Ecole apaisée

Le 1er juin, 20 minutes publiait un article intitulé Le canton renforce son dispositif face aux élèves «compliqués»1. Ce texte rempli de termes lénifiants destinés à amortir la réalité peut se résumer en quelques mots: l’école inclusive est un échec et il convient de prendre des mesures pour régler la question des élèves perturbateurs.
Que voilà une bonne nouvelle, penseront les naïfs, les écoliers vont retrouver des conditions d’apprentissage favorables.
Eh bien! pas du tout.
Certes, «le canton a présenté lundi un plan d'action pour mieux encadrer les comportements jugés “violents”» – pourquoi «jugés»? Le sont-ils ou ne le sont-ils pas? –, mais les solutions proposées laissent rêveur.
On va développer des «espaces ressources», où des professionnels pourront prendre en charge les élèves «compliqués» – pourquoi «compliqués» et pas «mal élevés» ou «insupportables»?
On va aussi mieux soutenir le corps enseignant par «des conférences en ligne, des outils pratiques et des documents de référence». On va donc alourdir encore la tâche déjà très pesante des maîtres vaudois.
Enfin, «des mesures seront proposées aux écoles dès la rentrée 2026 afin de favoriser une entrée dans la scolarité de manière plus apaisée» – pourquoi pas carrément apaisée? –, déclare le chef du Département de l’enseignement et de la formation, Frédéric Borloz, qui semble être un de ces hommes de droite tels que les aime la gauche.
Tout cela, évidemment, aura un coût. Mais qu’importe, du moment qu’on peut éviter de regarder la réalité en face, de voir que ce qui manque dans nos écoles et, hélas, dans trop de familles, c’est l’autorité et la discipline.
L’autorité n’est pas synonyme de tyrannie. La discipline n’est pas synonyme de servilité. Mais les enfants doivent apprendre que les adultes commandent et que l’obéissance n’a rien de honteux; qu’on ne peut pas apprendre et progresser à l’école si règne le désordre, si «certains élèves refusent de travailler, insultent ou mordent, tapent d’autres élèves, voire même les adultes».
Un maître exigeant peut être apprécié et respecté par ses élèves. Des élèves disciplinés peuvent apprendre à exercer leur esprit critique, à condition d’avoir appris à lire, à écrire, à compter, puis à réfléchir.
Mais quel enfant apprendra à lire, à écrire, à compter et à réfléchir si les classes continuent à abriter des «élèves compliqués» uniquement pris en charge provisoirement par des «professionnels» mal définis dans des «espaces de ressources» exclusivement destinés à «calmer et faire descendre la pression» des fauteurs de troubles?
Les inquiets qui ont déploré, après les dernières élections au Conseil d’Etat vaudois, la mise en place d’un Gouvernement majoritairement de droite peuvent se rassurer: en ce qui concerne l’école, en tout cas, la gauche est toujours au pouvoir.
Mariette Paschoud
1 Vaud déploie un plan d'action pour encadrer les élèves au comportement difficile - 20 minutes.
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