L'exigence de vérité

    On s’est demandé, après les massacres d’Oslo, si leur auteur, Anders Behring Breivik, était fou. Oskar Freysinger le soutient dans un quotidien lausannois; d’autres le nient, qui orientent l’esprit et le regard plutôt vers les idées «qui tuent»… En apparence, ils ne manquent pas d’arguments, citant en parallèle des opinions communes entre…  Breivik et… Oskar Freysinger, non sans se dégager de toute responsabilité calomnieuse: «Je pense, écrit Jérôme Stadelmann dans ce même quotidien1, que le tueur et M. Freysinger, ou M. Wilders aux Pays-Bas, ont exactement la même philosophie, les mêmes idées et les mêmes croyances, mais pas les mêmes méthodes.» Faut-il en rester là ?

    Certainement pas! Quand, pour défendre «la chrétienté européenne, ses traditions, l’identité nationale et l’idée de souveraineté»2, on en vient à tuer des innocents connus comme tels par l’auteur des massacres, on peut très légitimement se poser la question d’une folie qui, si elle n’a rien de clinique, ne relève pas moins d’un dérangement spirituel, moral et intellectuel extrêmement grave. Lier, même en pure théorie, des idées, quelles qu’elle soient, à un tel comportement équivaut à dénaturer la notion même d’idée. Rien n’est respectable, qui conduit au crime, de près comme de loin.

    Aurais-je donc la même opinion que le quotidien lausannois? Nullement! Il y a mille manières de tuer, et les moins sanglantes, les mieux dissimulées, celles qui épargnent le corps mais touchent l’esprit et l’âme ne sont pas moins répréhensibles, quand  bien même elles échappent à la justice des hommes depuis l’existence du droit idolâtrique de la liberté de presse et d’opinion.

    La plupart des gens pensent aujourd’hui que c’est une manière de respecter autrui que de faire silence, un silence systématique, sur la vérité, au nom de la tolérance, du pluralisme culturel, religieux et moral. Pire: on niera parfois qu’il y ait une vérité. Mais dans ce cas, les échanges humains n’ont plus aucun sens! Et, faute de sens, le non-sens triomphe occasionnellement dans les comportements, comme ce fut le cas récemment en Norvège. Où demain? Je veux bien que l’on parle de paix religieuse, de paix morale et culturelle, mais à une condition, une seule: que la vérité religieuse, la vérité morale et l’authenticité culturelle n’en souffrent pas. Or à quoi assistons-nous aujourd’hui en Europe? A des heurts interreligieux d’où le juste concept de la divinité est totalement absent, où l’on oppose à des hommes religieux, certes étrangers à l’Occident et au christianisme, la loi du laïcisme, c’est-à-dire l’athéisme de l’Etat! Non-sens absolu, et qui aggrave les malentendus au lieu de les dissiper, qui est donc un facteur de lutte et d’affrontement bien plus que de compréhension mutuelle et de paix sociale. M. Oskar Freysinger reste totalement silencieux sur cette question…

    Nous assistons aussi à des heurts moraux, sur le thème du mariage par exemple: peut-il n’être qu’hétérosexuel ou doit-on y inclure les unions de même sexe? La vérité morale est ici très directement mise en cause. S’il n’y en a plus de reconnue officiellement, le non-sens touche le droit des Etats, l’Etat lui-même et ses écoles publiques, l’université également. Aucune société ne peut résister à un tel séisme, à une telle subversion.

    Compte tenu de la diversité des opinions et des passions humaines qui leur sont attachées, c’est là une porte grande ouverte à la violence et aux massacres généralisés. Au fond, nous pouvons être reconnaissants d’une chose à ce Norvégien: il annonce une menace réelle. Son tort: disposer de la vie d’autrui pour faire passer un message où il s’implique lui-même dans la menace. C’est un cas de nihilisme flagrant. Pauvre Occident qui produit de tels messagers! A-t-il encore assez d’autorité pour le juger? S’il n’en prend pas conscience, demain, les criminels feront la loi. Ils auront succédé à d’autres criminels, qui n’ont, quant à eux, pas versé le sang d’autrui mais, par le contrôle des opinions publiques, auront assassiné les âmes en étouffant systématiquement les droits de la vérité.

Michel de Preux

1 Le Matin Dimanche, 31 juillet 2011, p. 60: «Je ne crois pas un instant que ce tueur soit fou, contrairement à ce que prétend M. Freysinger», dans la page du lecteur.

2 Citations libres de Breivik.

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