Salaire minimum, bêtise maximum

L’initiative des syndicats sur le salaire minimum est une grande sottise, les arguments avancés par les initiants sont faibles et montrent soit une ignorance crasse en matière économique soit un aveuglement idéologique total; probablement les deux. Mais entrons un peu dans le détail. Les tenants du salaire minimum prétendent:

1. «Qu’il est intolérable que des personnes travaillant à 100 % n’arrivent pas à joindre les deux bouts». C’est une opinion.  Il y a des régions de Suisse dans lesquelles on vit correctement avec 3’200 francs. Le soussigné a même vécu à Genève avec moins de 2’000 francs par mois et il n’en est pas mort. Il est évident que ce niveau de revenus ne permet pas de posséder tous les gadgets dernier cri, de sortir deux fois par semaine et de rouler en BMW, mais il y a des solutions et les aides sont là pour soutenir les plus démunis. Notons en passant que faire un budget n’est pas à la portée de tous et que de nombreux cadres bien payés sont incapables de boucler leurs fins de mois.

2. «Qu’un salaire minimum de 4’000 francs par mois1 représente un pourcentage du salaire médian équivalent à ce que représente le SMIC français, ce qui montre que ce n’est pas exagéré». La comparaison avec la situation française est particulièrement mal venue lorsque l’on voit à quel point l’économie de l’hexagone est en danger, sclérosée par la fuite des investisseurs, la bureaucratie, les charges sociales et la légiférite aiguë du gouvernement. De plus, 13% des salariés français recevaient le minimum légal début 20132, ce qui montre que le SMIC est devenu la référence en matière de fixation des salaires, un nivellement par le bas néfaste.

3. «Que les risques de délocalisation dans des secteurs tournés vers le marché interne comme le commerce de détail, la coiffure, le nettoyage et l'horticulture sont quasi nuls»3. Voilà une remarque tout à fait exacte! Ces emplois ne seront pas délocalisés mais supprimés. Les syndicats s’offusquent régulièrement de ce que les entreprises font des profits grâce l’exploitation des travailleurs. C’est non seulement vrai, mais c’est l’unique raison pour laquelle se créent des emplois. En tant qu’employeur, je n’engagerai un collaborateur que si mon nouvel employé peut me rapporter plus qu’il ne va me coûter. Les postes qui n’offriront pas une productivité supérieure à 4’000 francs plus les charges sociales seront donc appelés à disparaître.

4. «Que le partenariat social ne concerne que 50% des travailleurs. L'autre moitié n'est protégée par aucune convention et se trouve à la merci des employeurs»4. Rien que la formulation sue l’idéologie marxiste, les employeurs étant vus comme des profiteurs ayant tout pouvoir sur leurs employés. Rappelons en passant que les employés qui ne sont pas satisfaits de leurs conditions de travail ont toute liberté de changer d’entreprise. En Suisse, les travailleurs sont libres de s’organiser en syndicats et de négocier des améliorations avec les patrons. Les raisons qui poussent 50% d’entre eux à ne pas en profiter viennent probablement du fait qu’un grand nombre n’en ressentent simplement pas le besoin, étant contents de ce qu’ils ont. Selon une enquête publiée en 20125, 94% des Suisses étaient satisfaits de leurs conditions de travail et, curieusement, la proportion de «très satisfaits», qui était globalement de 35%, montait à 40% chez les personnes interrogées n’ayant achevé que l’école obligatoire. On peut donc en déduire que, alors même que leurs revenus doivent être inférieurs en raison de leur manque de qualification, ces employés sont les plus heureux au travail. Mais grâce à l’aveuglement dogmatique des syndicats, si le 18 mai la Suisse se dote d’un salaire minimum, ils seront les premiers à pointer au chômage.

Le salaire minimum est une aberration économique qui tue l’emploi lorsqu’il est trop élevé et ne sert simplement à rien s’il est raisonnable. Le 18 mai, votez NON.

 

Michel Paschoud

 

NOTES:

1 22 francs de l’heure, pour être précis.
2 http://lentreprise.lexpress.fr/remuneration/13-des-salaries-payes-au-smic_44764.html.
3 http://www.24heures.ch/suisse/bataille-rage-salaire-minimum/story/11215424.
4 Ibidem.
5 http://www.rts.ch/info/suisse/3687519-les-suisses-satisfaits-de-leur-situation-professionnelle.html.

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