Profanation

L’événement que je vais évoquer est doublement ancien: d’une part, il a eu lieu le 14 juin 2023; d’autre part, il n’a été évoqué par mon quotidien gratuit habituel que le 6 octobre1 – trop tard pour un commentaire dans Le Pamphlet du mois dernier.

Il s’agit de l’exploit, si l’on peut dire, réalisé le jour de la grève féministe par un groupe de femmes, réunies au temple de Plainpalais à Genève, qui se sont trouvées face à une fresque datant des années cinquante – la journaliste n’est pas allée jusqu’à s’enquérir du nom de l’artiste – et représentant la Sainte Cène. Découvrant alors l’absence de tout élément féminin dans cette œuvre, ces sottes et ignorantes bonnes femmes ont vandalisé cette dernière en y ajoutant des seins, des symboles sexuels et unE apôtre.

Curieusement, cette manifestation de militantisme aveugle, dont, autant que je sache, la presse n’a pas parlé à l’époque, n’a déclenché aucun scandale au sein de l’Eglise protestante de Genève (EPG), qui s’est contentée de faire recouvrir le gâchis d’un drap, «par respect pour l’œuvre et pour l’artiste». Interrogées, les autorités de l’EPG se sont répandues en propos lénifiants, dont le plus involontairement cruel, prononcé par le secrétaire général de l’Eglise genevoise, mérite citation: «Il semble qu’elles n’avaient pas conscience qu’il ne fallait pas altérer la fresque.» On ne saurait être plus condescendant, plus paternaliste – plus patriarcal, en somme: elles ne savaient pas ce qu’elles faisaient, ces pauvres demeurées.

Toutefois, les pauvres demeurées en question ont bénéficié de l’approbation hilare du titreur de l’article et de la journaliste qui a levé le lièvre.

Commençons par le titre: Des féministes ajoutent des seins aux saints. Nul doute que cet humour glacé et sophistiqué aurait fait les délices de Gottlieb.

Mais ce n’est pas fini. Voici, dans le corps de l’article, le couplet culturel: «Couvrez ces saints que je ne saurais voir…», suivi d’une ultime ânerie: «Tel pourrait être le sous-titre de ce récit cocasse.»

Cocasse, vraiment?

Des féministes allumées et une Eglise éteinte, il y a de quoi mourir de rire, en effet.

Mariette Paschoud

 

1 https://www.20min.ch/fr/story/geneve-des-feministes-ajoutent-des-seins-aux-saints-736503996813.

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Médias - Politique genevoise - Religion

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