compteur, à «une vitesse de 15 km/h supérieure à la limite», ce qui est un mensonge.

Les policiers qui agissent ainsi sont autant à plaindre qu'à blâmer. La plupart d'entre eux sont des citoyens ordinaires qui ne veulent pas mettre leur vie professionnelle en danger et obéissent donc aux ordres d'une hiérarchie sélectionnée plus pour sa docilité idéologique que pour ses compétences professionnelles. Ce faisant, ils se mettent pourtant dans une situation peu enviable: alors que les voyous qui les ont toujours détestés continuent à les détester, les honnêtes gens qui les considéraient comme des anges gardiens cessent progressivement de compter sur eux et commencent à les éviter. Même des personnes très respectueuses de l'uniforme s'aperçoivent avec amertume que la présence autrefois rassurante de la police est devenue en quelques années un motif de sourde inquiétude: la meilleure volonté ne nous met plus à l'abri de contraventions pour des motifs futiles. Des contraventions qui, soit dit en passant, affaiblissent la valeur de la loi aux yeux des citoyens: il n'y a pas si longtemps, «enfreindre la loi» était honteux; aujourd'hui, c'est anodin, presque normal.
Au moment de conclure, nous apprenons qu'un gendarme fribourgeois, qui avait été dénoncé à la justice pour avoir roulé à 78 km/h dans une localité afin de rattraper une conductrice qui tenait son téléphone en conduisant, a finalement été acquitté. Il y a dix ans, nous aurions trouvé normal qu'un policier puisse outrepasser les règles de la circulation dans l'exercice de ses fonctions et scandaleux qu'un petit juge se permette de lui chercher noise – mais, il y a dix ans, un policier n'aurait peut-être pas fait cela pour une simple affaire de téléphone. Aujourd'hui, nous hésitons: si le mot d'ordre est «tolérance zéro», si le bon sens et l'intelligence n'ont plus leur place dans l'appréciation des infractions, il serait alors logique – regrettable, idiot même, mais logique – que les policiers en fassent aussi les frais.

Pollux

Thèmes associés: Coups de griffe - Humeur - Politique vaudoise

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