Celui dont on ne doit plus prononcer le nom

En ces circonstances terribles, nous estimons qu’il est de notre devoir moral de profiter de la présente chronique pour proclamer au monde entier, et avec beaucoup d’émotion, notre indignation à l’égard de Patrick Bruel. Nous voulons affirmer ici, avec une détermination sans faille, que nous condamnons avec la plus extrême fermeté ses agissements inqualifiables et qu’il ne peut pas y avoir de présomption d’innocence pour des actes aussi manifestement condamnables.

Nous prenons l’engagement solennel, devant le monde entier et plus largement devant nos follos verts sur les réseaux sociaux, de ne plus jamais écouter aucune chanson de Patrick Bruel (si tant est que cela nous soit jamais arrivé), de ne plus jamais acheter aucun de ses disques (ça, nous sommes certain de ne l’avoir jamais fait), de ne jamais scotcher aucun poster de lui sur un mur (idem) et de ne plus jamais assister à aucun de ses concerts (nous nierons l’avoir fait, une fois, il y a vingt-cinq ans, sur invitation, d’autant que cela ne nous a guère laissé de souvenir).

Nous nous engageons aussi à ne plus jamais prononcer son nom, à cracher par terre si nous voyons une photo de lui, et à changer de trottoir si nous le croisons (en lui adressant un doigt d’honneur). Nous nous engageons à dénoncer anonymement aux autorités toutes les personnes qui, au cours des cinquante dernières années, ont siffloté l’une ou l’autre de ses chansons, ou qui ont donné l’impression d’aimer sa musique (et bien sûr toutes les femmes qui ont prétendu être amoureuses de lui).

Chaque jour, nous consacrerons deux minutes à exprimer publiquement notre haine à l’égard de Patrick Bruel. Nous prierons à haute voix, en présence de journalistes, pour qu’il soit maltraité dans sa cellule (s’il y retourne), pour qu’il soit torturé, ébouillanté, écartelé, étripé, énucléé, déporté et privé de dessert.

Et bien entendu nous cesserons toute collaboration avec la présente publication si celle-ci refuse de prendre ses distances avec ce sinistre personnage – ou plus précisément si elle refuse de l’annoncer publiquement.

* * *

D’ici quelques mois, l’éphémère et permanente vindicte médiatico-populaire se tournera vers un autre artiste, dont on feindra de découvrir que la célébrité l’a éloigné de la bienséance. Nous pourrons alors continuer à ne pas écouter les chansons de Patrick Bruel, mais cette fois de notre propre chef et en nous fichant de ce que les gens disent.

Pollux

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Facéties - Médias - Société

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