A la grève!

En lisant l’éditorial de ce mois, j’ai souri, car le hasard a voulu que le sujet du présent billet d’humeur coïncide avec celui traité par Mariette Paschoud, mais à environ huit cents kilomètres de distance.

Je vis en Catalogne et mes enfants sont scolarisés dans l’enseignement public, qui, soit dit en passant, me semble d’une qualité tout à fait adéquate. Mon aîné a le projet, si ses résultats le lui permettent, de venir étudier à l’EPFL l’année prochaine et ma cadette est une jeune fille pleine de vie qui donne plus d’importance à ses amitiés qu’à ses études, qu’elle réussit d’ailleurs très honorablement.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si les syndicats estudiantins n’organisaient tous les deux jours des grèves pour protester contre tel truc ou soutenir tel bidule.

Mais, finalement, c’est quoi une grève? Je croyais savoir qu’il s’agissait d’un moyen de pression utilisé en dernier recours lorsque les négociations avaient échoué. Les travailleurs interrompent la production de l’entreprise afin de forcer le patron à se plier à leurs exigences. En prévision de cette éventualité, les syndicats font des réserves pour permettre aux travailleurs de survivre durant le temps nécessaire à l’aboutissement du processus. C’est un bras de fer qui peut se révéler long et très dur pour les grévistes.

Alors, je dois dire que je ne vois absolument pas où se trouve la pression, ni sur qui elle s’exerce, lorsque les étudiants font un ou deux jours de grève. D’ailleurs, le terme grève n’est probablement pas le plus adapté. On devrait parler de journée de glandouille pour plus de 90% des potaches, qui se contentent de passer le temps ainsi gagné devant leur console de jeux. Car, en Catalogne, si plus de 50% des élèves ne sont pas là, l’enseignement prévu ne peut être donné. Il y a dans ce cas un service de «garderie» pour les quelques pauvres enfants dont les parents rétrogrades et nauséabonds refusent de manifester leur solidarité avec la dernière sottise à la mode.

Mais le principal problème vient du fait que ces journées d’enseignement sont définitivement perdues. Les petits crétins qui organisent la grève pour la météo, celle contre la discrimination des plantes vertes ou pour l’égalité des marsouins ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leurs grands nez boutonneux, et les quelques élèves qui désireraient venir étudier et arriver au bout du programme sont pénalisés par une majorité de fainéants.

Il y aurait une solution assez simple: il suffirait que les cours soient donnés, quel que soit le niveau d’assistance, et les épreuves d’évaluations faites et notées, avec un zéro pour les absents, et l’on verrait comme par miracle le taux de participation aux grèves d’étudiants tomber en chute libre.

Et si un jour le jeu en valait vraiment la chandelle, le poids d’une journée d’action s’en trouverait grandement amélioré.

Michel Paschoud

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