Editorial

Madame Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, l’a proclamé haut et fort lors de la première conférence de presse du Conseil fédéral sur le Coronavirus: les mesures ordonnées contre la propagation du virus doivent être considérées comme une priorité absolue.

On a entendu aussi d’autres expressions, telles que: «Nous devons à tout prix respecter le confinement, les distances sociales, les gestes barrière…».

Bien sûr, ce ne sont que des expressions, destinées à souligner l’importance du discours. Il ne faut pas les interpréter à la lettre. Aucun conseiller fédéral n’est aussi bête que Robespierre, avec son «périssent les colonies plutôt qu’un principe». Quand on dit qu’enrayer la propagation du virus est une priorité absolue, on ne veut pas vraiment dire que tout doit être subordonné à cet objectif; lorsqu’on dit que les mesures adoptées doivent être respectées à tout prix, on n’entend pas vraiment soutenir que la stricte observance de ces mesures justifierait la destruction du tissu économique, la ruine de plusieurs milliers de commerçants, la faillite de plusieurs centaines d’entreprises, la récession et la misère des peuples!

C’est comme «une vie humaine n’a pas de prix», discours convenu du Bureau de prévention des accidents (BPA), l’officine ridicule qui nous avait affirmé à l’époque que la ceinture de sécurité allait sauver en Suisse plus de vies qu’il n’y eut jamais de victimes de la route.

On sait que les pandémies sont mortelles. Ce n’est pas exactement tous les cent ans qu’une pandémie apparaît, comme le diffusent certains Nostradamus sur le Net, mais tout de même: la peste débarqua en Europe en 1720, la première pandémie de choléra apparut à Calcutta entre 1817 et 1824, la grippe dite «espagnole» fit de nombreuses victimes en 1918 et 1919 et, aujourd’hui, on subit le COVID-19.

Ceux qui avaient alerté les pouvoirs publics sur la vulnérabilité du système de santé – il y en eut – n’ont été ni entendus ni même écoutés. On n’a pas constitué de stocks de masques, de gants, de blouses, parce qu’on s’est dit qu’en cas de besoin on les commanderait en Chine à bien meilleur marché que leur prix de revient si nous les produisions nous-mêmes. Ceux qui ont défendu ce point de vue n’avaient pas tort, sauf qu’on n’avait pas imaginé que toute la terre aurait besoin de ces équipements en même temps.

On nous enjoint de renoncer à nos libertés fondamentales, d’accepter le flicage de nos téléphones portables, de nous priver de restaurant, de coiffeur, de lieux de culte et même de cérémonie d’adieux lors des obsèques de nos proches, de ne plus exercer notre métier, de nous priver totalement de revenus, de nous enfoncer dans la gêne, d’accumuler des dettes impossibles à rembourser, pour améliorer les statistiques des victimes du virus et surtout pour sauver les capacités d’accueil de nos établissements hospitaliers. C’est ça, la priorité absolue! C’est ça, le prix qu’il faudra payer si l’on veut rester confiné pour enrayer la pandémie à tout prix.

Le bon sens nous fait apparaître clairement que le remède est pire que le mal. Dans dix-huit mois, lorsqu’on aura enfin identifié le virus et découvert un vaccin, et dans deux ans, lorsqu’on aura vacciné de force tout le monde, on aura vaincu le COVID-19 comme on a vaincu la rage, la peste et le choléra.

Mais le tissu économique et social de l’Europe sera lourdement endommagé. Les milliards promis par les Etats – et réellement distribués – n’étant adossés à rien, ni réserve d’or ni production de bien réels, ils auront la valeur que leur accorderont les créanciers des Etats emprunteurs. Un billet de banque est un bon sur une part de la production nationale. Si cette production reste constante ou diminue et que la monnaie en circulation est multipliée par deux, les prix vont immanquablement doubler. C’est l’un des deux principes de l’économie politique que me rappelait mon ami Max l’autre jour. L’autre est encore plus simple: «Ôte-toi de là que je m’y mette!»

Même si l’on n’est pas adepte des théories complotistes, on peut tenter de déterminer à qui profite l’hystérie sécuritaire actuelle. «Is fecit cui prodest», dit l’adage.

Doit-on vraiment enrayer la propagation du virus «à tout prix»?

Claude Paschoud

Thèmes associés: Politique fédérale - Société

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