Editorial

Les Vaudois, on le sait, ont un bien joli pays. Ils en sont conscients et n'ont pas attendu les écologistes pour veiller à la préservation des lieux les plus exceptionnels. C'est particulièrement le cas à Lavaux, où l'arrivée des premières villas au milieu des vignes a interpellé les habitants dans les années septante déjà. A cette époque où l'aménagement du territoire commençait à peine à s'imposer dans le débat politique, le syndic de Villette, Edmond Chollet, avait élaboré un remaniement de terrains afin de regrouper les futures constructions sur 7% du territoire communal et de rendre inconstructibles les 93% restants. D'autres communes envisageaient déjà de suivre l'exemple de Villette… quand Franz Weber et ses amis sont intervenus, déclenchant une violente campagne médiatique et juridique pour dénoncer de nouvelles constructions intolérables et accuser Edmond Chollet d'être un «bétonneur»! Profitant de la confusion ainsi semée, ils ont lancé l'initiative «Sauver Lavaux» que les bons Vaudois, persuadés que c'était la seule solution, ont acceptée.

Trente-cinq ans plus tard, la situation est toujours la même. Le narcissique Franz Weber, grâce à ses relais médiatiques, à sa cour de militants, à sa violence verbale et à ses délires complomaniaques, subjugue un grand nombre de personnes. Grisé par le succès facile de «Sauver Lavaux II» en 2005 (qui ne visait qu'à replacer l'article de l'ancienne Constitution dans la nouvelle), puis par celui, plus inattendu et beaucoup plus grave, de l'initiative fédérale sur les résidences secondaires, il a remis ça avec «Sauver Lavaux III». Selon son argumentation, la protection considérable mise en place jusqu'ici ne suffit pas, la «spéculation immobilière ne cesse d'augmenter», le nombre de permis de construire explose, les grues sont partout…

Concrètement, son initiative réécrit à peu près entièrement la loi d'application de l'article constitutionnel. Cette dernière vaut aujourd'hui comme un plan directeur, non applicable aux particuliers mais seulement aux autorités. Elle est mise en application par les communes, sous la forme de plans d'affectation. Avec «Sauver Lavaux III», elle deviendrait un plan d'affectation cantonal, directement applicable et privant les communes de toutes leurs prérogatives. Le contour précis des diverses zones devrait être défini dans un délai de cinq ans, durant lesquels un moratoire absolu serait décrété sur toute construction.

Cette initiative a d'abord été invalidée par le Conseil d'Etat, puis par la Cour constitutionnelle, pour non-conformité au droit fédéral. Mais les juges fédéraux ont volé au secours de Franz Weber en décidant que le texte pouvait parfaitement être soumis au peuple et que, s'il était accepté, il suffirait alors d'y ajouter les dispositions faisant défaut! Les Vaudois se prononceront donc le 18 mai prochain.

Les habitants de la région et en particulier les vignerons – ces salauds de bétonneurs qui rêvent de défigurer leurs vignes! – craignent énormément cette initiative qui menacerait tout développement économique, même respectueux des lieux. Il faut savoir en effet que, depuis 2012, les nouvelles constructions ou modifications de constructions sont soumises à l'avis d'une commission consultative chargée de veiller au maintien de l'harmonie du paysage de Lavaux. Voyant que cela ne suffirait pas à dissuader les bobos urbains – qui n'aiment cette région qu'au travers de leurs gymkhanas cyclistes dominicaux – de voter des deux mains pour l'initiative, le gouvernement vaudois a en plus élaboré un contre-projet direct, soumis au vote populaire sur le même bulletin. Ce contre-projet «coupe la poire en deux» en faisant passer le territoire de Lavaux sous le contrôle direct du Canton, mais en laissant au moins aux communes la gestion de leurs terrains déjà colloqués dans une zone à bâtir légalisée. Un tel compromis, sans être enthousiasmant, satisfait pleinement les habitants de Lavaux, tout en offrant un levier de résistance contre l'initiative vitrificatrice de Franz Weber.

Le lecteur attentif aura compris ce qu'il doit voter au sujet de l'initiative. Quant au contre-projet, qu'on l'approuve ou non, il faut au moins lui accorder la préférence en réponse à la question subsidiaire, au cas où les deux objets remporteraient chacun – horresco referens – une majorité d'avis favorables.

Pollux

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