Editorial

Pour ce dernier numéro avant la pause estivale, j’avais envie de prendre un peu d’avance sur le calendrier et de commencer à traiter de l’initiative de l’UDC «Pour une Suisse neutre (Initiative sur la neutralité)», sur laquelle nous voterons en septembre.

Nous n’avons jamais fait mystère dans Le Pamphlet de notre attachement à la neutralité armée de la Suisse. Approuvée au congrès de Vienne et inscrite dans le traité de Paris en 1815, la neutralité de la Suisse a fait de notre pays le tampon entre les différentes puissances européennes, qui voyaient à l’époque dans ce statut une bonne solution pour stabiliser la région.

Nous n’allons pas nous étendre sur les hauts et les bas qu’a connus la neutralité au travers du XXe siècle. Il a été beaucoup reproché à la Suisse son opportunisme durant la Seconde Guerre mondiale. Il n’empêche que la neutralité de notre pays a permis à ce dernier de prendre de l’importance sur la scène diplomatique, en accueillant de nombreuses organisations internationales et en œuvrant à la paix grâce à ses bons offices.

Or, si nous votons cette année sur l’inscription de la neutralité armée dans la Constitution, c’est bien parce que ce principe est en danger. Les récentes divagations du Conseil fédéral et en particulier du sieur Cassis à propos du conflit ukrainien ont mis en évidence la nécessité d’un recadrage. La neutralité, n’en déplaise à ceux qui voudraient voir notre pays faire le pitre sur la scène internationale, n’est pas un principe qui devrait s’adapter à la mode ou aux intérêts particuliers. Toujours anxieux de paraître le bon élève vis-à-vis de la communauté internationale, le Conseil fédéral s’est fourvoyé en reprenant à son compte les sanctions contre la Russie. La Suisse s’est fait là un puissant ennemi et a perdu une bonne occasion de participer à la réconciliation de deux peuples frères. Car s’il est vrai que, par rapport à nos puissants voisins, nous faisons figure de nain dans de nombreux domaines, notre neutralité nous a permis en certaines occasions d’apporter un cadre propice à la négociation et à la diplomatie, une table à laquelle asseoir les belligérants. C’est un noble rôle et probablement le meilleur auquel nous puissions aspirer.

Voyons donc un peu dans le détail ce que propose l’initiative1:

  1. La Suisse est neutre. Sa neutralité est perpétuelle et armée.
  2. La Suisse n’adhère à aucune alliance militaire ou défensive. Est réservée la coopération avec une telle alliance en cas d’attaque militaire directe contre la Suisse ou en cas d’actes préparatoires à une telle attaque.
  3. La Suisse ne participe pas aux conflits militaires entre Etats tiers et elle ne prend pas non plus de mesures coercitives non militaires contre un Etat belligérant. Sont réservées ses obligations envers l’Organisation des Nations Unies (ONU) et les mesures visant à éviter le contournement des mesures coercitives non militaires prises par d’autres Etats.
  4. La Suisse fait usage de sa neutralité perpétuelle pour prévenir et résoudre les conflits, et elle met à disposition ses services en qualité de médiatrice.

De mon point de vue, le texte est clair et sans ambiguïté. Les principes exposés sont raisonnables et ne nécessitent pas de grandes dépenses pour être mis en application. L’inscription du principe de neutralité dans la Constitution devrait garantir son inviolabilité et rappeler aux dirigeants actuels et futurs que cet élément clé de notre identité et de nos relations internationales n’est simplement pas négociable. Un résultat clairement favorable le 27 septembre donnerait à nos élites des armes pour défendre notre singularité face aux donneurs de leçons.

Un seul bémol: il aurait été opportun d’utiliser un vote favorable pour sortir de ce gouffre à fric inutile qu’est l’ONU, mais on ne peut pas trop en demander. En ce qui me concerne, ce sera un OUI convaincu à l’initiative.

Michel Paschoud

 

1 FF 2022 2694 - Initiative populaire fédérale «Sauvegarder la neutralité suisse (initiative sur la neutralité)». Examen préliminaire | Fedlex.

Thèmes associés: Politique fédérale - Politique internationale

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