Populisme

Dans son livre De l’inégalité, au chapitre VIII, intitulé De la démocratie, le philosophe russe Nicolas Berdiaeff fait cette remarque, à mon sens irréfutable: «Vous avez cru à la démocratie (moderne), parce que vous avez cessé de croire à la justice et à la vérité (…). Vous voulez subordonner la justice et la vérité à la décision de la majorité et les faire passer par le suffrage universel.» Autrement dit, le caractère de la démocratie moderne, contrairement à celles que nous avons connues auparavant, notamment en Suisse, n’est rien d’autre qu’une idolâtrie du peuple comme entité collective.

Certes, le nationalisme idéologique, qui fut l’un de ses visages totalitaires dans les mouvements fasciste en Italie et national-socialiste en Allemagne, est aujourd’hui récusé, mais c’est par un retournement de langage très révélateur de cet embarras de la gauche démocratique moderne que celle-ci qualifie de «populistes» tous les mouvements politiques qui, aujourd’hui, se situent à droite des libéraux. Ces derniers font d’ailleurs cause commune avec la gauche sur ce terrain.

Mais c’est au prix d’un silence quasi général de toutes ces formations politiques: le rejet du patriotisme traditionnel et l’allégeance inconditionnelle à tout organisme supranational susceptible de prendre, à terme, la place des nations dans l’exercice des pouvoirs suprêmes, l’Union européenne et l’ONU.

Le peuple suisse, qui n’a à se reprocher dans le passé aucune dérive nationaliste, par un instinct de survie extrêmement lucide, se méfie de l’Union européenne et pressent son technocratisme réellement mais sournoisement totalitaire. Il y voit un enlisement technocratique capable de tuer la démocratie directe, à laquelle il tient. D’autres peuples que lui dans l’Union européenne commencent à en prendre conscience aussi, notamment à travers le phénomène de l’immigration de peuplement actuellement en cours.

De quoi demain sera-t-il fait? Ou cette angoissante question sera traitée sans faux-fuyants par la classe politique, ou celle-ci persistera à trahir les peuples qui l’auront portée au pouvoir et l’idéologie du populisme révélera tôt ou tard le mensonge dont elle procède, exaspérant les peuples par des confusions de langage où le mensonge deviendra de jour en jour moins dissimulable…

Non, la paix sociale et politique n’est pas pour demain!

Michel de Preux

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